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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Jeudi, 22e Semaine du temps ordinaire - 7 septembre 2006
Luc 5, 1-11

Avancez au large et jetez les filets !

Quand Jésus, sur l’autre rive,
multiplie les poissons pour la foule,
la réaction est immédiate :
tous veulent faire de Lui leur roi    (cf Jn 6,15 )
car ils ont trouvé en Jésus
Celui qui peut leur donner du pain,
Celui dont ils vont pouvoir se servir.

Quand Jésus conduit Simon et ses compagnons à faire une pêche miraculeuse,
on pourrait s’attendre à une réaction semblable.
Ce Jésus à peine arrivé à Capharnaüm,
Simon aurait pu l’embaucher pour sa petite entreprise de pêche pour faire, grâce à Lui,
de bien bonnes affaires.

Or c’est tout le contraire qui se passe.
Non seulement Simon n’invite pas Jésus
à travailler avec lui, mais il lui dit :
« Seigneur, éloigne-toi de moi ».    (Lc 5, 8)

Pourquoi cela ?

Nous ne pouvons comprendre la réaction de Pierre
que dans le contexte plus large de cette page d’Évangile.
Ce n’est pas la première fois
que Simon rencontre Jésus.
Il l’a connu déjà auprès de Jean Baptiste
qui le désignait comme l’Agneau de Dieu.
Puis Simon a vu Jésus arriver à Capharnaüm
et il était présent quand Jésus
a délivré le possédé dans la synagogue.
Il l’a, par la suite, accueilli chez lui
et il a été témoin de la guérison de sa belle mère,
puis, au coucher du soleil,
des nombreuses guérisons et délivrances.
Il l’a écouté aussi tout à l’heure quand, de sa barque,
il enseignait les foules.

Aussi Jésus n’est pas pour lui un faiseur de prodiges ;
Simon a perçu peu à peu la sainteté de Jésus :
c’est d’ailleurs pour cela
qu’il lui a obéi quand par deux fois
il lui a demandé d’avancer avec sa barque
à proximité du rivage,
puis en eaux profondes.

Oui, ce Jésus le fascine, l’émerveille,
mais cette fois, avec la pêche miraculeuse,
c’est trop pour Simon.
La sainteté de Jésus lui fait peur, le terrorise.

Il nous faut ici nous rappeler que l’homme,
tant qu’il ne connaît pas l’Évangile,
voit le sacré comme quelque chose de menaçant.
C’est très clair dans l’Ancien Testament
où tout un ensemble de lois
préserve l’homme pécheur de s’approcher du sacré
pour ne pas en être consumé.

Simon se sent menacé
car il se sait pécheur
et il se trouve en face de la Sainteté de Dieu.
Il se sent complètement inadéquat
en face de la grandeur de Dieu.

C’est alors que Jésus renverse tout cela :
« Sois sans crainte ! » dit-il à Simon.    (Lc 5, 10)
Ma sainteté ne te menace pas,
elle te sauve !
« Je ne suis pas venu pour juger le monde,
mais pour sauver le monde. »    (Jn 12, 47)

Voilà ce qui apparaît en toute clarté :
la Sainteté divine ne détruit pas l’humain,
elle détruit le mal
qui « fond devant la Face de Dieu ».
    (cf Ps 67(68) 3)
Cette Sainteté brûle au cœur
de l’humanité de Jésus ce jour-là sur le lac
et atteindra son point d’incandescence sur la Croix.
Et depuis Pâques, en Jésus ressuscité,
la sainteté divine est maintenant présente sur notre Terre,
en notre histoire
et Jésus nous répète comme à ses apôtres
« Ne craignez plus »,    (cf Lc 5, 10)
« La Paix soit avec vous ».    (Jn 20, 19)

Car comme Pierre,
nous nous sentons menacés par la Sainteté divine.
La preuve en est que trop de chrétiens
ont peur de communier parce qu’ils se jugent indignes.
Or cette sainteté est un débordement d’amour et de tendresse
et l’Eucharistie n’est autre
que la Présence réelle et toute donnée
de cette Sainteté d’Amour
qui nous sauve,
qui nous guérit.

Il nous faut entendre la voix de Jésus
qui dans un grand Amour nous dit :
« Ne crains pas de te nourrir
de ma Présence,
de ma Vie ».

Cet Amour inouï, cette tendresse
nous pousse au repentir,
nous fait choisir de rompre avec le péché
et la communion devient
notre force,
notre joie,
pour une vie nouvelle.
« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir !    (Mt 8, 8)
Par moi-même, je n'en serai jamais digne,
mais ton Amour me rend digne,
ton amour est ma dignité ».

Il y aura toujours une distance incalculable
entre l’Amour divin et notre misère.
Toujours nous nous sentirons inadéquat
et cela est juste et bon,
mais le Seigneur Lui-même comble cette distance
en nous embrassant de son Amour,
en venant vers nous.
La Présence de Jésus
n’est pas une menace pour nous pécheurs,
elle est l’amitié qui nous sauve.
Jésus nous invite à entrer
dans une profonde amitié avec Lui.

La sagesse dont nous parle aujourd'hui l'apôtre Paul
n'est-elle pas cela :
mettre l'amitié avec Jésus
au centre de notre quotidien,
en faire le centre de notre vie ?

Jésus nous appelle à entrer dans cette amitié profonde,
et en même temps, il nous envoie :
« ce sont des hommes que tu prendras vivants ».    (Lc 5, 10)

Oui, livrons notre vie à Jésus et nous deviendrons,
même malgré nous,
des instruments de la pêche miraculeuse
où des hommes et des femmes de notre temps
seront repêchés des eaux de la désespérance et du mal
et découvriront la lumière et la vie !

Jésus, nous voulons de nouveau tout laisser et te suivre …


 © Communion de Jérusalem - 6 octobre 2006