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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Homélie du père
Gérard Busque, sss
Vendredi 9 février 2007 - 5e Semaine du temps ordinaire (C)
Marc 7, 31-37
« Ouvre-toi ! »
Nous avons de nouveau ce soir ce magnifique récit de la
guérison d’un sourd-muet.
Dans ce court récit plein de saveur, il y a un mot qui est un
ordre du Seigneur adressé à chacun de nous ce soir :
c’est le mot « Effata », « Ouvre-toi » (Mc 7,
34) dit Jésus !
Effata est un mot araméen, la langue maternelle de Jésus.
Nous constatons que les évangélistes ont à
plusieurs reprises conservé certaines expressions
araméennes de Jésus. Pensons à l’expression :
« Talitha koum », « jeune fille, lève-toi
» (Mc 5, 41), lors de la guérison de la fille de
Jaïre. Ou encore les dernières paroles de Jésus
mourant sur la croix : « Éli, Éli, lama sabactani
» « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu
abandonné ? » (Mt 27, 46). Si les
évangélistes ont conservé ces expressions en
araméen, c’est qu’elles avaient frappé les auditeurs
d’une manière particulière. Nous devons donc porter une
attention spéciale à ces mots, car ils peuvent nous
révéler quelque chose que le texte ne nous dit pas
explicitement.
Quand nous lisons attentivement ce récit, nous voyons une
série de gestes très étonnants que Jésus
accomplit en vue de guérir ce sourd-muet qu’on lui amène.
Il l’emmène à l’écart loin de la foule, - met ses
doigts dans ses oreilles, prend de la salive, lui touche la langue et
lève les yeux au ciel en gémissant et dit « Effata
», c’est-à-dire « ouvre-toi ». Et les oreilles
de l’infirme s’ouvrent, et sa langue se délie. Nous voyons ici
Jésus manifesté qu’il est vraiment le Verbe fait chair.
Il aurait pu guérir cette personne d’une seule parole comme il
l’avait déjà fait. Mais ici, il incarne sa Parole en
l’accompagnant de gestes très charnels, très sensibles.
Il révélait ainsi qu’il est Sacrement du Père,
celui qui le révèle en son humanité, celui en qui
habite la plénitude de la divinité et qu’il la rend
visible et efficace par sa paroles et ses gestes. Il annonçait
ainsi les sacrements de son Église où il continue d’agir
en parole et en actes pour guérir et sauver.
L’expression « effata » en araméen est un
impératif, au singulier. C’est donc un ordre que Jésus
exprime. Cet ordre n’est donné ni aux oreilles, ni à la
langue, mais à la personne qu’il a en face de lui. C’est au
malade lui-même que Jésus s’adresse en disant «
ouvre-toi ». Et c’est seulement quand celui-ci obéit
à Jésus et s’ouvre à la grâce, que tout ce
qui est en lui lié, se délie. Il redevient alors une
personne libre. Et cette libération est complète. Tout
son être reprend vie.
Saint Marc attire aussi notre attention sur le fait que cet homme se
met à parler lorsque ses oreilles s’ouvrent. Jésus veut
nous montrer qu’il y a une relation profonde entre l’écoute et
la parole, un lien non seulement physique, mais surtout symbolique et
spirituel. Parler est un moyen important pour communiquer entre les
êtres humains. Et cette communication permet une communion entre
les personnes quand elle suscite un véritable échange.
Pour échanger, encore faut-il se taire quand l’autre parle, et
savoir écouter. Celui qui n’écoute pas ne communique pas
; et donc on peut dire qu’il ne parle pas vraiment non plus. Il ne fait
que produire des sons, des syllabes qui sont sans effets puisque la
relation n’est pas établie pleinement avec son interlocuteur.
Il est intéressant de noter que saint Marc ne dit pas vraiment
que l’infirme est muet. Il dit qu’il parlait difficilement. Il ne
pouvait pas parler convenablement parce qu’il n’entendait pas. Et ce
qu’il n’entendait pas, c’était la Parole de Dieu qui sauve parce
qu’il n’était pas ouvert. Ce n’est que lorsqu’il a ouvert son
cœur, qu’il a accueilli la parole de Jésus, qu’il a
commencé à bien entendre, et donc aussi à bien
parler, c’est-à-dire à bien communiquer avec Dieu, et
donc avec les autres. Elle est là, la véritable
libération de l’homme.
Et nous ? Sommes-nous vraiment libres ? Savons-nous vraiment
écouter et parler, bref communiquer vraiment ? Nous pouvons nous
rassurer en nous disant que nous savons nous taire quand les autres
parlent, et qu’en général nous arrivons plutôt
facilement à communiquer avec ceux qui nous entourent. Mais
notre cœur veut-il se laisser toucher par les appels de Dieu et de nos
frères et sœurs ? Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne
veut pas se laisser toucher. N’avons-nous pas besoin d’ouvrir notre
cœur à notre Dieu qui parle tout-bas et qui alors demande
beaucoup d’attention et de vigilance ? Surtout lorsqu’il nous invite
discrètement à nous dépasser pour répondre
à son amour. Savons-nous décoder les appels de nos
frères quand ils nous disent : écoute-moi … Un jour un
mari disait à sa femme : « Je sais parfaitement ce que tu
me reproches : tu me reproches de ne pas te parler suffisamment
». Et sa femme de répondre : « C’est vrai, mais ce
que tu n’entends pas, c’est combien je souffre de ce silence, c’est que
j’en crève littéralement, tu entends?»
La qualité d’écoute à laquelle Jésus nous
appelle est bien plus profonde, plus intérieure. Elle engage
tout notre être, car elle nous met d’abord en face de la Parole
de Dieu, en contact avec la Vérité même.
Ecouter une parole de Vérité, sur nous, sur Dieu, c’est
l’accueillir, s’y soumettre ; c’est faire la volonté de Dieu.
Alors, en face du Christ qui est la Vérité même,
nous voyons bien que nous sommes tous encore plus ou moins des
sourds-muets. Nous avons tous des parties de nous-mêmes qui sont
encore liées, bloquées, prisonnières de notre
péché. Nous avons tous besoin que Jésus vienne
nous libérer par sa Parole.
Le plus bel exemple d’écoute, et donc de liberté
intérieure, nous a été donné par la Vierge
Marie. C’est parce que Marie a été totalement ouverte
qu’elle a reçu la plénitude du Verbe de Dieu. Toute sa
vie ne fut qu’un témoignage de la Présence de
l’Esprit-Saint dans son âme. Son Fils Jésus lui aussi nous
a montré le chemin de la vraie liberté intérieure,
le seul chemin qui conduit au don total de soi, en se rendant
pleinement obéissant à la volonté de son
Père.
Jésus vient parmi nous ce soir dans l’Eucharistie. Il vient
frapper à la porte de chacun de nos cœurs et nous dire : «
Ouvre-toi », c’est-à-dire « laisse-moi te
libérer de ton mal, laisse-moi t’aimer ! ». Voilà
l’attitude qu’il attend de nous au moment où il va
répandre ses grâces de bénédictions sur
chacun de nous. Demandons à la Vierge Marie de nous aider
à ouvrir notre cœur, à nous libérer de nos mauvais
liens, pour mieux nous laisser saisir par Dieu. Amen.
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©
Communion de Jérusalem - 15 février
2007
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