Pourquoi
m’appelez-vous en disant : « Seigneur ! Seigneur ! »
et ne faites pas ce que je vous dis ?
Pourquoi !
Chacun d’entre nous peut répondre à sa manière
à cette question de Jésus.
Je vous propose cependant une réponse qui, je crois,
pourrait être celle de beaucoup d’entre nous.
Jésus, nous ne faisons pas ce que tu dis parce que nous nous
laissons prendre par d’autres priorités.
« Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre
d'abord congé des miens. » (Lc 9, 61)
Oui, Seigneur, je veux t’écouter, t’obéir, te suivre,
mais j’ai d’abord d’autres priorités.
Cette attitude, bien concrète dans notre vie de tous les jours
est le reflet de ce qui habite notre cœur.
Certes le Seigneur a une place, et peut être même une belle
place, dans notre cœur.
Mais il n’a pas encore la première place.
Or voici qu’aujourd’hui, Il frappe de nouveau à la porte, depuis
le fond de notre cœur :
« Veux-tu Me donner la première place ? »
« Veux-tu Me donner la priorité dans ton quotidien ?
»
La priorité dans la construction de notre quotidien ce ne sont
pas,
pour prendre l'image de la construction d'une maison,
les murs, les fenêtres, le toit et l’ameublement, mais les
fondations.
La priorité ce sont des fondations sûres pour que notre
vie soit solide
et qu’aucun fleuve d’épreuve ou de tentations ne la mette en
péril.
C’est pour cela que Jésus nous invite aujourd’hui à
creuser très profond jusqu’à trouver le roc
sur lequel construire notre quotidien.
La priorité est donc là : creuser profond.
Et qu’est-ce que cela signifie ?
Pour Jésus, creuser profond jusqu’à trouver le roc,
c’est écouter sa Parole, l’écouter au point d’y
obéir.
Concrètement, cela veut dire perdre l’apparente solidité
que nous trouvons dans nos habitudes
dans nos pensées et dans celle du monde ambiant, pour passer
à une autre solidité, celle du Christ.
Et cela ne va pas sans un moment d’inquiétude.
Car nous perdons nos sécurités habituelles
qui nous viennent d’être en harmonie avec ce que pense et fait le
monde.
Nous nous sentons fragiles, mais dans cette fragilité, dans
cette vulnérabilité
nous atteignons le véritable roc et plus aucun fleuve ne peut
ruiner notre maison.
Une belle illustration de cette priorité donnée au
Seigneur et à l’écoute de sa Parole
nous la trouvons dans le témoignage d’une jeune juive hollandaise
en pleine persécution nazie en juillet 1942.
Au moment où les déportations se multiplient vers les
camps de la mort
et où Etty sait que d’un jour à l’autre ce sera son tour
de partir,
elle écrit dans son journal intime :
«
Il y a des gens qui au
dernier moment tâchent de mettre
en lieu sûr des aspirateurs,
des
fourchettes et des cuillères en argent au lieu de Te
protéger, Toi, mon Dieu ».
Et elle ajoute :
«
Ils oublient qu’on n’est
jamais sous les griffes de personne
tant qu’on est dans les bras de Dieu. »
(Etty Hillesum. Une vie
bouleversée, p. 176)
Ce qu’il faut protéger en tout premier lieu ce ne sont pas des
biens qui sont incapables de nous sauver,
c’est la vie de Dieu en nous.
Le plus urgent, c’est de veiller sur la vie de Dieu en nous et en
chacun, chacunede nos frères et sœurs :
«
Ne rien
préférer au Christ » disait
Benoît de Nursie ;
«
Dieu premier servi »
proclamait Jeanne d’Arc.
Bien sûr, la première urgence c’est de donner à
manger à qui est affamé,
mais la première urgence est tout autant et
inséparablement de sauver la Vie divine en chacun.
Et cela commence par l’écoute obéissante de la Parole, et
l’annonce de cette même Parole qui donne Vie.
Seigneur
Jésus, veille sur nous.
Fais que notre
premier souci soit de creuser profondément pour Te rejoindre,
Toi le roc de notre
cœur pour veiller sur Toi en nous soumettant à Toi,
Toi qui en ton
Eucharistie renouvelles ta Présence en nous.