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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Homélie du père
Gérard Busque, sss
Mardi 26 octobre 2006
Luc 12 49-53
Pyromanes de l'Amour !
Quand nous lisons les évangiles pour la première fois,
nous pouvons avoir l’impression que le Christ était un peu
froid. Il semble parfaitement se contrôler et nous percevons mal
ses émotions. Pourtant, il est animé d’une immense
passion et il l’évoque ce soir. « Je suis venu apporter un
feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà
allumé ! » (Luc 12, 49) Nous savons que le feu dont il
parle n’est pas un feu destructeur comme celui que Jacques et Jean
voulaient faire tomber sur les Samaritains devant leur refus de Le
recevoir (cf Luc 9, 54) ? Jacques et Jean avaient entendu Jean-Baptiste
dire de lui : « Il vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le
feu. » (Luc 3, 16).
Nous qui connaissons Jésus et Jésus crucifié et
ressuscité pour nous, nous savons que le feu qu’il apporte est
son AMOUR passionné pour chacun et chacune de nous. C’est un
brasier ardent, dira Ste Thérèse. À travers tous
ces gestes et ces paroles, durant les quelques années
passées sur terre, il a essayé de nous
révéler quelque chose de l’intensité de son amour
divin pour tous et chacun de nous. Il nous a aimé comme le
Père l’a aimé. Il nous a aimé le premier. Il nous
a aimé de la crèche à la croix. Il nous
aimé jusqu’au bout. Impossible d’aimer plus. C’est cet amour
brûlant qu’il désire nous communiquer : « Aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 13, 34)
Ce soir, il nous redit son désir de nous transmettre sa passion,
son feu. Nous savons que depuis sa résurrection et par
l’effusion de l’Esprit, il a commencé à réaliser
son rêve : Il allume et rallume en nous et en toute personne de
bonne volonté, le feu de l’amour divin. Oui, Il nous rend
capable d’aimer comme lui.
Qu’évoque cette image du feu qu’utilise Jésus pour nous
dire sa passion ?
Comme le feu, l’amour de Jésus quand il se communique
réchauffe les cœurs les plus glacés, les plus «
refroidis » par les événements. Pensons aux
disciples d’Emmaüs qui disaient : « Nos cœurs
n’étaient-ils pas tout brûlant quand sur la route, il nous
expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32)
Depuis sa résurrection, Jésus répand la chaleur de
son amour dans le monde à travers l’action
généreuse des hommes et femmes de bonne volonté.
Regardez ces milliers de personnes engagées avec passion dans
les ONG, ces organismes non-gouvernementaux qui apportent aide et
espoir aux peuples en détresse. En se dévouant dans des
organismes comme Médecins sans frontières, Amnistie
internationale, Secours Catholiques, Vision mondiale, en s’engageant
dans des congrégations religieuse comme Les missionnaires de la
charité, des milliers d’hommes et des femmes deviennent des
incendiaires de l’amour dans leur entourage. Ils réconfortent,
restaurent, nourrissent les grands désespérés de
la terre, par amour. Le Christ les a allumés un jour, même
si plusieurs ne le connaissent pas.
Quand nous les regardons agir avec amour et compassion, n’est-ce pas
qu’ils nous réchauffent le cœur et à travers eux, c’est
le Christ qui nous fait partager son amour passionné pour les
malheureux.
Une autre facette de cette image du feu : Comme le feu, l’amour peut
facilement se communiquer. Voici un exemple : C’est l’histoire vraie
d’un certain Ralph, racontée par l’abbé Denis Sonet, dans
son livre L’Évangile au présent.
Ralph se prépare à sortir du restaurant où il
vient de manger quand un inconnu lui demande à mi-voix : Est-ce
que je peux finir les frites que vous avez laissées ? Le patron
qui a entendu se fâche et dit à l’inconnu : Qu’est-ce que
vous faites ici ? Mais Ralph, rougissant, commande une assiette de
frites en disant au patron : je ne veux pas que cet homme mange mes
restes. Au moment où il se prépare à payer, le
patron lui dit : Non, je m’en occupe. Ralph va prendre son manteau et
quand il passe devant l’inconnu pour sortir, il voit dans la nouvelle
assiette, sur un épais tapis de frittes, un large beefsteak. Sur
le seuil, le patron lui dit : « sans vous, je n’aurais jamais
fait ca ?
N’y a t il pas autour de nous quelqu’un qui, par son exemple, a
allumé en nous un jour, une petite flamme et nous a rendu un peu
plus porteur du feu de l’amour.
Le feu que Jésus allume en nous, c’est aussi un feu merveilleux
qui éclaire. N’est-ce pas une autre fonction du feu que de
donner la lumière ? Le Christ allume un jour ou l’autre, dans le
cœur de toute personne de bonne volonté la lumière de son
Esprit. Sa parole vient un jour toucher le cœur et éclairer le
sens de la vie. Elle révèle alors la nature même du
Dieu-Amour et du même coup la grandeur et la dignité de
l’être humain. Aimer, c’est révéler à
l’autre sa beauté (Jean Vanier).
Notre beauté, Jésus nous la révèle en nous
disant : vous êtes la lumière du monde. Il nous fait
découvrir que nous sommes porteur d’une lumière
intérieure, notre dignité d’enfants bien-aimés de
Dieu, sauvés par pure miséricorde. Quel lumière
brûlante en nous que de nous savoir l’enfant bien-aimé du
Père. Quelle belle et bonne nouvelle à répandre
dans un monde qui a perdu sa boussole.
Mais le feu de l’amour que le Christ allume en nous a un
côté qui dérange. C’est un feu décapant.
Parce qu’aimer, ce n’est pas dorloter, infantiliser les êtres
aimés. Et la tendresse du Christ n’est pas une tendresse
mièvre et maternante. Aimer, c’est aider quelqu’un à
grandir, par lui-même, sans être constamment à le
porter. En descendant sur terre, le Christ n’est pas venu en
Père-Noël, avec un sac rempli de sucreries spirituelles. Et
son Évangile n’est pas fait de paroles doucereuses. Il est venu
mettre sur terre le Feu de l’Amour mais celui de l’amour vrai qui
décape et qui émonde en faisant mal au passage.
Oui, son amour est un feu qui purifie. N’est-ce pas le rôle du
feu de détruire les déchets dans les incinérateurs
? Les paroles du Christ ont parfois la puissance purifiante du feu : Si
ton œil te scandalise, arrache-le ; malheur à vous qui
êtes repus. Faites du bien à vos ennemis.
Son amour réalise en tout chrétien ce décapage. Sa
parole crée un malaise devant la tentation, notre cœur devient
tourmenté devant la vue du mal et souffre de ne pas aimer comme
il est aimé.
La brûlure de cette souffrance est bienfaisante parce qu’elle
purifie. Concrètement, quand nous sommes brulés par
l’amour du Christ, nous devenons capable de dire « non » au
nom de l’amour. Nous ne bénissons pas tout ce qui se fait dans
le monde sous prétexte que c’est moderne, ou à la mode.
Par exemple, nous serons capables d’exprimer notre désaccord
vis-à-vis la jungle des lois du marché capitaliste,
vis-à-vis le fléau des avortements, l’utilisation
commerciale des embryons humains, l’adoption de lois trop restrictives
en matière d’immigration, le suicide assisté. Le feu de
l’amour vrai nous rend capable de le faire avec fermeté et
douceur.
Jésus, lui qui est venu pour rassembler et non diviser,
était conscient que parfois, dire « non » au nom de
l’amour peut séparer pour un temps le mari de sa femme, la femme
de son mari, l’enfant de ses parents. C’est une manière de leur
dire qu’on les aime assez pour ne pas être complice de leur
faiblesse ou de leur égarement.
Ce soir, prenons conscience que dans un monde qui gèle sous le
givre de l’Individualisme ou du non-sens, Dieu le Père suscite
toujours dans l’Église et dans le monde des personnes au cœur de
feu. Rendons-Lui grâce, avec Saint Paul, pour son amour
manifesté en Jésus comme un Feu qui réchauffe,
éclaire et purifie et bénissons-Le de continuer
d’embraser aujourd’hui le cœur de millions d’hommes et de femmes de
notre temps.
Prions-le de le rallumer sans cesse dans nos cœurs portés
à se refroidir. L’Eucharistie est le lieu où le Christ se
donne tout entier, avec son Corps et son Sang, avec son cœur
brûlant d’amour, pour nous remettre le cœur en feu.
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©
Communion de Jérusalem - 31 octobre 2006
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