La bonne nouvelle des Béatitudes
Pour entrer dans les Béatitudes,
nous pouvons aujourd’hui partir
de quelques versets extraordinaires du Livre d’Isaïe.
Nous sommes en plein exil entre 586 et 538.
La ville de Jérusalem n’est que « ruines » nous dit
le texte, (Is 52, 9)
et l’espérance s’y est éteinte,
Le peuple qui jadis y vivait, y priait, y dansait
est au loin « aux bords des fleuves de Babylone
». (Ps 136(137) 1)
Or le disciple d’Isaïe perçoit dans sa vision
prophétique
l’arrivée d’un messager qui franchit
déserts, collines, montagnes et vallées
pour porter à la ville en ruine
l’annonce d’une très bonne nouvelle.
« Qu’ils sont beaux sur les montagnes,
les pieds du porteur de bonnes nouvelles
qui annonce la paix,
qui apporte le bonheur,
qui annonce le salut,
qui dit à Sion : “ton Dieu règne” !
». (Is 52, 7)
Ce messager annonce à la ville la fin de ce terrible exil,
la fin de l’oppression ennemie,
« Secoue ta poussière ! debout,
Jérusalem, ô captive !
Dégage ton cou de ses liens, fille de Sion, ô captive !
» (Is 52, 2)
* * *
L’histoire biblique connaît donc de ces annonces de « bonne
nouvelle » comme celle ainsi relatée par Isaïe.
L’histoire civile des peuples aussi :
il suffit de penser à l’annonce à Athènes de la
première victoire grecque sur les perses
lors de la bataille de Marathon en 490 avant le Christ.
Notre vie elle-même connaît de ces moments heureux
comme l’annonce de la naissance d’un enfant,
la bonne nouvelle d’une maladie guérie
la joie d’une vocation, etc.
Mais par delà ces annonces du Premier Testament et de
l’histoire, il y a une bonne nouvelle,
ou plutôt
LA Bonne
Nouvelle qui illumine toute l’histoire
et qui demeure toujours jusqu’à la fin des temps
la
vraie Bonne Nouvelle.
La Bonne Nouvelle, c’est Jésus !
La Bonne Nouvelle, c’est la venue du Fils de Dieu
qui a pris chair de Marie
et qui, par sa mort et sa résurrection,
nous a définitivement sauvés du péché et de
la mort.
Dans l’Évangile de Luc,
l’annonce de cette bonne nouvelle culmine à trois moments,
comme en un grand pont soutenu par trois piliers majestueux.
La Première annonce est celle faite
à des pauvres, des bergers de la nuit :
« Ne craignez pas,
car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle,
une grande joie pour tout le peuple.
Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David.
Il est le Messie, le Seigneur ». (Lc 2, 10-11)
La troisième annonce est celle faite à des femmes
dans l’épreuve d’un deuil insoutenable :
« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
Il n’est pas ici,
Il est ressuscité ». (Lc 24, 5-6)
Entre ces deux annonces faites par les anges,
la première faite aux pauvres
et cette dernière faite à celles qui pleuraient,
il y a une autre annonce
qui est de la bouche même de Jésus, Lui qui a
été
« consacré pour annoncer
la Bonne Nouvelle aux pauvres » (cf Lc 4, 18)
C’est l’annonce faite aujourd’hui sur la montagne !
Aujourd’hui, Jésus annonce une nouvelle extraordinaire
à tous ceux et celles qui sont sous le poids de l’épreuve.
Ils leur annoncent ce que nous ne sommes pas capables
de voir ou de concevoir par nous-mêmes,
« ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme
». (1 Co 2, 9)
Il leur annonce comment Dieu,
dans son infinie paternité d’Amour,
vient à la rencontre des souffrants et des pauvres.
Vous qui êtes pauvres,
je vous annonce une Bonne Nouvelle :
le Royaume des Cieux déjà vous appartient.
Le Règne de l’Amour est désormais présent et,
parce que pauvres,
parce que vous n’êtes encombrés d’aucune richesse,
il est à vous !
Vous pouvez dès aujourd’hui l’accueillir.
Heureux êtes vous !
Vous aussi qui avec faim,
je vous annonce une Bonne Nouvelle :
il vient le jour où vous serez rassasiés.
Le Père veille sur vous et la faim et la mort
n’auront pas le dernier mot.
L’avenir est pour vous rempli d’espérance.
Heureux êtes vous !
Vous qui êtes dans les larmes,
vous qui êtes sous le poids d’épreuves
personnelles, spirituelles, familiales,
ou de travail ou d’affection ou de guerre,
je vous annonce une Bonne Nouvelle :
le jour vient où vous serez saisis de joie
car le Père vous aime
et votre tristesse se changera en joie.
Heureux êtes vous !
Quant à vous qui êtes insultés ou
persécutés
parce que vous êtes fidèles à l’Évangile,
parce que vous proclamez votre foi
en famille, au travail, dans la ville,
je vous annonce une très Bonne Nouvelle :
vous aurez au Ciel une récompense extraordinaire
parce que participant à ma Passion,
vous participerez à ma Résurrection.
Heureux êtes vous !
Frères et sœurs,
voilà ce que sont les Béatitudes :
L’annonce d’une Bonne Nouvelle merveilleuse
pour tous ceux qui peinent.
Avec une clarté inouïe,
Jésus nous partage la Bonne Nouvelle
qui illumine sa propre route d’humanité.
Sa route qui connaîtra
la pauvreté, la faim, les larmes et la croix,
pour entrer par cette Passion d’Amour
dans la gloire éternelle du Père.
Mieux : Jésus nous attire sur cette route qui est la sienne.
Heureux sommes nous quand nous partageons la croix de Jésus
parce que nous partageons déjà
sa Résurrection et sa gloire !
Voilà la Bonne Nouvelle
que nous avons la charge d’annoncer.
Qu’ils sont beaux les pieds des porteurs
de la Bonne Nouvelle
qui vont quitter tout à l’heure ce Sanctuaire
pour aller crier l’Évangile par leur vie !
Que cette Eucharistie ravive en nous cette joie
pour que nous soyons plein de feu pour porter l’Évangile !