sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frèere Pierre-Marie
  Le vrai Pain qui rassasie

  Dimanche 10 juin 2007 - Solennité du SAINT SACREMENT– Année C
  Gn 14, 18-20 ; Ps 109 ; 1 Co 11,23-26 ; Lc 9, 11b-17


  Homélie de frère Pierre-Marie, fmj

  Pour impression, télécharger l'homélie en format pdf


Le miracle de la multiplication des pains
n’est pas le plus spectaculaire de l’Évangile.
Mais il est celui qui a peut-être le plus frappé
l’esprit des disciples de Jésus.
Et ce n’est pas sans raison
si la liturgie nous le donne à méditer
en cette fête du Corps et du Sang du Christ.

Passant du contexte historique
à la signification symbolique
et de la lumière pascale
au sens spirituel toujours inscrit dans le fait,
essayons d’avancer nous aussi,
en remontant successivement ces quatre niveaux,
vers la pleine compréhension de ce miracle.
De ce miracle donné par Jésus comme un signe
pour nous ouvrir à la lumière de l’Eucharistie.

***

Un premier niveau de lecture
nous conduit à bien étudier le geste même de Jésus.

Ce miracle se situe en effet
dans un cadre évangélique significatif.
La vie du Christ est ici à un carrefour.
Après l’euphorie des premiers miracles
et des premiers enseignements,
l’hostilité grandit à l’encontre de l’envoyé de Dieu.

On aime écouter ce maître, ce sage, ce prophète,
qui vit avec droiture et parle avec autorité.
Mais la révélation de sa Parole
semble dépasser l’entendement.
D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
N’est-ce pas là le fils du charpentier ? (Mt 13,54-55)
Ils ne sont finalement pas si nombreux
à être prêts à donner toute leur foi
à ce prédicateur du Royaume de Dieu !

Malgré sa soif grandissante de solitude,
Jésus qui fuit au désert, en barque,
pour y rester à l’écart (Mt 14,13),
voit les gens accourir de partout,
quittant à pied leurs villes
pour le rejoindre dans sa retraite.

Devant une telle attente, une telle faim de Parole,
une telle requête de Lumière et de Vérité,
c’est la compassion qui l’emporte.
Et Jésus parle, enseigne, guérit les infirmes (13,14),
et finalement nourrit ces foules
en multipliant pour elles les pains.

Alors éclate la puissance du Seigneur
qui à l’évidence semble se manifester à travers cet Homme.
Comment dès lors ne pas reconnaître en ce Jésus de Nazareth
un prophète du Tout-puissant
et un messager de la bonté de Dieu ?

***

Au-delà de ce geste ainsi posé et du contexte ainsi restitué,
toute une symbolique du signe apparaît.
À ce deuxième niveau de lecture,
un enseignement caché est peu à peu révélé à nos âmes.

Jadis, le peuple de Dieu tout entier
a été entraîné au désert de l’Exode.
Et c’est là qu’ayant crié vers Lui,
il a appris le mystère de Dieu.
De son Dieu.
Du vrai Dieu.
C’est là qu’il a appris notamment que
l’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Dt 8,3).

Il importe donc de ne pas se tromper de pain !
C’est-à-dire de ne pas ouvrir l’écoute de son cœur
à toutes sortes de paroles fausses et trompeuses ;
aussi distrayantes de l’essentiel
qu’incapables de combler notre âme de paix.


Croire en la parole du fils de l’Homme :
voilà donc le vrai pain qui nourrit et rassasie.
Le pain de vie (Sir 15,3),
le pain du ciel (Ex 16,4)
et plus encore le pain de la Parole  (Lc 4,4).
Cette parole qui est elle-même Lumière et Vie
et Chemin qui conduit à la Vérité (Jn 8,12 ; 14,6).

La leçon est donc claire dans la bouche du Seigneur :
Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice :
et tout le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6,33).
Pour peu que nous écoutions,
que nous suivions sa parole,
nous pouvons être sûrs d’aller à l’essentiel
et d’acquérir le vrai trésor.
Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim.
Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif (Jn 6,35).

Il ne nous manquera alors
ni la clarté de sa lumière (Jn 12,36)
ni la paix que son cœur nous donne (14,27
ni la joie inaltérable qu’Il nous promet (16,22).

***

Nourri par Dieu,
on peut même nourrir à notre tour les enfants de Dieu.

***

Ce n’est pourtant qu’à la lumière du Triduum pascal,
de ces trois jours saints où le mystère de notre Rédemption
éclatera sur le monde
troisième niveau de lecture
que ses disciples comprendront le vrai sens de ce geste.

La veille de sa mort, en effet,
Jésus prit du pain, le bénit, le rompit
– les quatre mêmes verbes
que lors de la multiplication des pains –
et le donna à ses disciples en disant :
Ceci est mon corps livré pour vous. (1 Co 11, 24)
Le jour même de sa mort au Calvaire,
sur la croix de notre salut,
Il a réellement offert, livré, donné son corps pour nous.
Et le lendemain de son ensevelissement,
c’est son corps glorifié, ressuscité,
qu’il a rendu restitué à notre humanité perdue,
pour la rendre à l’espérance de la vie !

Ce don est ainsi devenu une communion.
Ce ne sont plus seulement cinq mille hommes
qui ont été rassasiés, pour un jour, par cinq pains d’orge.
Mais ce sont les hommes, les femmes,
les vieillards et les enfants, de toujours et de partout,
depuis la première communion, à la fleur de l’âge,
jusqu’au dernier viatique, au terme de l’existence,
qui communient au Pain de Vie (Jn 6,35.45)
Car le pain de Dieu,
c’est celui qui descend du ciel
et qui donne la vie au monde (Jn 6,33).

Il n’y a que le Christ en personne
qui peut en finale combler notre faim
en se donnant à nous pour vivre à travers nous ! (Ga 2,20)

*

Au quatrième et dernier niveau de lecture,
nous pouvons méditer ce récit du miracle des pains
dans son sens le plus spirituel.
À ce stade, il rejoint, au plus profond,
le quotidien de nos existences toutes nourries de cette grâce.

C’est quand nous sommes dans l’indigence
que nous sentons souvent le mieux
le besoin et la nécessité de notre Dieu.
Il faut donc nous laisser conduire au désert nous aussi,
quand le Christ se plaît à nous y entraîner à sa suite.

Nous devenons alors mendiants d’espérance et de foi,
quêteurs de paix, de joie, de lumière et de pur amour.

Le vrai pain du ciel, le vrai pain de vie,
ce pain est celui qui descend du ciel
pour qu’on le mange et ne meure pas (Jn 6,50).
Qui mangera ce pain vivra à jamais (6,51).

C’est en ce sens que Dieu a conclu avec nous
une alliance nouvelle et éternelle (Is 55,3b).
Nous ouvrant à la vie nouvelle d’une jeunesse éternelle.
C’est le propre de l’amour,
quand il est vrai, en effet,
d’être toujours neuf et de ne lasser jamais.
Sur la table de nos liturgies,
le pain de la Parole nous est donné
qui a déjà valeur d’éternité.
À qui d’autre irions-nous, Seigneur ?
Tu as les paroles de la Vie éternelle ! (Jn 6,59).
Et le pain de l’Eucharistie est distribué à l’infini
en signe, en mémorial, d’un amour sans mesure
donné par Dieu à tous les hommes
et une fois pour toutes (1Co 11,25 ; He 9,26 ; 10,10).


La pleine lumière de la Révélation,
peut éclairer à présent de tous ses feux,
le Mystère Eucharistique !
Cette vie divine, frères et sœurs,
nous est donnée en abondance.
Aujourd’hui et chaque jour,
avec le même pain, un seul pain,
Il peut nourrir le monde entier,
pour peu que celui-ci dise avoir faim de Lui !
Celui qui mange ma chair et boit mon sang
a la vie éternelle,
et moi, je le ressusciterai au dernier jour (6,54).

Quel merveilleux échange,
comme chante la liturgie,
ne nous est-il pas ainsi proposé,
entre un Dieu, notre Dieu,
qui se fait ainsi pauvre
pour nous enrichir de sa propre vie (2 Co 8,9)
et nous-mêmes, enfants de Dieu,
qui sommes ainsi unis à la divinité
de celui qui a voulu revêtir notre humanité (Liturgie de l’Offertoire).


 © Communion de Jérusalem - 15 juin 2007