Le royaume de la Mort
Quelle étonnante expression :
Jésus nous parle aujourd’hui du « royaume de Satan ».
Il y a un royaume, un règne de Satan.
Satan, créature spirituelle
créée bonne et libre par Dieu,
qui s’est révolté contre l’amour,
rebellé contre Dieu,
exerce un pouvoir
– un pouvoir mortifère – sur la création.
Il y a un royaume de Satan,
du « privé d’amour »,
(Thérèse d’Avila)
où se mêlent l’accusation car Satan est l’Accusateur
; (cf Za 3, 2)
la division car Satan est le diviseur ;
le mensonge car il est prince du mensonge ;
la haine et la mort car il est tueur d’homme.
Voilà bien tout l’opposé du Règne de Dieu
qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint
». (Rm 14, 17)
Pour évoquer ce règne de Satan,
Jésus emploie une petite parabole :
Il parle d’un « homme fort et bien armé qui garde son
palais et ses biens sont en sécurité ». (Lc
11, 21).
Petite parabole qui nous dit la puissance, semble-t-il invincible, de
Satan,
sa main-mise comme définitive sur « ses biens »,
c'est-à-dire sur ce qu’il a convoité et volé
– car en lui il n’est pas de vérité –
tout ce qu’il semble posséder est un viol et un vol.
Tant que l’homme fort de la petite parabole
n’est pas terrassé,
ses biens sont imprenables,
les liens du mensonge et de la mort sont inextricables.
Mais si lui-même se trouve terrassé,
alors ses biens peuvent être pris :
ce qui semblait lui appartenir est libéré de son emprise
haineuse et mortifère.
Or voilà bien ce qui se passe :
un plus fort que lui survient, nous dit Jésus
il le bat, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait
– c'est-à-dire il lui fait perdre son
invulnérabilité –
et, continue Jésus, il distribue ses
dépouilles. (Lc 11, 22)
Sa maison est pillée. (cf Mt 12, 29)
Frères et sœurs qui est ce « plus fort » qui est
survenu
pour libérer ce que Satan avait séquestré ?
N’est-ce pas Jésus lui-même
qui vient d’en donner le signe
en chassant un démon muet ?
« Si c’est par le doigt de Dieu
– si c’est par l’Esprit Saint – (Mt 12, 28)
que j’expulse les démons,
c’est donc que le Royaume de Dieu
est arrivé jusqu’à vous ». (Lc
11, 20)
Les exorcismes opérés par Jésus
ne sont pas simplement
quelques victoires sur des forces du Mal
comme les exorcismes que pratiquaient les pharisiens.
Ils sont la manifestation
de quelque chose de tout à fait nouveau,
d’une victoire, d’un triomphe sur Satan,
d’un triomphe sur le mal jusqu’en son origine.
« Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair
» (Lc 10, 18)
avait proclamé Jésus.
« Ton faste a été précipité au
shéol, prophétisait Isaïe,
Comment es-tu tombé du Ciel,
étoile du matin, fils de l’Aurore
– Lucifer, traduira saint Jérôme –
as-tu été jeté à terre, vainqueur des
nations ?
Toi qui avais dit dans ton cœur :
j’escaladerai les cieux,
au-dessus des étoiles de Dieu, j’élèverai mon
trône,
je monterai au sommet des nuages,
je m’égalerai au Très-Haut…
Mais tu as été précipité au shéol,
dans les profondeur de l’abîme ». (Is 14,
11..15)
Parce que Satan a été vaincu,
tout ce qu’il avait convoité, violé, volé,
peut retrouver la liberté.
« C’est maintenant le jugement de ce monde
proclame Jésus à l’heure de sa Passion,
maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas
». (Jn 12, 31)
Et Jésus continue :
« Et moi élevé de terre, j’attirerai tout à
moi. » (Jn 12, 32)
Jésus attire tout à Lui,
Il attire tout dans l’amour et la liberté.
La Pâques de Jésus
qui s’accomplit aujourd’hui dans le monde
est la libération de toute la création.
(cf Rm 8, 21)
« Jésus, poursuit Saint Jean,
signifiait par là de quelle mort Il allait mourir
». (Jn 12, 32)
D’une mort en laquelle Il est exalté.
D’une mort par laquelle Il est victorieux
de toute la puissance de Satan.
D’une mort qui fait advenir définitivement
le Royaume de Dieu.
L’Évangile de ce jour nous dit la victoire de Jésus
sur toutes les puissances du Mal.
Victoire qui s’accomplit dans nos vies
quand nous demandons à Jésus de nous libérer
de toutes les forces du Mal
qui étouffent en nous la foi, l’espérance et la
charité.
Jésus, par sa Croix, nous délie, nous délivre,
nous libère.
Et l’Église est servante de cette puissance de libération
par ses sacrements,
par la prière de délivrance,
par le ministère d’exorcisme.
Les portes de l’enfer ne tiennent pas contre
l’Église (cf Mt 16, 18)
qui ne cesse de recevoir de son Époux
la puissance de Vie
qui libère l’homme de ses liens.
Frères et sœurs,
ne cherchons pas à comprendre le mystère de Satan ;
c’est incompréhensible et complètement incohérent.
C’est un mystère fermé, sans lumière, sans
espérance.
Mais soyons conscients de son existence
et de son action toujours néfaste.
Il cherche à diviser :
il est le maître du soupçon, de l’accusation, de la
jalousie.
Il s’introduit par les failles de notre pauvre nature
pour nous faire tomber
et surtout pour nous faire désespérer.
Mais nous savons que Jésus est vainqueur ?
Son Nom est ainsi d’une puissance inouïe
contre l’adversaire qui ne peut que fuir.
Résistons à Satan en étant « fermes dans la
foi ». (1 Pi, 9)
Invoquons son Nom
et tournons-nous vers sa Croix,
cette Croix que Satan et ses subalternes
ne peuvent supporter.
Jésus nous délivre, il nous libère,
mais aussi il nous remplit de son Esprit Saint.
Notre maison intérieure n’est alors pas vide,
elle n’est plus la proie de l’adversaire
qui sinon reviendrait avec sept esprits plus mauvais.
Oui, Jésus fait régner en nous l’amour et
l’humilité :
non seulement Il nous délivre du Mal,
mais Il nous conduit à la plénitude d’amour
pour laquelle nous avons été créés.
* * *
Seigneur Jésus,
nous proclamons,
nous confessons ta victoire .
Qu’elle
s’accomplisse aujourd’hui en nos vies,
en cette
Eucharistie où tu viens à nous
et nous
libères de toute oppression spirituelle,
en nous attirant
à Toi.