Imaginons
un instant que nous soyons en forêt en compagnie d’un
spécialiste des oiseaux.
Celui-ci nous invite à nous arrêter et à
écouter.
Lorsque nous n’entendons qu’un bruit bien mélangé et
confus,
lui, en revanche entend déjà avec précision le
chant du geai, du balbuzard, de l’aigle… que sais-je !
Voilà qui évoque bien la différence entre une
écoute superficielle,
souvent sélective et distraite et une écoute profonde,
attentive, passionnée
qui est même capable d’écouter le silence.
Frères et sœurs, savons-nous écouter en profondeur ?
Je ne pense pas d’abord aux bruits de la forêt,
mais bien à notre écoute de la Parole de Dieu,
à notre écoute des autres,
à notre écoute de notre propre cœur.
Il s’agit là d’une question vitale pour nous.
L’écoute est une faculté vitale pour l’être humain
créé à l’image et vers la ressemblance de Dieu.
Nous sommes faits pour écouter.
Dieu nous a pensés comme une créature ouverte pour
recevoir sa Parole,
pour recevoir son Verbe, afin de partager sa Vie.
Le « Père des Lumières », écrit
l’apôtre Jacques,
« a voulu nous enfanter par une parole de Vérité
pour que nous soyons
comme les prémices de ses créatures
». (Jc 1, 18)
L’apôtre Pierre précise à son tour que « nous
avons été engendrés de nouveau
d’une semence non point corruptible, mais incorruptible,
la Parole de Dieu vivante et permanente »,
qui « demeure pour l’éternité
» (1 Pi 1, 23..25)
L’écoute est vitale pour tout humain.
« Écoutez et vous vivrez »
dit le Seigneur par la voix d’Isaïe. (Is 55, 1)
Allons plus loin :
Entrer dans la ressemblance divine, et telle est notre vocation,
c’est devenir des
écoutants
car en Dieu Lui-même, tout est écoute mutuelle.
Le Père, dit Jésus,
« m’a commandé que dire et de quoi parler »
; (Jn 14, 49)
ainsi le Fils demeure dans l’écoute aimante du Père
qui déverse en Lui tout son Amour.
Mais le Père aussi est sans cesse à l’écoute du
Fils comme Jésus le confesse
auprès du tombeau de Lazare : « Je savais que tu
m’écoutes toujours ». (Jn 11, 42)
Quant à l’Esprit, de Lui Jésus nous dit : « Ce que
l’Esprit entendra, Il le dira ». (Jn 16, 13)
Puisqu’Il est l’Amour du Père et du Fils, l’Esprit est leur
écoute mutuelle.
En Dieu tout est ouvert, tout est écoute et nous sommes
appelés à être aussi ouverts,
jusqu’à nous laisser enfanter par la Parole de
Vérité comme nous l’a dit Saint Jacques.
Alors, sur les traces du Serviteur décrit par Isaïe, nous
avons besoin que le Seigneur
« éveille chaque matin notre oreille
», (Is 50, 4-5)
Car avec Adam, plutôt que d’entrer dans l’écoute
obéissante qui nous divinise, qui nous éternise,
nous avons prêté l’oreille à ce qui nous
sépare de Dieu et nous ferme sur nous-mêmes.
Le péché, tout péché, est surdité.
« Vous n’avez pas tendu l’oreille
dit le Seigneur par la voix de Jérémie,
vous ne m’avez pas écouté » ;
« Je leur ai parlé sans qu’ils m’écoutent, je les
ai appelés sans qu’ils répondent
». (Jr 35, 15..17)
« Ah si mon peuple m’écoutait, (…) en un instant
j’abattrais ses ennemis » (Ps 81(80), 14)
et Dieu d’appeler sans cesse son peuple :
« écoute Israël … » (Dt 6, 4)
Et au jour de l’Incarnation :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
écoutez-Le » . (Mc 9, 7)
Ainsi se manifeste le désir de Dieu
de nous sauver de notre surdité,
de nous ouvrir l’oreille
pour que nous recevions sa Parole de Vie !
C’est ce que prophétisait Isaïe,
annonçant le jour de « la revanche de Dieu » sur le
mal
où « les oreilles du sourd s’ouvriront
» (Is 35, 5)
où « la langue du muet criera sa joie »
. (Is 35, 6)
Et Isaïe de nous faire comprendre
que ce jour ne sera rien de moins
qu’une intervention de Dieu en personne :
« C’est Lui qui vient vous sauver » (Is
35, 4)
De ce jour, nous sommes aujourd’hui les témoins
émerveillés
puisque nous voyons Jésus prendre à part le sourd-muet
et nous reconnaissons là cette visite divine qui nous ouvre
l’oreille.
La guérison de notre surdité nous vient en Jésus,
par Jésus.
Elle nous vient par ses mains qui viennent nous re-créer ;
par sa salive qui va nous rendre la parole,
elle nous vient par sa Parole ‘
Effata
‘ qui nous ouvre,
qui ouvre tout notre être à la communion.
Avec ses différente étapes,
avec la prière que Jésus adresse à son Père,
avec le gémissement du Seigneur,
nous comprenons qu’il s’agit d’une guérison laborieuse,
d’un travail profond de la grâce
qui restaure l’écoute dans le cœur de l’homme.
Pensons alors à l’expérience que fait cet homme.
Soudain ouvert à toute une vie
qui lui était jusque là étrangère :
la vie entre en lui à pleins flots,
sa langue se délie,
et il se joint au chœur de ceux qui proclament partout
que ce que fait Jésus est beau et bon. (cf Mc
7, 27)
Or cet homme est un païen,
comme Marc y insiste en nous parlant des contrées païennes
que sont Tyr, Sidon et la Décapole.
C’est donc que Jésus peut et veut guérir
tout humain
de cette surdité qui nous enferme.
Cet
Effata, Jésus l’a
prononcé une fois au jour de sa chair sur cet homme.
Mais désormais, par sa mort glorieuse,
il le prononce éternellement sur tout homme, toute femme, de
tous les temps.
Par sa mort il est descendu dans les profondeurs de nos enfermements
et, ressuscité, il y a prononcé, il y prononce,
un
Effata éternel qui
nous ouvre à la vie.
C’est l’
Effata de notre
baptême prononcé sur nous une fois pour toutes
mais qu’il nous faut accueillir tout au long de notre vie
pour qu’il ait en nous toute son efficacité.
C’est ainsi qu’aujourd’hui nous pouvons ensemble ré-entendre
cette Parole de Jésus
pour que soient levés les obstacles à l’écoute qui
demeurent en nous.
Oui, au nom de Jésus,
Effata
!
Au nom de Jésus, que ton oreille s’ouvre tout grand !
que ton cœur s’ouvre tout grand !
que ton être s’ouvre tout grand !
Je le dis aujourd’hui sur vous au nom de Jésus,
et nous pouvons en notre cœur
le dire maintenant
sur nous-mêmes,
sur nos voisins,
sur nos proches,
sur l’Église,
sur notre ville !
Oui, Seigneur,
Ouvre-nous à
l’écoute de ta Parole ;
donne-nous un
« cœur qui écoute ».
Que notre oreille
ne soit
ni superficielle,
ni distraite,
ni sélective.
Conduis-nous dans
ton écoute obéissante
pour que ta Parole
accomplisse en nous toute son œuvre,
afin qu’elle
accomplisse en nous ce que le Père désire !
Ouvre-nous à
l’écoute des autres,
et donne-nous
le courage et l’audace d’écouter
faisant place en
nous
à l’autre,
à ses
convictions,
à ses
attentes,
à ce qu’il
est.
Que nos familles,
nos communautés
soient
transformées par l’écoute mutuelle.
Ouvre-nous à
l’écoute de notre cœur profond,
que nous apprenions
à reconnaître
les motions de ton
Esprit
qui nous enseigne
sans bruit de Parole.
Que nous soyons
attentifs à ta présence en nous.
pour être
attentifs à ta présence en chacun, en chacune.
Jésus, en
cette Eucharistie,
donne-nous ton
oreille !