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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
jeudi 8 février 2007 - Saint Jérôme Émilien

Marc 7, 24-30
« J’ai besoin de toi !  »

7 février 1537…

Le soleil se couche paisiblement
sur la vallée de San Marino.
Jérôme est à l’article de la mort,
épuisé, meurtri par la peste,
il est à bout de forces.
Il se lève pourtant,
il s’avance et trace lentement
une grande croix rouge-sang
sur le mur qui fait face à son lit.
Puis il se recouche, et,
les yeux fixés sur la croix glorieuse
du Divin Amour,
Jérôme s’en va à la rencontre
de notre sœur la mort corporelle qui le conduit,
en cette nuit du 7 au 8 février dans le cœur brûlant d’amour
du Dieu qu’il a si fidèlement servi.

Saint Jérôme Émilien dont nous faisons mémoire en ce jour
est un saint peu connu dont le témoignage et le message
sont pourtant riches d’enseignements
et très éloquents pour notre temps.

C’est en 1486 que naît Girolamo Miani
dans une famille patricienne de Venise.
Jérôme suit les études conformes à son rang
mais il se révèle être surtout un homme d’action.

Le premier événement qui marquera son existence
est la mort de son père.
Jérôme a alors 10 ans et le voici orphelin de père.

Homme d’action, Jérôme s’engage sous les drapeaux.
Le voici soldat.
un jour, prisonnier,
il sera libéré par l’intercession de la Vierge Marie.
Il poursuit sa carrière dans le service de la nation
comme gouverneur du château-fort de Quero.

Mais peu à peu le cœur de Jérôme
est habité d’une flamme nouvelle.
L’action ? Oui, mais au service des pauvres.

En 1528 – Jérôme a 42 ans –
une grande famine s’abat sur l’Italie.
La ville de Venise est toute entière envahie par les pauvres.
Et voici Jérôme, devenu proche
de la communauté des frères du Divin Amour,
qui laisse son sabre et sa plume
pour nourrir et recueillir les pauvres,
pour réconforter les malades et pour ensevelir les morts.
« Ce que vous avez fait à l’un de ces petits
qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».    (Mt 25, 40)

Jérôme devient alors de plus en plus sensible
à tous les enfants orphelins ou abandonnés
laissés pour compte dans les rues de la ville.
Celui qui fut jadis blessé par la perte de son propre père
laisse jaillir de sa blessure
l’amour et la compassion
dont tous ces enfants sans logis et sans affection
ont douloureusement besoin.
La vocation de Jérôme est désormais tracée :
il sera le père des orphelins et des pauvres.
Vocation qui le saisit et fait de lui
un témoin passionné de l’amour de Dieu.
« Haut placé et saint je demeure, dit Dieu,
mais Je suis avec l’homme humble et contrit. »    (Is 57, 15)

La peste vient-elle s’abattre sur la cité.
Jérôme consacre ses journées au service des malades,
contractant lui-même la peste dont il est miraculeusement guéri,
car son œuvre ne devait pas s’achever là.

« La moisson est abondante
et les ouvriers peu nombreux ».    (Lc 10, 2)
Jérôme se décide à quitter sa maison.
Il devient pauvre parmi les pauvres.
Jérôme partage avec les enfants
le travail et la pauvreté, le pain et le logement.
L’ancien gouverneur se fait tout à tous
soucieux d’accueillir tous ceux et celles que la société rejette.
Dieu est accueil : Jésus a accueilli.
Jérôme accueille.
Les orphelins et orphelines trouvent refuge
dans sa miséricordieuse hospitalité.
Les prostituées, elles aussi, ne sont pas privées de sa charité,
ni les paysans brisés par la misère qui frappent à sa porte.
Jérôme, devenu fondateur,
multiplie à travers les cités d’Italie
les fondations de maisons d’accueil.
Venise, Bergame, Milan, Pavie, Côme.
Autant de villes qui voient germer en leur sein
les maisons tenues par ceux
que l’on appelle alors les serviteurs des pauvres.
À la fin de l’année 1536, la peste sévit à nouveau.
Cette fois, Jérôme achève sa course.
Ses compagnons le retrouvent endormi dans la mort
au matin du 8 février.
Béatifié par Benoît XIV en 1747,
canonisé 30 ans après par Clément XIII,
Jérôme sera aussi proclamé par Pie XI en 1928,
pour le quatrième centenaire de l’Institut somasque,
« patron universel des orphelins et de la jeunesse abandonnée. »

* * *

Frères et sœurs, où trouver à l’exemple de Saint Jérôme Émilien,
l’élan pour nous affranchir d’ambitions trop humaines
comme ce gouverneur devenu serviteur,
et la flamme pour embrasser nos cœurs
et brûler de cette charité qui animait Jérôme ?

Où trouver cela sinon dans la grâce du Christ ?
Grâce qui a permis à Jérôme de réorienter son être
et de donner sens à son histoire.

Es-tu actif ?
Rends grâce à Dieu pour cela,
mais, comme Jérôme, réoriente ton élan, ton énergie
pour servir le Royaume en laissant l’amour régner en toi.

Es-tu blessé ?
Ne fuis pas ce que tu es,
mais, comme Jérôme, orphelin devenu père des orphelins,
que ton cœur ainsi ouvert au souffle de l’Esprit
fasse de toi un être de compassion.

Les pauvres de la ville t’attendent
– et les formes de pauvreté se sont aujourd'hui tellement multipliées –
comme ils attendaient Jérôme dans les cités de l’Italie de jadis.
Ils t’attendent, ils t’appellent : j’ai besoin de toi !
J’ai besoin de ton regard, de ton écoute, de ta présence.
J’ai besoin que tu me dises qu’il est bon que j’existe.
J’ai besoin de toi pour ne pas m’installer
et m’emmurer dans ma souffrance.
J’ai besoin de toi pour que tu me révèles
le visage de ton Dieu.


Frères et sœurs, il est, en particulier,  tant d’hommes et de femmes
qui vivent comme des orphelins,
ignorant la paternité de Dieu
et qui attendent de nous
que nous leur manifestions
cette tendresse paternelle de Dieu
qui seule peut guérir, réconforter et relever
ceux qui gisent dans l’ombre de la mort.
Dieu est Père : tel est bien le cœur de la spiritualité de Jérôme ;
Dieu est Père, Amour, Bonté infinie, Source de tout bien.
« Notre Bienheureux Seigneur,
écrit-il dans une lettre à l’un de ses compagnons,
veut vous montrer qu’Il veut vous mettre
au nombre de ses chers fils ».

L’amour, la bonté, la miséricorde du Père :
ce n’est pas un concept ou une théorie pour Jérôme.
L’Amour du Père nous a été manifesté dans le Fils
que Jérôme prie comme Dolcissimo Gesù.
Dans le Fils en qui nous tous nous devenons des fils.
« Vivre dans la maison des pauvres
et manger leur pain confesse-t-il,
c’est vivre dans la maison du Christ et manger son pain. »
C’est bien par la grâce du Christ que Jérôme est devenu
un témoin vivant de l’amour, les yeux fixés sur la Croix.

Son désir était de « se jeter dans les bras
de son Aimé nu et crucifié »,
de « suivre le Christ nu jusqu’à la mort. »
Au point que ses contemporains diront de lui
qu’il « remplissait et enivrait de l’amour du Christ
quiconque le regardait. » 1.

Seigneur Jésus,
Toi le Verbe, Toi le Bien-aimé, nu et crucifié,
avec Jérôme Émilien, nous voulons nous jeter dans tes bras
et Te recevoir en nos cœurs par ta divine Eucharistie,
pour ne plus nous dérober aux pauvres vers qui tu nous envoies.

1. Dictionnaire de spiritualité, Art. ‘Saint Jérôme Émilien.


 © Communion de Jérusalem - 15 février 2007