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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Élie le solitaire

  Vendredi 20 juillet 2007 - Saint Élie, prophète – Année C
  Jc 5, 10-20 ; Ps 98 ; Lc 4, 22-30

  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Il n’est pas bon que l’homme soit seul (Gn 1,18).
Et pourtant celui que nous fêtons aujourd’hui, Élie, fut un grand solitaire.

Élie apparaît seul dans l’horizon de l’histoire sainte
sans que soit nommée son ascendance,
sans que jamais aucun parent
et moins encore une épouse ne soit nommée.

Seul, il parle à la face de tout le Royaume :
il annonce la sécheresse et donc la famine qui s’abat sur tous, des années durant.

Au torrent du Kérit, il vit seul,
n’ayant pour compagnie que l’eau qui y ruisselle encore
et un corbeau lui portant la manne quotidienne.
Celui qui sert le Dieu vivant apprend dans la solitude à connaître la prévenance,
la providence, la fidélité de ce Dieu qui l’a mis à part.
C’est la solitude comme apprentissage de la vie avec Dieu,
le noviciat d’Élie !

Quand le torrent s’assèche
Dieu envoie son prophète seul en terre étrangère.
Il est au milieu des païens hébergé et nourri par une femme de Sarepta,
seul adorateur du Dieu d’Israël.
Là, il découvre l’immensité du cœur de Dieu
qui multiplie la farine et l’huile au-delà des confins d’Israël.
Il découvre la puissance de Dieu qui donne vie aux morts.
C'est la solitude au cœur du monde
comme découverte de la largeur, de la hauteur, de la profondeur de l’amour de Dieu.

Vient alors l’heure d’être seul face au péché des hommes,
face à l’idolâtrie, au cœur adultère d’un Israël infidèle.
Seul face au roi Achab pour lui dire en toute vérité que lui, le roi,
est le fléau de son peuple (cf 1R 18,18).
Seul face aux quatre-cent-cinquante prophètes des Baals
qui avaient pour eux la faveur royale
et celle du peuple en sa grande majorité.
Seul à proclamer qu’il n’y a d’autre dieu que le Dieu d’Israël.
Seul à invoquer le feu divin pour que soit glorifié le Dieu unique.
Et seul à égorger les quatre-cent-cinquante prophètes.
C’est la solitude de l’athlète de Dieu enflammé par la jalousie divine
qui ne souffre pas que son peuple soit aliéné par des idoles muettes et vaines.
Solitude du prophète, consumé par l’adoration du Dieu unique,
au prix de sa propre vie.

C’est ensuite l’heure d’une autre solitude :
menacé par la haine meurtrière de la reine Jézabel,
Élie cède à la peur.
Il ne parvient plus à marcher sur les eaux des menaces et des dangers ;
il perd confiance et sombre peu à peu dans la déprime.
Solitude amère du désert ;
solitude terrible où l’angoisse dévaste son âme
et le mène à ne rien vouloir d’autre que mourir
au pied d’un genêt en plein désert.
Il ne sait plus rien faire sinon se coucher et dormir pour mourir.
Solitude dépressive
qu'une première visite divine ne parvient à guérir.
Lève-toi et mange,
autrement le chemin sera trop long pour toi (1R 19,7)
lui dit l’ange, le visitant une deuxième fois.
Élie reprend la route dans sa solitude obscure
où ne brille qu’un fin rayon de lumière.

Quarante jours et quarante nuits qui n’en finissent pas
le mènent, toujours seul, au sommet de l’Horeb
où il s’enfouit dans une grotte.

Que fais-tu ici, Élie ? (cf 1R 19,9)
lui demande le Seigneur au cœur de la nuit.
La solitude devient le lieu
où la Parole de Dieu le rejoint et le brûle
Pourquoi cette peur, pourquoi cette angoisse,
homme de peu de foi ?
Parce que je suis rempli d’un zèle jaloux pour le Seigneur
et que les Israélites ont abandonné ton alliance !
Je suis resté, moi, seul,
et ils cherchent à m’enlever la vie (1R 19,10).
La solitude devient le lieu où Dieu combat contre son ami
pour le libérer de sa peur, afin qu’il apprenne
que la piété est plus puissante que tout (cf Sa 10,12).

Elle devient aussi le lieu de la plus extraordinaire révélation.
Seul dans la nuit, seul en face de Dieu,
Élie sort de sa grotte, sort de son cachot intérieur,
et découvre avec ses propres sens
que Dieu n’est pas dans l’ouragan,
ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu.
Dieu se révèle dans une voix de fin silence (cf 1R 19,12).
Élie qui, hier, massacrait bruyamment
les prophètes de Baal au nom de Dieu,
découvre maintenant l’humilité poignante de Dieu,
dont la pleine révélation ne sera que dans l'exode de la Croix,
qu’il évoquera avec Jésus au sommet de l’Hermon (cf Lc 9,31).

De la solitude découragée et déprimée d’Élie,
Dieu fait une solitude mystique et contemplative,
qui va relancer Élie sur les chemins de la prophétie.
Va, retourne par le même chemin lui dit le Seigneur ! (1R 19,15)
Et Élie s’en va;
il découvre alors, qu’il n’était pas si seul qu’il croyait à adorer le Dieu d’Israël,
puisque sept mille enfants d’Israël n’ont pas adoré Baal.
Il jette maintenant son manteau sur Élisée
pour qu’il devienne prophète comme lui et après lui.

Élie reste cependant solitaire,
il demeure sur une montagne, sans doute celle du Carmel,
et de là descend au cœur du monde
quand Dieu l’appelle à dénoncer les abominations d’Achab
où celle d’Ochozias son fils.
Élie n’est plus saisi ni par la violence ni par la déprime;
il est l’homme mûr, le prophète éprouvé,
qui demeure seul, en marge de son peuple,
mais profondément lié au peuple,
communiant au désir de Dieu qu’il devienne un peuple saint.

Il porte la croix de la solitude
pour servir la communion de tous en Dieu et avec Dieu.
Il porte la croix de la solitude sainte
pour être l’instrument de Dieu
afin que ses contemporains soient libérés de la solitude impie,
car nul n’est plus seul
que celui qui adore des idoles vaines et muettes.

La dernière page de la vie d’Élie nous le montre à nouveau seul.
Seul dans son exode vers le Ciel,
emporté dans un tourbillon de feu par un char aux chevaux de feu (2R 2,11).
Emporté dans le cœur de Dieu au terme d’une longue vie de solitude,
le voici comme saisi jusque dans son corps
par la communion qu’il avait déjà goûtée au profond de son âme.

*

Frères et sœurs, il n’est pas bon que l’homme soit seul.
Mais Dieu dans sa liberté aimante
peut appeler un homme, une femme,
à porter la croix de la solitude pour servir la communion.
Comme pour Élie, il peut y avoir la première solitude
pour découvrir le visage de Dieu.
Puis la solitude arrogante et violente
qui mène à la solitude amère et dépressive,
elle-même rachetée et transformée
en solitude adulte, aimante et rayonnante.

Élie nous montre le chemin d’une Pâque
qui mène à l’embrasement en Dieu  du solitaire tout donné
pour que son peuple ne soit plus seul sans Dieu.

Qu’il nous aide, nous moines et moniales
à obéir à l’appel à la solitude que Dieu nous a adressé,
et à la vivre en un pèlerinage spirituel
qui ne s’arrête pas en cours de route,
qui serve une communion
de plus en plus profonde de tous en Dieu et avec Dieu.
Qu’il aide ceux et celles d’entre vous
qui devez consentir à une solitude ni voulue ni vouée
afin qu'elle devienne communion priante
et rayonne en attention aux autres et en charité inventive.

Qu’il nous aide tous et toutes à vivre notre commune solitude ontologique
pour qu’elle s’ouvre à la plénitude d’amour pour laquelle nous avons été créés.



 © Communion de Jérusalem - 25 juillet 2007