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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du père Gérard Busque, sss
Vendredi 16 février 2007 - 6e Semaine du temps ordinaire (C)

Marc 8, 34- 9, 1

Qu'il prenne sa croix !

Dans l’Évangile de ce soir, nous sommes invités à regarder comment nous acceptons au fil des jours de partager le destin de Jésus.  Dans l’Évangile d’hier, Jésus invitait Pierre, non à Le devancer, mais à mettre ses pas dans les siens : « Passe derrière moi », lui disait-il. Ce soir Il dit à l'adresse des disciples et de la foule entière : « Si quelqu'un veut marcher derrière Moi, qu'il prenne sa croix et qu'il Me suive ! »

Jésus ne dit pas : « Qu'il prenne ma croix ». Car il n'y aura qu'un seul Golgotha, celui du Fils de Dieu fait homme, celui où Jésus est mort par les hommes et pour les hommes. Que chacun prenne sa croix ; voilà la pensée de Jésus, et que chacun l'assume comme Lui l'a assumée, pour aimer jusqu'à l'extrême de l'amour.

Mais pour nous, la croix demeure toujours imprévisible ; elle ne se précise que peu à peu, au cours de notre vie et parfois change de visage à divers moments de la vie.

Il y a...
    la croix du corps lorsqu’il devient lourd à porter ;
    la croix du cœur lorsqu’Il est blessé ou brisé par le manque d’amour ;
    la croix de la solitude que toute personne apprend à assumer un jour ou l’autre ;
    la croix de la vie commune qui nous invite à nous dépasser un peu plus chaque jour.

Il y a...
    la croix à consentir pour rester fidèle, coûte que coûte, et
    la croix qui nous atteint au creux même de notre fidélité.

Nous avons l’habitude de prendre très au sérieux les paroles du Seigneur adressées à ceux et celles qui veulent Le suivre, et nous sommes souvent dans l'admi¬ration en constatant avec quelle spontanéité, avec quelle générosité, des chrétiens, des chrétiennes de tout âge accueillent comme une croix, dans la Lumière du Seigneur, les épreuves de santé et les épreuves familiales ou communautaires.
Mais comme nous avons de la peine à reconnaître notre croix à nous,  celle qui nous sanctifie dans les choses qui nous atteignent et qui ne devraient pas nous arriver.

Ainsi quand nous vivons une incompréhension, une injustice, ou une ingra¬titude, nous ne voyons pas toujours tout-de-suite comment la vivre à la manière du Seigneur. Nous sommes parfois portés à dire : « Ça, je ne le prends pas ! » et la tentation est grande de refuser de suivre le Christ sur le chemin du pardon, de la vérité, de la miséricorde.

Quand nous vivons des impasses avec ceux ou celles qui nous entourent, à cause de leur caractère ou de leur habitude de vie, que ce soit en famille, en communauté, quand ces situations nous font souffrir et semblent sans remède,  il n’est pas facile d’y voir une occasion de nous configurer au Christ souffrant, de mettre nos pas dans les siens.

Comme il est difficile, alors, de continuer à aimer jusqu'à l'extrême, de continuer à porter les choses ou les personnes pour la gloire de Dieu et le salut du monde,
en mettant de l'amour partout où l'amour manque,
en apportant le sourire au nom de Jésus et de son Évangile,
en perdant sa vie pour que la vie fasse son œuvre !

Comme il est encore plus difficile de deviner la croix dans des situations injustifiées ou injustifiables ! Quand un chauffard ivre nous blesse et nous rend handicapé pour la vie ! Quand le conjoint trahit notre amour et recommence sa vie avec une autre personne ! Que de croix injustifiées ou injustifiables nous tombent sur les épaules !

Mais justement la croix de Jésus était injustifiable !
Injustifiable, son faux procès !
Injustifiable, sa mort entre deux bandits !

Jésus a su aimer au milieu de toute cette haine, entrant jusqu'au bout dans le dessein du Père ; Il a su mourir pour les hommes au moment où les hommes le faisaient mourir.

Et c'est bien aussi le sens de toutes nos croix : dire « oui » au Père pour une nouvelle victoire de l'Amour.

Cependant il est bon de se rappeler que nos croix ne sont jamais au-delà de nos forces. Le Seigneur nous donne toujours les grâces nécessaires pour les porter. S’Il nous invite à prendre notre croix, c’est qu’elle est ajustée à chacun de nous, faite pour nous et pour nous permettre de faire le passage de cette vie à la vie éternelle. Voici une petite anecdote, tirée de la revue Chanteclerc (juillet-août 2000) illustrant comment porter sa croix tous les jours, préparant notre entrée en vie éternelle :

« Un homme, toujours insatisfait de lui-même et mécontent des autres, ne cessait de rouspéter contre Dieu en disant : “ Mais qui a dit que chacun devait porter sa croix ? Vraiment n’y a t-il aucun moyen de l’éviter ? J’en ai franchement assez de porter des fardeaux aussi lourds! ”

« Le Bon Dieu lui répondit. Il guida l’homme dans un songe et celui-ci vit l’existence des hommes sur terre comme une immense procession. Chacun allait d’un pas imperceptible et régulier, portant sa croix sur l’épaule.

« Lui-même faisait partie de l’interminable cortège. Il avançait péniblement portant le poids de sa croix. Au bout d’un certain temps, il s’aperçut qu’elle était trop longue : voilà pourquoi la marche était si fatigante ! “ Il suffirait, se dit-il, que je la raccourcisse un peu et j’aurai beaucoup moins de peine. ”

« Il s’assit sur une borne et, par quelques entailles bien vigoureuses, il raccourcit sa croix d’une bonne longueur.

« Quand il repartit, il constata que sa marche était beaucoup plus rapide et plus légère. Et sans se fatiguer, il atteignit l’endroit qui semblait être la destination de cette longue procession : une limite de terre bordée d’un ravin comme une blessure béante dans le sol. Mais, c’est au delà que commençait “ la Terre du Bonheur Éternel. ” L’autre côté du ravin laissait entrevoir un spectacle enchanteur.

« Cependant, pour traverser, il n’y avait ni pont ni passerelle. Et pourtant, hommes et femmes passaient facilement. Chacun descendait sa croix des épaules, la posait sur les deux bords du ravin et fran¬chissait ainsi le gouffre.

« Les croix semblaient faites sur mesure : elles reliaient exactement les bords du précipice. Tous les gens passèrent, sauf lui. Il avait raccourci sa croix et à présent, elle était trop courte pour atteindre l’autre coté du gouffre.

« Désespéré, il éclata en sanglots : Ah si j’avais su !... » Mais il était trop tard. Il était inutile de se lamenter !

« Nous pouvons imaginer qu’en se réveillant de son rêve, il était mieux disposer à porter sa croix telle que la vie la lui présentait. »

On raconte que Sainte Thérèse d’Avila, juste à un moment de grands soucis, fut frappée d’atroces douleurs aux jambes. Elle s’en plaignit auprès de Dieu : « Seigneur, après tant d’ennuis, il ne me manquait plus que cela ! »
Dieu lui répondit : « C’est ainsi, Thérèse que je traite mes amis. »
Et elle de répliquer : « Maintenant je comprends pourquoi tu en as si peu ! »

Bénissons le Seigneur pour les fois où Il nous a rendus capable de porter notre croix.
Prions-Le de nous donner la force de son Esprit pour assumer celles que la vie nous réserve.
Amen.

 © Communion de Jérusalem - 19 février 2007