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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Mercredi, 28 février 2007 - 1ère Semaine de Carême – Année C
Jonas 3,1-10 ; Luc 11,29-32


Les deux conversions

Il y a dans le très bref Livre de Jonas
une force extraordinaire.

Ce livre constitue une parabole prophétique
qui met en contraste deux attitudes.
La première attitude est
celle du peuple de la grande ville païenne de Ninive.

Ninive est une ville embourbée dans le péché,
mais qui, entendant l’annonce de Jonas,
espère dans la miséricorde de Dieu
et s’engage immédiatement
dans une conversion radicale.

L’autre attitude est celle de Jonas,
prophète en Israël qui se rebelle
et se rebelle encore en face de Dieu.
Pourquoi ?
Parce qu’il n’aime pas la miséricorde de Dieu
quand elle est donnée aux autres,
quand elle est donnée aux païens qui ne la « méritent » pas.

Ce Livre nous parle donc de deux conversions :
celle du païen qui se détourne
de ses œuvres de péché,
croit à la miséricorde,
et devient un croyant,
et celle du croyant qui se détourne
de son cœur mauvais
et se met à aimer la miséricorde.

Les Ninivites ont vécu la première conversion ;
Jonas a refusé la deuxième conversion.
Tout comme le fils prodigue
a vécu la première conversion,
et le fils aîné a refusé la deuxième conversion.

À croire qu’il est plus facile à un païen
de découvrir la miséricorde,
qu’à un croyant d’aimer la miséricorde !

*

Lorsque Jésus évoque
le Livre de Jonas dans l’Évangile d’aujourd’hui,
c’est de la conversion des païens qu’Il nous parle,
de la première conversion :
Les hommes de Ninive se dresseront
lors du jugement avec cette génération,
et ils la condamneront,
car ils se repentirent à la proclamation de Jonas,
et il y a ici plus que Jonas. (Lc 11,32)

Le reproche de Jésus est dur, très dur,
à l’égard de ces contemporains.
Il y a ici plus que Jonas
et vous n’avez même pas le repentir
qu’eut une ville païenne !
Vous demandez des signes pour croire,
mais votre cœur ne veut pas croire.
Vous ne voulez pas céder à la miséricorde,
et encore moins l’aimer.

*

Et nous frères et sœurs,
est-ce que nous avons imité le roi de Ninive
qui se défit de son manteau,
se couvrit d’un vêtement de deuil
et s’assit sur la cendre ? (Jo 3,6)
Est-ce que nous nous sommes faits pénitents
depuis mercredi dernier ?

L’Église depuis quelques jours
exerce le ministère du prophète Jonas.
Encore quarante jours
et Ninive sera détruite, criait Jonas. (Jo 3,4)
L’Église, elle aussi, crie :
« Encore quarante jours
et la joie de Pâques va exploser
et révolutionner le monde
si nous nous ouvrons à elle ! »

Convertissez-vous et croyez à l’Évangile,
non pas parce que Ninive sera détruite,
mais parce que le Royaume de l’Amour est proche !
Encore quarante jours pour te préparer le cœur
en te défaisant du vieux manteau du règne du péché.
Encore quarante jours pour te convertir,
c'est-à-dire te tourner vers l’Amour.

Quarante jours… c’est peu,
mais si nous nous y mettons aujourd’hui,
notre vie peut en être transformée.
Saint Bonaventure,
disciple et biographe de Saint François
disait qu’un chrétien
qui pendant quarante jours
ne s’arrête pas sur son chemin spirituel,
avance bien davantage sur les voies de Dieu
qu’un autre, même cloîtré
et bénéficiant de toutes les aides spirituelles possibles,
qui chemine pendant 40 ans
mais traine dans les vallées des imperfections
et des péchés véniels.

Quarante jours de ferveur
nous feront avancer davantage
que quarante ans où l’on se satisfait de ses médiocrités.
Saint Bonaventure ajoute
que dans les voies de l’Esprit,
on se repose en ne se reposant pas !

Chiara Lubich illustre cela
en disant avec sagesse
qu’il est plus facile d’entretenir un feu
que de rallumer un feu qui s’est éteint ! (Lettre du 24 06 1950).

À la manière de Jonas,
et au nom de Jésus surtout,
L’Église nous appelle donc à la conversion ;
non pas demain, mais aujourd’hui !
Elle nous appelle
à la première conversion du cœur
qui cède à la miséricorde.
Elle nous appelle aussi  
à la seconde conversion du cœur,
celle qui aime la miséricorde.

En d’autres, termes,
il faut sans tarder
que le mauvais larron qui est en moi
se réjouisse de la miséricorde
accordée aux bons larrons
et devienne un autre bon larron !

*

Seigneur,
libère-nous de notre paresse spirituelle!
Fais que nous renoncions à vouloir être saints « demain »
pour choisir de l'être aujourd'hui.
Car pour devenir saints,
il nous faut l’être aujourd’hui
en vivant de ta miséricorde
et en aimant ta miséricorde !


 © Communion de Jérusalem - 26 mars 2007