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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Que tombe sur nous le Feu de l’Amour !

  Dimanche 1 juillet 2007 - 13e Dimanche T. ord. – Année C
  1 R 19, 16b.19-21 ; Ps 15 ; Ga 5, 1.13-18 ; Lc 9, 51-62


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Frères et sœurs,
la radicalité de cette page d’Évangile n’est-elle pas inquiétante ?

Radicalité de Jacques et de Jean, d’abord,
qui voudraient faire tomber du ciel un feu
qui détruise un village entier
parce que Jésus et les siens n’y ont pas été accueillis.

Radicalité de Jésus, aussi !
N’est-ce pas légitime de vouloir enterrer son propre père
avant de partir sur les routes à la suite d’un rabbi ?
Dieu n’a-t-il pas commandé d’honorer son père et sa mère ?
Pourquoi cet appel à laisser les morts enterrer leurs morts ? (Lc 9,60)

Oui, que cet Évangile est radical !
Et nous savons combien la radicalité religieuse
mène aux pires excès !

Mais, regardons de plus près :
la radicalité prônée par les « fils du tonnerre »
est une violence imposée à autrui,
et Jésus la refuse radicalement,
tout comme il mettra fin aux tentatives violentes
de Pierre au Jardin des oliviers.
Heureux les doux, ils possèderont la terre (Mt 5,4) :
c’est ce que Jésus a proclamé et vécu.

Et l’autre radicalité de l’Évangile de ce jour,
celle de Jésus justement ?
Elle n’est pas une radicalité imposée aux autres,
mais une radicalité proposée.
Souvenons-nous :
Si quelqu’un veut venir à ma suite,
proclamait Jésus, il y a peu de temps,
qu’il se renie lui-même,
qu’il se charge de sa croix chaque jour
et qu’il me suive. (Lc 9,23)

« Si … »
Jésus propose un chemin de radicalité ;
il ne l’impose pas.
Il appelle, oui, en disant :
« toi, suis-moi »,
mais il n’y a aucune contrainte, aucune manipulation,
au point que nous en sommes parfois déconcertés
et cela explique bien des lenteurs
dans nos réponses aux appels de Dieu.

*

Mais pourquoi cette radicalité,
pourquoi cette exigence de détachement
qui nous semble démesurée ?

Pourquoi ?
Parce que nous en avons besoin !
On ne peut entrer dans le Règne de l’Amour
sans trancher nettement, radicalement
avec l’esprit du monde.

Jésus lui-même sait qu’on ne peut passer
de ce monde au Père sans détachement,
et même sans l’expérience radicale
de se sentir entièrement abandonné.
Et nous-mêmes ne passerons de ce monde qui passe
à l’Amour qui demeure
qu’en nous détachant du monde
et en nous attachant à Jésus.

À quels détachements nous appelle donc Jésus ?

Il nous appelle à renoncer
à nos « tanières » et à nos « nids » (cf Lc 9,58).
Nos tanières ce sont nos refuges cachés, obscurs,
où nous trouvons un semblant de sécurité.
Nos nids, ce sont nos refuges connus de tous,
bien visibles, au grand jour de la vie quotidienne.
Il s’agit de quitter ces refuges
et de vivre ici-bas comme de vrais pèlerins,
en n’ayant aucune autre sécurité de fond
que l’amour de Jésus.

Nous voici appelés à nous détacher
de ce qui nous rassure
pour n’avoir d’autre rassurance que Jésus ;
Nous n’aurons plus où reposer la tête,
mais nous aurons Jésus
et nous pourrons nous reposer sur son cœur.
Et c’est un cœur
qui jamais ne cessera de nous aimer.
Jean de la Croix voit là l’expression
du vrai amour pour Dieu :
Aimer Dieu, dit-il, c’est travailler
à se dépouiller pour Dieu
de tout ce qui n’est pas Dieu. (M.C., II,5)

Soyons plus concrets : quelles sont nos tanières ?
Quelles sont nos sécurités cachées,
nos trésors secrets,
nos affections cachées,
nos habitudes inavouées,
voire même nos vices,
où nous cherchons une sécurité profonde ?

Le jeune homme riche de l’Évangile
répondrait, s’il était sincère :
mes grands biens ! (Mt 19,22)

La femme de Samarie dirait :
mon sixième compagnon
qui n’est pas mon mari ! (cf Jn 4,18)

Les pharisiens répondraient :
nos observances et notre argent !

Les grands-prêtres : notre pouvoir !

Et nous que répondrions-nous ?

Or Jésus veut être notre unique Trésor,
car c’est la condition de notre salut.
Nous ne pouvons entrer dans l’Amour
si notre confiance repose dans nos tanières cachées,
tout comme l’homme de la parabole
doit vendre tout ce qu’il possède pour acheter le champ
où il a trouvé le trésor de sa vie. (cf Mt 13,44)
Et ce trésor est Jésus !

Et quels sont nos nids,
c'est-à-dire quels sont les lieux où nous trouvons refuge
de manière visible et quotidienne ?

Notre famille, notre milieu, notre travail, notre communauté ?

Or Jésus nous demande explicitement
de ne rien lui préférer,
y compris nos liens familiaux les plus légitimes,
et cela nous scandalise,
... et cela doit nous scandaliser !

Oui, ce que Jésus nous demande vient troubler
toute notre logique humaine.

Pourquoi ?
Pourquoi ce déracinement affectif ?
Pour que nous nous enracinions en Lui,
et qu’enracinés en Lui,
nous trouvions la vraie solidité,
la vraie sécurité qui nous permet alors
de trouver vis-à-vis de la famille,
des amis, du travail, de la communauté,
une relation de liberté et de service.

Notre priorité ne peut pas être
les devoirs familiaux absolutisés :
laisse les morts enterrer leurs morts (Lc 9,60).
Aucune coutume, aucune tradition familiale,
tribale ou nationale ne peut passer avant l’Amour.
pour toi, va annoncer le Règne de Dieu (id.) !

C’est clair :
notre relation avec Jésus ne peut pas être une relation parmi d’autres.
Elle ne peut être que la priorité absolue de notre cœur.
Pourquoi frères et sœurs ?

Parce qu’en lui était la vie (Jn 1,4).
Lui est la Vie.
Et il nous veut vivants d’une vie que rien –
pas même la mort – ne peut déraciner.
Sans lui, nous ne pouvons rien faire (cf Jn 15,5).
Sans Lui nous ne serions pas,
car c’est par Lui que nous sommes créés.
Sans Lui nous ne vivrons pas
car c’est Lui notre Salut.

*

Nous attacher radicalement à Jésus :
Voilà ce à quoi Jésus nous appelle aujourd’hui.
Et ce n’est pas facile pour nous,
car nous avons tendance à ne donner à Jésus
qu’une place relative dans notre vie, dans notre cœur.
Pour prendre une image informatique,
bien souvent, Jésus est pour nous
un « programme » parmi d’autres.
Et lui veut être non un programme
mais le cœur de tout ce qui se vit en nous,
qui oriente et règle
tous les « programmes » de notre vie quotidienne.

Ou pour prendre une autre image,
l’Évangile de Jésus ne peut pas être un livre parmi d’autres
sur notre table de nuit ou sur notre bureau.
L’Évangile de Jésus est la Lumière
qui nous permet de lire, d’interpréter, de discerner
toutes nos autres lectures.

Souvenons-nous que Jésus
n’est pas un accès vers le Père parmi d’autres :
Il est la Porte (Jn 10,7).
Il n’est pas pour notre être profond
une nourriture parmi d’autres :
Il est le Pain de vie (Jn 6,48).

Et s’il nous appelle à la radicalité du détachement de ce qui passe,
c’est pour que nous ne passions pas avec ce monde qui passe !
S’il nous appelle à ne rien Lui préférer,
c’est pour nous libérer intérieurement.
Si le Christ nous a libérés,
c’est pour que nous soyons vraiment libres (cf Ga 5,1)
avons-nous entendu tout-à-l’heure.
Libres en particulier de la violence qui est en nous
comme elle était en Jacques et Jean,
libres de la peur,
libres de la tristesse,
libres de la mort et du démon.
Et même libres de la loi
en ayant d’autre loi que l’amour.

N’est-ce pas cela devenir vraiment chrétiens,
porter ce beau nom de chrétien ?
Jésus nous redit à chacun aujourd’hui :
Personne qui mette la main sur la charrue
en regardant vers l’arrière
n’est apte au Royaume de Dieu (Lc 9,62).
Ou en termes plus contemporain,
personne qui conduise en tenant les yeux fixés
seulement sur le rétroviseur
ne peut avancer sur le chemin de l’Amour !

Nous avons pris la route,
nous avons commencé à travailler
le champ de notre cœur ;
ne regardons pas en arrière !
Ne nous laissons pas rattraper
par nos vieilles nostalgies d’indépendance et de plaisir
qui jamais ne nous ont donné la vie.
Regardons devant nous !
Regardons vers le Christ !
Regardons vers Lui qui est l’Omega de l’histoire,
le terme lumineux de notre aventure humaine,
le port merveilleux où conduit
la laborieuse traversée des flots de l’histoire.

Je pense à ces mots saisissants de Jean-Paul II
lors d’un voyage à Budapest :
L’avenir nous donnera l’Épiphanie
d’un nouveau visage du Christ !  ( Jean-Paul II, 15 août 1993 et 20 septembre 1991)
Regardons vers Jésus !
N’oublions pas la lumière de son visage
et de tout son être lors de la Transfiguration !
En le suivant, nous allons vers la rédemption
de l’humanité entière et de toute création,
vers des cieux nouveaux et une terre nouvelle, (Is 65,17)
vers la plénitude de communion filiale avec le Père !

*

Et pour suivre Jésus,
pour le suivre vraiment,
livrons-nous aujourd’hui à l’Esprit Saint,
à son Esprit qui est l’Esprit Saint.

Oui, les tendances de la chair (en nous)
s’opposent à l’esprit
et les tendances de l’esprit
s’opposent à la chair. (Ga 5,17)
Mais si nous nous laissons conduire par l’Esprit,
nous ne risquons pas
de satisfaire la convoitise charnelle (cf Ga 5,16)
et nous suivrons effectivement Jésus !
Voilà pourquoi aujourd’hui encore
nous invoquons sur notre communauté eucharistique
la Puissance de l’Esprit.
Et pas seulement sur nous:
sur toute notre ville!

Avec la hardiesse de Jacques et de Jean
mais libérés de la colère,
nous demandons à Jésus,
de faire tomber sur Montréal le Feu du Ciel,
le feu de l’Esprit Saint.
Non pas un feu qui détruit,
mais le feu qui purifie,
qui sanctifie :
le Feu de l’Amour !


 © Communion de Jérusalem - 16 juillet 2007