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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Vendredi 20 octobre 2006 - 28e Semaine du Temps ordinaire

Éphésiens 1, 11-14 ; Luc 12, 1-7

L’Ouvrier intérieur, Doux hôte de l’âme

Arrêtons-nous ce soir sur la première Lecture,
sur les premiers versets de la Lettre aux Éphésiens.
Paul vient d’évoquer la vocation extraordinaire
de son peuple, du peuple juif :
« Nous avons été d’avance destinés …
pour être, à la louange de sa gloire [de Dieu]
ceux qui ont par avance espéré dans le Christ. »    (Ép 1, 12)
Il s’adresse alors à la communauté d’Éphèse,
et à travers elle, à nous :
nous sommes de ceux et celles
qui ont « entendu la Parole de Vérité ».    (Ép 1, 13)
Oui, nous tous nous avons reçu ce don merveilleux
d’entendre l’Évangile, de connaître la grande nouvelle,
la Bonne Nouvelle du Salut donné gratuitement en Jésus.
Paul ajoute : « et nous y avons cru... ».    (id)
Oui, nous avons cru,
et notre vie trouve dans cette foi
son centre, son roc, son sens.
Alors, poursuit Paul, vous avez été marqués d’un « sceau ».    (id)
Ce qui veut dire que par la foi, par le baptême,
nous nous sommes ouverts au don de Dieu
et nous sommes devenus sa propriété.
Être marqué d’un sceau signifie appartenir à quelqu’un.
Nous appartenons à Jésus et par Lui,
nous appartenons au Père.

Mais de quelle nature est ce sceau, ce « σφραγίς » ?
C’est le sceau de l’Esprit Saint
qui nous a été donné en un don définitif
que personne ne peut nous prendre.
Paul le dit aux Romains quand il parle de l’Esprit
« répandu » définitivement dans notre cœur.     (Rm 5, 5)

De cette présence de l’Esprit Saint,
Paul nous dit ensuite qu’elle nous a été donnée
« en vue de notre délivrance ».
L’Esprit présent en nous agit, opère, travaille
pour que nous soyons délivrés de tous liens,
et cela, précise alors Paul,
« en vue de la louange de la gloire [du Père] ».    (Ép 1, 14)
Le terme, le but, est que nous devenions louange !

Dans cette magnifique description de l’œuvre de Dieu,
nous pouvons ce soir méditer sur un aspect :
ce travail intérieur de l’Esprit Saint
en vue de notre délivrance.
L’Écriture nous dévoile ce qui se passe en nous,
ce que l’Esprit fait en nous.

Aux Romains, Paul dit que l’Esprit
« affirme à notre esprit
que nous sommes enfants de Dieu ».    (Rm 8, 16)
Il nous délivre par la vérité,
en étant en nous, pour nous, Esprit de Vérité.

L’Esprit, dit encore l’Apôtre,
« vient au secours de notre faiblesse »,    (Rm 8, 26)
nous apprenant à prier,   
c'est-à-dire à être filial
jusqu’au plus profond de notre être.
Il nous délivre par l’amour
en étant en nous, pour nous,
Esprit d’Amour, Esprit de filiation.

Et nous savons que Paul évoque
les « gémissements inexprimables » de l’Esprit.    (id)

Oui, l’Esprit travaille en nous,
et nous pouvons simplement faire silence
pour écouter ce travail,
pour pressentir ce grand chantier intérieur
de l’Esprit en nous !

Il s’agit d’un chantier de libération
où l’Esprit brise inlassablement
les liens du péché originel en nous,
les liens négatifs qui peuvent venir
de notre héritage familial
de notre milieu, de notre histoire,
et les liens de notre propre péché.

Dans la Seconde Lettre aux Corinthiens,
Paul affirme avec une clarté saisissante :
« Là où est l’Esprit du Seigneur,
là est la liberté ! »    (2 Co 3, 17)
Et il continue :
Et « nous tous qui, le visage dévoilé, »
c'est-à-dire nous tous qui avons foi en l’Évangile,
« nous reflétons la gloire du Seigneur ».
Pourquoi ?
Parce que « nous sommes transformés »
nous devenons image, icône de Jésus,
« avec une gloire de plus en plus grande »,
et cela « par le Seigneur qui est Esprit » !    (2 Co 3, 18)

Comme si Paul nous disait :
regarde Jésus !
Regarde sa liberté !
Voilà ce que tu vas devenir !
Voilà la liberté qui est en train de sourdre en toi
comme une source de joie !

Oui, tel est bien le travail de l’Esprit !
Et nous, quelle est notre part ?
Notre part, notre collaboration,
elle est simplement de croire en ce travail,
d’« encourager » l’Esprit,
de l’aider, de nous mettre à son service,
de le remercier,
de remercier cet Hôte de l’âme, cet Ami intérieur
qui travaille sans cesse en nous et entre nous !

Ce soir nous pouvons même
Lui poser la question chacun, personnellement :
« Esprit Saint, quelle collaboration attends-Tu de moi ? »

Nous pouvons aussi Lui confier les chantiers
qui nous semblent le plus urgents.
L’Évangile en nomme deux ce soir
qui peut-être vont résonner dans notre cœur :
le premier est d’être libérés de l’hypocrisie des pharisiens,
c'est-à-dire de ce décalage, ou même de cette opposition,
qu’il y a peut-être entre l’apparence religieuse
que nous voulons donner
et les intentions mauvaises de notre cœur.
Le travail de l’Esprit Saint sera de nous unifier
par le chemin de l’humilité.
L’autre chantier dont l’Évangile nous parle
est celui d’être libérés de la peur de témoigner.
Le travail de l’Esprit Saint
sera de faire triompher en nous l’amour
pour que nous n’ayons plus peur
d’affirmer et d’annoncer notre foi.

Frères et sœurs,
que l’Esprit Saint soit béni, loué et chanté
pour ce qu’il fait en chacun.
Et parce que sa joie c’est d’œuvrer en nous,
demandons-lui d’œuvrer d’avantage
en priant cette prière écrite par Romano Guardini :

Ô Esprit de Jésus,
prends ce qui appartient à Jésus
et donne-le moi afin que Jésus devienne mien.
Fais que ta Lumière resplendisse en moi
afin que je reconnaisse la Vérité de Jésus.
Apprends-moi à aimer,
parce que sans amour la vérité est morte.
Toi, ô Esprit Saint,
tu apportes la nouvelle création
dans le monde devenu vieux.
De Toi, Esprit Saint, notre Seigneur a tiré la vie
et dans ta force, Il a vaincu le « monde ».
Mais le « monde », c’est nous-mêmes,
notre cœur égoïste, aveugle et fou.
Prends-le en ton pouvoir,
rends-le docile et grand
afin que Jésus vive en nous et nous en lui. Amen                Romano Guardini



 © Communion de Jérusalem - 30 octobre 2006