«
À genoux devant le Dieu qui nous a faits »
Nous sommes dans la région frontière
entre la Galilée et la Samarie.
Dans un village situé sans doute sur la route
qui descend vers la vallée du Jourdain.
Voici dix pauvres, dix exclus,
rejetés de tous à cause de leur lèpre.
Ce sont des hommes impurs, ‘intouchables’,
qui habitent sans doute
dans la périphérie pauvre du village.
Or aujourd’hui, ils viennent d’apprendre
que le Rabbi Jésus arrive au village.
Il y passe sur sa route vers Jérusalem.
Il faut faire vite et aller à sa rencontre.
« Jésus, Maître, aie pitié de nous.
» (Lc 17, 13)
Ce sont dix voix qui s’élèvent, qui supplient.
Et le cœur compatissant de Jésus reçoit ce cri :
« Allez vous montrer aux prêtres »,
(Lc 17, 14)
c'est-à-dire allez accomplir ce qu’il convient
lors d’une guérison de la lèpre.
Les dix lépreux ont-ils hésité ?
Ont-ils cru d’emblée qu’ils allaient être guéris ?
Nous ne le savons.
Mais les voici qui partent,
marchant comme ils peuvent avec leur corps,
et particulièrement leurs pieds, pleins de plaies.
Or tandis qu’ils avancent en boitant
sur la route du sanctuaire,
leurs plaies se guérissent,
leur lèpre disparaît.
Ceux qui titubaient se mettent à danser de joie !
Ce mal qui les rongeait et les coupait de tous
les a quittés sur la route
de leur obéissance à la Parole !
Que faire alors ?
Où aller ?
Auprès des prêtres,
puis au Temple, au sanctuaire
pour s’y prosterner et adorer le Dieu vivant !
« Ouvrez-moi les portes de justice,
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur !
» (Ps 117(118), 19)
« Entrez, courbons-nous, prosternons-nous,
à genoux devant le Dieu qui nous a faits.
» (Ps 94(95), 6)
« Allez à ses portiques en rendant grâce,
entrez dans ses parvis avec des hymnes » (Ps
99(100), 4)
« Et j’irai vers l’autel du Seigneur,
près du Dieu de ma joie ;
j’exulterai, je te louerai sur la harpe,
Seigneur mon Dieu. » (Ps 42(43), 4)
Où aller ?
Au Sanctuaire, oui, lieu de la Présence de Dieu !
Au Sanctuaire de Jérusalem,
ou, pour les samaritains, au Garizim. (cf Jn 4, 20)
C’est évident !
Mais ce n’est pas évident
pour l’un des dix, un samaritain,
jusque là lépreux samaritain,
doublement rejeté et méprisé.
Pour lui ce n’est pas
au sanctuaire de pierre qu’il faut aller.
Où se prosterner, où adorer, où rendre grâce
?
Aux pieds de Jésus.
« Le voici qui revient, glorifiant Dieu à haute voix
». (Lc 17, 15)
Il rejoint Jésus et tombe sur la face, à ses pieds,
c'est-à-dire qu’il « adore »,
qu’il adore
en Jésus
la Présence de Dieu,
et il rend grâce,
en grec il fait « eucharistie ».
Pour lui, Jésus
est le
vrai temple ;
en Lui est la
Présence ;
ce n’est plus ni sur la montagne du Garizim,
ni à Jérusalem qu’il faut adorer,
c’est aux pieds de Jésus ;
non plus à travers des pierres, mais « en esprit » ;
non plus dans l’éphémère, mais dans la «
vérité »
qui est désormais dévoilée
dans Celui qui vient de le guérir.
« Et les neuf autres où sont-ils ?
» (Lc 17, 17)
Ils sont en route vers un temple de pierre !
Jésus est pour eux un homme de Dieu,
mais n’est pas Dieu fait homme.
Et nous, où sommes-nous ?
Avons-nous reconnu dans le visage de Jésus
Celui en qui, par qui et vers qui tout a été
créé ?
Avons-nous reconnu Celui par qui tout a été sauvé ?
Seigneur Jésus,
ce soir nous
voulons
nous laisser
prendre par la main
par le samaritain
pour nous
prosterner devant toi
pour t’adorer au
nom des neuf autres
et de tous les
autres,
pour t’adorer et
pour faire eucharistie par Toi au Père.
« Entrez,
courbons-nous, prosternons-nous,
à genoux
devant le Dieu qui nous a faits »
le Dieu de notre
joie,
Jésus, Dieu
né de Dieu,
Lumière
née de la Lumière,
vrai Dieu né
du vrai Dieu,
qui de toute
lèpre nous guérira.