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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Homélie du
frère
Antoine-Emmanuel, fmj
Dimanche 11 mars 2007
- 3e
dimanche de Carême – Année C
Exode 3, 1-8a.10.13-15 ; 1 Co 10,1-6.10-12 ; Lc 13, 1-9
L’Amour qui Se donne
Dans son amour pour nous,
dans son amour passionné pour chacun et chacune d’entre nous,
le Seigneur vient aujourd’hui nous rappeler
l’exigence de la conversion.
Le Seigneur nous appelle à ouvrir nos yeux,
à regarder tous les signes de son amour
dans notre vie et dans le monde
pour que nous nous laissions interpeller
et que nous nous mettions - ou nous remettions - en marche
sur la route de la conversion.
Les trois lectures de ce dimanche, à leur manière, vont
nous dire cela.
*
Avec l’Évangile, voici d’abord Jésus
qui nous appelle à regarder
ce qui se passe dans le monde.
Jésus nous parle de l’actualité de son temps.
D’abord de cette mesure de rétortion
de la part du pouvoir romain,
de la part de Pilate,
à l’égard du mouvement de rébellion
qui avait lieu en Galilée, autour de Gamla en particulier.
Cette rétortion de Pilate
consiste à faire assassiner froidement
quelques galiléens venus en pèlerinage à
Jérusalem.
Et l’Évangile nous dit que le sang de ces pèlerins
a été mêlé au sang de leur sacrifice.
Violence et scandale religieux tout ensemble.
L’autre fait historique auquel Jésus
fait allusion dans l’Évangile est un accident :
la chute de la tour de Siloë qui causa 18 victimes.
La lecture courante de ces événements
de l’actualité du temps de Jésus était :
les victimes étaient nécessairement de grands
pécheurs ;
Dieu les a châtiés.
Ce à quoi Jésus répond : non !
Ces hommes, ces femmes, victimes de la furie de Pilate,
ou de cet accident, n’étaient pas de plus grands pécheurs.
Autrement dit, une mort brutale et inattendue
peut nous arriver à tous, grand pécheur ou non.
Voilà qui nous rappelle l’urgence de la conversion.
Ne remettons pas à demain la conversion
à laquelle le Seigneur nous appelle.
Quand nous prenons cette page d’Évangile,
nous comprenons l’importance
de regarder les événements de notre temps,
de les lire à la lumière de Dieu,
à la lumière de l’Évangile
et de savoir en tirer une sagesse.
Un chrétien n’est pas forcément un savant
mais il doit devenir un sage,
c'est-à-dire quelqu’un qui sait vivre cette vie
dans la lumière de Dieu.
Ne nous contentons pas d’un regard très rapide et superficiel
que nous donnent les nouvelles de la télévision ou du
journal.
Sachons nous arrêter.
Sachons réfléchir à la lumière de Dieu
pour tirer leçon, pour tirer sagesse de l’actualité.
Mais plus particulièrement cette page de l’Évangile
nous montre l’importance de nous préparer
dès maintenant au Ciel.
De ne pas remettre à demain la conversion
qui nous fait entrer dans l’Amour,
c'est-à-dire qui nous fera entrer dans le Ciel.
Ne soyons pas comme Saint Augustin qui,
au temps de sa folle jeunesse disait :
Seigneur rend-moi
chaste,
mais pas tout de
suite…
Il s’agit de commencer maintenant
le chemin de conversion
qui nous prépare à l’éternité.
Celui qui
écoute ma Parole
et croit en Celui
qui m’a envoyé,
a la vie
éternelle.
Il ne vient pas au
jugement,
mais il est
passé de la mort à la vie (Jn 5,24) :
Entendons, écoutons la Parole de Dieu,
croyons à Celui qui a envoyé le Christ,
c'est-à-dire au Père,
et déjà nous vivons de l’éternité.
Ne remettons pas à demain
l’écoute de la Parole de Dieu
et l’obéissance à la Parole.
*
La deuxième lecture tirée
de la première lettre de Paul aux Corinthiens,
est une invitation à regarder,
non pas seulement les événements de notre temps,
mais les événements de l’histoire.
Paul fait allusion dans cette lettre
à l’expérience du peuple d’Israël dans le
désert.
Le peuple, sauvé par la main puissante de Dieu,
a pu sortir d’Égypte et traverser la Mer rouge.
Il fut guidé à travers le désert
par le moyen de la nuée lumineuse.
Les israélites ont également été
bénis
par le don de la manne
qui, quotidiennement, les accompagnait,
et par le rocher qui était avec eux
et d’où l’eau jaillissait pour étancher leur soif.
Ils ont été sauvés,
ils ont été guidés,
ils ont été bénis ;
et pourtant, nous dit l’Écriture,
la plupart sont tombés au désert.
Pourquoi ? Parce qu’ils ont déplu à Dieu,
c'est-à-dire parce qu’ils ont murmuré contre Dieu.
Paul nous invite, comme il invitait les corinthiens,
à tirer leçon de ce passé.
À relire les événements du passé
pour en tirer une sagesse pour aujourd’hui.
Ces événements, dit Paul,
étaient destinés à nous servir d’exemple
pour nous empêcher de désirer le mal
comme l’ont fait nos pères.
Nous savons bien qu’un peuple sans mémoire,
(ou un homme ou une femme sans mémoire)
est un peuple qui reproduit toujours les mêmes erreurs
et qui s’inflige et inflige aux autres les mêmes blessures.
Il nous faut savoir faire relecture de notre passé,
de celui de notre famille, de l’Église, de la
société.
C’est le deuxième aspect de cette sagesse chrétienne
qui apparaît à travers les lignes de l’Écriture en
ce jour.
Plus particulièrement, Paul nous fait comprendre
qu’il ne nous faut pas tomber
dans ce que l’on peut appeler la présomption.
Celui qui se croit
solide,
qu’il fasse
attention à ne pas tomber (1 Co10,12).
Ceux qui traversaient le désert
pouvaient se croire solides
parce qu’ils étaient bénis et comblés par Dieu,
mais leur cœur était détourné de Dieu.
Comment cela ?
À travers le murmure.
Paul nous appelle
à nous garder de tout murmure contre Dieu
afin de pouvoir aller jusqu’au bout
du chemin de conversion
auquel le Seigneur nous appelle.
Car la conversion est un chemin qui n’est jamais terminé.
Ecclesia semper
reformanda.
L’Église est toujours en chemin de réforme,
en chemin de conversion.
Chaque jour, nous nous éloignons
un peu plus de notre Égypte
en nous appuyant sur la fidélité de Dieu.
*
La première lecture quant à elle,
nous invite à regarder
non seulement ce qui se passe en notre temps,
ce qui s’est passé dans l’histoire,
mais plus particulièrement
les signes que Dieu nous y donne.
C’est la page du buisson ardent
qui à son tour vient nous enseigner.
Moïse, nous le savons,
avait la grande ambition personnelle de sauver son peuple.
C’était son désir, c’était son projet,
et cela se conclut par un échec cuisant.
Aussi a-t-il dû quitter rapidement l’Égypte
pour ne pas tomber ni entre les mains de son peuple,
ni entre les mains de Pharaon.
Et voici que Moïse depuis 40 ans, se retrouve au désert.
Celui qui jadis était comme un prince,
traité comme un fils par Pharaon lui-même, en
Égypte,
voici qu’il se retrouve maintenant à garder les chèvres
au milieu des cailloux du désert.
Pour Moïse, c’est le temps du désenchantement,
de l’amertume, de la dépression.
Or voici qu’un jour Moïse voit un buisson en feu,
qui ne se consume pas,
en plein désert sur la montagne de l’Horeb.
Moïse regarde,
il fait un détour pour voir,
il enlève ses sandales,
se couvre la face,
et c’est là qu’il entend l’appel de Dieu.
L’appel qui va transformer sa vie
la faisant entrer dans sa troisième et ultime étape
qui sera celle de la fécondité.
Nous voyons ici que la sagesse chrétienne
consiste aussi à être attentif à ces signes
que Dieu nous donne dans notre vie
à savoir les accueillir,
à savoir les lire et nous laisser guider
par ce que le Seigneur veut nous dire.
Souvenons-nous de tout de que le Seigneur,
d’une manière où d’une autre, nous a déjà
dit.
Ne tombons pas dans l’oubli des paroles que Dieu,
personnellement, nous a adressées.
Et avec Moïse, nous comprenons
que l’accueil des signes de Dieu dans notre vie,
nous permet d’entrer dans un nouveau regard sur notre existence.
Ce qui pour Moïse était absolument impensable
– retourner au milieu de ses frères qui le haïssait,
retourner auprès de Pharaon qui voulait le mettre à mort –
voici que ce qui était impensable pour lui,
Dieu l’y appelle, et Dieu va lui donner de pouvoir le vivre.
La conversion, n’est-ce pas cela ?
Nous ouvrir à la nouveauté de Dieu.
Ce que je croyais impensable, Dieu le rend possible.
La condition est de lâcher nos raideurs
et de laisser Dieu libre dans notre vie.
*
Le Carême c’est cela : le temps de la conversion,
temps d’une vie qui se tourne vers Dieu
et cela s’incarne, cela se vit dans le concret.
Si le terme grec ‘métanoïa’
parle d’un changement de mentalité,
il est inséparable du terme hébreu ‘shouv’
qui est un verbe qui exprime un retour concret,
historique avec notre corps, avec notre vie vers Dieu.
La vraie conversion est celle qui porte du fruit
et c’est par cela que Jésus termine
dans l’Évangile d’aujourd’hui.
Quelle est donc cette vigne ?
Quel est donc ce figuier dont Jésus nous parle ?
Ce figuier planté au milieu d’une vigne ?
La vigne de Dieu, c’est toute la création de Dieu
et le figuier c’est l’humain, c’est toi, c’est moi.
La question qui nous est posée
par l’Évangile d’aujourd’hui est :
le figuier que je suis porte-t-il du fruit ?
Le Carême est le temps pour entrer
dans une nouvelle saison de fruits dans notre vie.
Et c’est bien à cela que le Pape Benoît XVI nous a
appelés
à la fin de son message pour le Carême.
Si vraiment nous regardons la Croix,
chaque jour un petit peu,
ne serait-ce que dix minutes,
alors notre cœur en est transformé,
et nous vivons alors le Carême
comme un temps eucharistique dans lequel,
en accueillant l’amour de Jésus,
nous apprenons à le répandre autour de nous
dans chaque geste et dans chaque parole.
Contempler Celui
que nous avons transpercé
nous poussera
à ouvrir nos cœurs aux autres
en reconnaissant
les blessures
infligées
à la dignité de l’être humain.
Cela nous poussera
en particulier
à combattre
chaque forme de mépris de la vie
et d’exploitation
des personnes.
et à
soulager les drames de la solitude et de l’abandon
de tant de
personnes, en particulier dans nos grandes villes.
Et le Pape de conclure :
Le Carême est
pour chaque chrétien
une
expérience renouvelée de l’amour de Dieu
qui se donne
à nous dans le Christ,
amour que nous
devons chaque jour à notre tour
redonner au prochain
surtout à
ceux qui souffrent le plus et sont dans le besoin.
Dans cette
façon seulement
nous pourrons
participer pleinement à la joie de Pâques.
Accueillir l’Amour et le répandre autour de nous.
Voilà le fruit que nous sommes appelés à porter en
ce Carême.
Je vous propose d’essayer de le vivre chacun
par un engagement de charité
avec les proches ou le prochain le plus immédiat
de notre famille, de notre communauté,
avec ce collègue, cette collègue.
Également un engagement de charité envers les plus
pauvres.
Et c’est pour cela que nous ferons aujourd'hui
la quête pour Développement et Paix
à l’intention des paysans qui sont sans terre au Brésil.
Voilà ce que nous pouvons vivre aujourd’hui.
très simplement par une générosité,
par un don par notre cœur qui s’ouvre aux plus pauvres,
à celui qui est plus proche de nous
et à celui qui est lointain.
Et nous voici menés à vivre le plus profond sens de
l’Eucharistie
accueillir l’Amour, l’Amour qui se donne
pour pouvoir le répandre autour de nous.
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©
Communion de Jérusalem - 28 mars
2007
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