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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Dimanche 1er octobre 2006 - 26e dimanche du Temps ordinaire
Marc 9, 38-43.45.47-48

Le seul vrai trésor de l’Église

Ce matin, il faut que l’Amour nous saisisse et qu’il nous pousse aux  pieds de Jésus,
avec un grand désir :
celui de boire à la source de son Cœur en puisant à la fontaine de sa Parole.
Ce matin nous allons écouter Jésus avec un cœur qui désire Lui plaire,
un cœur qui veut recevoir sa Parole pour la vivre ;
un cœur d’épouse attentive au moindre désir de l’Époux.

Jésus quel est donc le désir de ton Cœur ?
Que veux-tu que nous devenions,
nous qui sommes ton Épouse,
nous qui sommes ton Église.
Nous voulons lire sur tes lèvres ce que Tu attends de nous !

* * *

La première parole que nous recueillons aujourd’hui des lèvres de Jésus
est une réponse à Jean, « fils du tonnerre ».
Elle tient en quelques mots :
« Ne l’empêchez pas ! »    (Mc 9, 39)

De quoi s’agit-il ?
Les apôtres viennent de voir qu’un homme
qui ne chemine pas avec eux
faisait des miracles
– en l’occurrence des exorcismes –
au nom de Jésus.
Préoccupés par l’unité de la communauté,
préoccupés par l’identité de la communauté,
préoccupés peut-être aussi, par leur pouvoir,
jaloux, peut-être, de leur autorité,
les apôtres ont voulu empêché cet homme
d’employer le Nom de Jésus.

La réponse de Jésus est claire :
« Ne l’empêchez pas ! »
Ce qui signifie :  laissez-le agir en mon Nom.
N’ayez pas la prétention
de vous approprier de mon Nom,
et laissez faire l’Esprit Saint
qui « souffle où Il veut ».    (Jn 3, 8)
Laissez fleurir la vie de l’Esprit
là où vous ne l’avez pas semée !

Jésus ajoute à cet ordre
une brève explication bien précieuse :
« Il n’est personne
qui fasse un miracle en mon nom
et puisse vite parler mal de moi ».    (Mc 9, 39)
Ce qui compte ce n’est d’abord
qu’un tel soit avec vous, les disciples,
ce qui compte d’abord,
c’est qu’il soit avec Moi, Jésus,
et que sa vie parle de Moi.
Mieux : Celui qui n’est pas avec vous
mais qui parle de moi est pour vous.
Il est « pour vous » parce qu’il participe
à ce qui doit vous préoccuper :
l’annonce de l’Évangile.

Frères et sœurs, le désir de Jésus est clair :
Il attend de nous que nous soyons une Église, une communauté,
qui ne soit pas centrée sur soi,
sur ses lois,
sur son pouvoir,
mais centrée sur Lui, Jésus, sur son Nom.

Et Il attend de nous que nous soyons dans un même élan,
une Église passionnée
par l’annonce de l’Évangile
par l’évangélisation de notre temps,
jusqu’à faire nôtre le cri de Moïse :
« Puisse le Seigneur faire de tout son peuple
un peuple de prophètes ! »    (Nb 11, 29)    

Écrivant à Céline, sa sœur, en juillet 1889,
Thérèse de l’Enfant Jésus a ces mots pleins de feu :
« Céline, pendant les COURTS INSTANTS qui nous restent,
ne perdons pas notre temps… sauvons les âmes.
… les âmes, elles se perdent comme des flocons de neige (…)
Oh, ma Céline, vivons pour les âmes, soyons apôtres ! »
Et elle ajoute :  
« Céline comprends-tu le cri de mon cœur ? »    (Lt 94)

* * *

La deuxième Parole que nous recueillons aujourd’hui des lèvres de l’Époux
nous vient en une double mais unique invitation :
d’une part Jésus nous dit qu’appartenir au Messie,
que Lui appartenir,
est une chose si grande, si belle,
que « celui qui vous donnera un verre d’eau
au nom de votre appartenance au Christ
ne restera pas sans récompense ».    (Mc 9, 41)
D’autre part, et c’est l’autre versant de la même médaille,
scandaliser, c'est-à-dire faire tomber un petit
qui croit en Jésus,
est chose très grave.

Le désir de Jésus est clair :
il nous demande de reconnaître,
de respecter,
d’honorer de manière absolu
la foi qui habite le cœur de chaque disciple.
En d’autres termes, le trésor de l’Église,
ce qui ici-bas est véritablement précieux
ce ne sont pas nos richesses,
notre or et notre argent qui rouillent
comme Saint Jacques nous l’a dit tout à l’heure ;
le trésor précieux de l’Église,
c’est la Présence du Christ
dans l’âme de chacun des fidèles.
Voilà ce qu’il faut respecter
et honorer scrupuleusement.

Le trésor de l‘Église,
c’est l’appartenance de chacun,
de chacune au Christ.
À l’Église, à la communauté,
Jésus demande donc d’abord
une attention à chaque personne,
une attention et un respect,
une écoute de chacun, de chacune.
Jésus lui demande davantage :
Il lui demande,
Il nous demande, de veiller sur sa Présence
dans le cœur de chacun :
Que l’Église,
que la communauté
protège Dieu présent dans les cœurs.
Qu’elle veille sur la relation d’amour
entre le Seigneur et chaque âme,
relation souvent fragile, ténue,
qui germe en une mystérieuse présence mutuelle,
et qui est la vraie beauté,
la vraie grandeur de notre humanité.

Veiller sur les âmes,
celles des prêtres en particulier,
était la joie de Thérèse… c’était son « Ciel » :
« Mon Ciel c’est de pouvoir attirer sur les âmes,
sur l’Église ma Mère et sur toutes mes sœurs,
les grâces de Jésus et ses divines Flammes
qui savent embraser et réjouir les cœurs. »    (PN 32, 2)

* * *

La dernière Parole que nous recueillons des lèvres de Jésus est d’une grande fermeté.
Nous connaissons bien ces versets :
« Si ta main est pour toi occasion de chute, coupe-la !
Si ton pied est pour toi occasion de chute, coupe-le !
Si ton œil est pour toi occasion de chute, arrache-le ! »    (cf Mc 9, 43-47)

Qu’est-ce que cela veut dire ?
Rien d’autre qu’un appel
à faire des choix clairs
et radicaux dans notre vie.
Un appel à couper
avec ce qui nous fait perdre la paix,
avec ce qui éteint en nous la vie divine.
À couper,
à retrancher,
à décider avec fermeté.
Non pas avec un demi-vouloir,
mais avec une joyeuse et ferme volonté.
Jésus attend de son Église,
de sa communauté,
qu’elle fasse de vrais choix.
Mais des choix orientés par quoi, dirions-nous ?
Des choix orientés vers le Ciel !

Retranche de ta vie
ce qui te fait descendre en enfer,
ce qui t’enferme dans la solitude, la tristesse, l’égoïsme…
et choisis ce qui te conduit à la Vie.
Trois fois dans ces quelques versets,
Jésus y revient :
il s’agit d’entrer dans la Vie
– il le dit deux fois –
et d’entrer dans le Royaume de Dieu.

Voilà ce que Jésus attend de nous :
que nous soyons une Église,
une communauté,
toute tendue vers le ciel,
toute orientée vers le bonheur éternel
de chacun de ses enfants.
Que nous soyons passionnés de cette Vie éternelle,
passionnés au point de vouloir
la commencer sur cette terre
en essayant d’être déjà un ciel
les uns pour les autres.

Oh, la Petite Thérèse aurait beaucoup à nous dire là-dessus !
L’attente du Ciel était si vive en elle.
Mais pas un Ciel pour se reposer égoïstement…
Elle avait le désir d’entrer dans un amour démultiplié,
pour aimer bien plus qu’ici-bas, toujours plus !

« Je sens, écrit-elle sur son Carnet jaune,
que je vais entrer dans le repos,
mais je sens surtout
que ma mission va commencer,
ma mission de faire aimer le Bon Dieu comme je l’aime,
de donner ma petite voie aux âmes.
Si le Bon Dieu exauce mes désirs
mon Ciel se passera sur la terre
jusqu’à la fin du monde.
Oui, je veux passer mon Ciel
à faire du bien sur la Terre. »

Une Église décentrée de soi,
centrée sur Jésus,
et passionnée d’Évangélisation.
Une Église attentive à chaque personne
et qui veille sur Dieu présent dans chaque âme.
Une Église toute tendue vers le Ciel.
Voilà ce que Jésus nous appelle à devenir.
Et s’Il nous y appelle,
Il nous le donnera.

 © Communion de Jérusalem - 17 octobre 2006