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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Jeudi de la 26ème semaine du T.O. - 5 octobre 2006
Lc 10, 1-12
Le Règne de Dieu est là

« Oh, je voudrais qu’on écrive (…) mes paroles,
qu’elles soient sculptées dans le roc pour toujours ! »    (Jb 19, 23-24)

Frères et sœurs quelles sont ces paroles que Job voulait sculpter dans le roc ?
Ce sont à la fois des paroles de lamentation et des paroles d’espérance.

Lamentation, oui, souffrance, de Job écrasé par l’épreuve,
étouffé par le moralisme de ses amis et convaincu que Dieu Lui-même l’a frappé.

Mais aussi espérance.
Espérance bien obscure encore,
mais espérance tout de même.
Espérance en un « go’el »,
un défenseur qui fera justice
quand Job sera étendu dans la mort
et grâce auquel Job, au-delà de la mort, verra Dieu ;
Dieu qui ne sera pas un étranger,
qui sera même ‘pour lui’, pour Job.

Qui est ce « go’el » pour Job ?
Nous ne le savons pas.
Est-ce comme la personnification de la conscience innocente de Job ?
Est-ce un avocat céleste qui prendra sa défense ?
Est-ce Dieu Lui-même ?

L’espérance de Job est encore informe,
mais elle est ferme : « Je verrai Dieu ».    (Jb 19, 26)
À l’heure même où l’injustice,
la douleur, le mal et la mort
semblent dominer le cours de l’histoire,
semble ‘régner’, Job croit
que ce règne ne peut avoir le dernier mot.
Il y a au fond de lui comme un sursaut
qui proclame que le dernier mot
sera celui de la vérité,
celui de la justice et de la vie :
Dieu qui sera ‘pour lui’.

* * *

Cette confession de Job est le reflet,
l’écho de notre questionnement d’hommes et de femmes
aux prises avec les épreuves de la vie.
Partagés que nous sommes
entre la mise en accusation de Dieu
et le sentiment que Dieu ultimement
fera triompher la justice et la vérité.

Le Premier Testament se fait l’accompagnateur
de la conscience humaine
pour mettre à jour ce qui s’y joue
et pour donner forme à cette espérance encore obscure.
Il suffit de penser au Livre de Daniel
qui décrit de manière prophétique le terme de l’histoire.
Il nous parle de la violence,
de l’iniquité des royaumes de la Terre
qui écrase l’homme et sa liberté,
et il annonce la venue d’un « Fils d’homme »,
tout humain dans sa nature,
tout divin en sa gloire
à qui sera conféré « empire, honneur et royaume »
et tous les peuples, nations et langues le serviront.
« Son empire est un empire qui ne passera pas
et son royaume ne sera pas détruit ».     (cf Dn 7, 13-14)

* * *

C’est dans ce contexte, dans ce climat d’attente
de ce royaume éternel qui ne passera pas,
qu’il nous faut accueillir l’Évangile de ce jour.
Quand Jésus envoie les 72 en mission,
c’est pour proclamer
que ce Royaume tant désiré est là !
« Guérissez les malades et dites aux gens :
le Royaume de Dieu est tout proche de vous ».    (Lc 10, 9)

Vous qui n’en pouvez plus sous le poids de l’épreuve
et qui ne savez plus de quel côté Dieu se trouve,
s’Il est contre vous ou pour vous,
vous dont l’espérance est vague et incertaine,
vous qui avez laissé germer en vous
la certitude que ‘de toute manières,
le mal et la mort sont ici-bas vainqueurs’,
sachez que le Règne de Dieu est là !
Il est à votre porte.
Il a plu au Père de vous le donner.
Vous pouvez désormais y entrer
en le laissant entrer en vous.

Ce n’est plus ni l’injustice, ni le mal,
ni la mort qui règnent en ce monde.
Oui, ils sont bien présents dans notre vie
et souvent écrasants,
mais ils n’ont plus le dernier mot.
« Dieu règne, exulte la terre »    (Ps 96(97), 1)
comme le proclamait par avance le psalmiste.
Le Règne de Dieu est là
dans la personne de notre « go’el »,
de notre Rédempteur,
du Fils de l’Homme,
Jésus notre Seigneur.
En Jésus crucifié et ressuscité,
le Royaume de l’Amour est là,
tout offert, gratuitement.
Ce n’est pas un royaume selon ce monde
qui s’impose par la force ;
le Royaume de Dieu n’est pas ce monde :
il est vainqueur de ce monde.
Il est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint ».    (Rm 14, 17)
Il est humble et discret comme un peu de levain,
mais il transforme radicalement toute l’histoire
la conduisant dans la plénitude éternelle de l’Amour.
Il ne s’étend pas par les armes,
mais s’offre à ceux qui entrent
dans la confiance et l’abandon des petits enfants.

Job avait raison de croire que Dieu sera « pour nous ».
Oui, Dieu est « pour nous », Il est même « avec nous »
et déjà aujourd’hui le Royaume se manifeste
partout où il est accueilli.
Il appartient déjà aux pauvres de cœur.
Il nous appartient déjà dans la mesure
où nous entrons dans cette pauvreté du cœur.
Alors dans notre cœur pauvre,
la voix qui dit que ‘de toute manière le mal triomphe ici-bas’,
cette voix-là se heurte et se brise
contre l’Amour éternel qui nous habite.
Alors l’espérance devient en nous ferme et invincible :
« Ni mort ni vie, ni anges ni principautés, (…)
ni aucune autre créature
ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur ».    (Rm 8, 38-39)       

Oh oui ! je voudrais qu’on écrive mes paroles,
qu’elles soient sculptées dans vos cœurs pour toujours :
nous savons, nous que notre Rédempteur,
le Christ Jésus, est vivant,
que Lui, le Premier et le Dernier,
est Le Ressuscité qui nous rencontrera dans la mort.
Alors recevant notre corps de gloire,
nous verrons Dieu.
Celui que nous verrons sera pour nous,
Lui qui est déjà pour nous,
déjà avec nous.

« Dieu règne, exulte la Terre ! »

 © Communion de Jérusalem - 13 octobre 2006