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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Samedi 17 février 2007 - 6e Semaine du Temps ordinaire (C)
Marc 9, 2-13
 

Oui, notre propre corps connaîtra la gloire du Christ

Et Il fut transfiguré devant eux :
ses vêtements devinrent étincelants,extrêmement blancs,
tellement qu’aucun foulon sur la terre ne peut ainsi blanchir. »  (Mc 9, 2-3)
Luc précise : « l’aspect de sa face devint autre ». (Lc 9, 29)
Et Matthieu : « sa face resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière ». (Mt 17, 2)

Cette description que nous rapportent les évangélistes
n’est pas facile à recevoir pour nous.
Il nous faut pour l’accueillir,
éliminer deux interprétations
qui nous viennent presqu’inconsciemment à l’esprit.

La première interprétation serait une interprétation magique :
quelqu’un, en l’occurrence Dieu Lui-même,
a opéré un procédé surnaturel
qui transforme la réalité
pour attirer l’attention et faire impression.
C’est ce que Satan propose à Jésus
quand il Le tente depuis le pinacle du Temple.

Mais la Transfiguration n’est pas cela.
Elle ne viole pas la réalité, elle révèle ce qui est caché.
Il ne s’agit pas de magie, mais de vérité, d’une vérité qui vient au jour.
Jésus ne renonce pas à ce qu’Il est,
comme Satan le Lui conseillait sur le Pinacle du Temple.
Au contraire, se trouve dévoilé ce qu’Il est en vérité !

Il est une autre interprétation qu’il faut aussi éliminer.
C’est l’interprétation que ferait volontiers notre temps : l’interprétation technique !
La Transfiguration c’est des effets spéciaux, c’est du virtuel.
C’est une apparence qui cache momentanément la réalité.

Mais la Transfiguration n’est pas cela.
Elle ne cache pas la réalité de l’humanité bien charnelle de Jésus :
elle en révèle le mystère,
elle en révèle la réalité cachée.
Elle ne cache pas la croix,
elle en annonce le mystère !

Que s’est-il alors passé ?
Voici qu’au cœur de la nuit,
six jours après les événements de Césarée de Philippe,
sur les pentes du Mont Hermon,
apparaît pour un moment le mystère caché de l’humanité de Jésus.

Pour qui la Transfiguration apparaît-elle ?
Pour les apôtres sans doute !
Mais plusieurs exégètes (1) de tradition ignacienne répondent :
elle apparaît avant tout pour Jésus Lui-même !
Essayons de creuser cet aspect.
De fait Jésus, en son humanité,
fait ici l’expérience de ce que sera la glorification de sa chair.

Jésus goûte, perçoit, voit, ce que son humanité va devenir
à travers son « exode » pascal.    (cf Lc 9, 31)
Ainsi peut-on parler d’une « consolation spirituelle »
du Fils de l'homme,
de Jésus en son humanité.

Jésus expérimente que son humanité
déjà incomprise, déjà menacée,
et bientôt rejetée, malmenée, bafouée,
flagellée, outragée, défigurée
et crucifiée sur le gibet des maudits,
ne sera pas réduite à néant
ni transformée en autre chose,
mais bien glorifiée.

Ma chair brisée sera glorifiée.
Mon corps meurtri et cloué sur la croix deviendra corps de Lumière.
Mon visage défiguré deviendra comme le soleil.
Jésus expérimente cela en sa chair sur la « sainte montagne ».

Et il y a plus : Il fait l’expérience de ce que Moïse et Élie
sont irradiés par sa gloire.
Moïse et Élie, puis par la nuée
qui est le signe de la gloire,
Pierre, Jacques et Jean.
À travers eux, c’est toute l’humanité
réconciliée par la Première Alliance
et par la Nouvelle Alliance qui est promise à sa gloire !

Inutile de monter des tentes.
La Tente, la Demeure n’est autre
que la gloire de Jésus en laquelle tous sont appelés!

Oui, tous nous avons comme perspective
d’entrer dans la gloire de Jésus,
dans cette gloire qui paraît aujourd’hui
à travers le corps même de Jésus.

Ce n’est pas hors d’un corps que nous serons glorifiés,
mais bien dans notre corps !
Voilà ce qu’avec les trois apôtres
nous découvrons sur le Mont Hermon.
Jésus « transfigurera notre corps de misère
pour le conformer à son corps de gloire
avec cette force qu’Il a de pouvoir
même se soumettre toutes choses ».    (Ph 3, 21)

Jésus n’a-t-il pas appelé plusieurs fois
ses apôtres à accepter cette réalité
de sa propre chair glorifiée ?
Déjà, marchant sur le lac
quand ils croyaient voir un fantôme,
Jésus leur dit : « confiance, Je suis, ne craignez pas ! »    (Mc 6, 50)
Et plus encore, quand Il apparaît dans sa résurrection,
Jésus leur dit : « Palpez-moi et voyez :
c’est qu’un esprit n’a pas de chair et d’os,
comme moi vous voyez que j’en ai ! »    (Lc 24, 39)

Dans sa gloire, Jésus n’est ni un fantôme, ni un « esprit ».
Il est en son corps, son propre corps glorifié
comme la Transfiguration nous le montre.
Ce corps avec lequel Il anticipe sur la montagne
une bouleversante communion d’amour avec les siens saisis dans sa gloire !

Telle fut la consolation de Jésus.
Telle est notre immense consolation.
« La résurrection des morts :
cette croyance nous fait vivre »
disait Tertullien au 3e siècle !
Non seulement elle nous fait vivre,
comme perspective de Lumière et de bonheur éternel,
mais elle est déjà notre vie depuis notre baptême.
Avec notre corps,
nous appartenons déjà au Corps glorieux de Jésus,
même si cette vie « demeure cachée avec le Christ en Dieu » !     (Col 3, 3)

Déjà nous le pressentons au plus profond de nous :
nous sommes âme et corps.
Et la vie de la résurrection,
la plénitude éternelle pour laquelle nous sommes faits
ne peut être que le bonheur conjoint
de l’âme purifiée et de notre corps glorieux.
La séparation de l’âme et du corps dans la mort laisse l’âme insatisfaite
comme le fait comprendre Saint Thomas
qui affirme que dans l’âme séparée
« existe une tendance vers le corps ».

Oui notre corps, notre propre corps semé en terre,
connaîtra la gloire du Christ
et deviendra corps de lumière,
image et ressemblance du Christ transfiguré
que nous contemplons aujourd’hui.

Tout comme ces hosties de pain bien ordinaire
vont, dans un instant, être saisies dans la gloire du Christ
pour devenir son Corps et nous donner l’avant-goût de l’éternité,
qui sera communion de bonheur avec la « multitude » des élus.

1. Silvano Fausti, Francesco Rossi de Gasperis

 © Communion de Jérusalem - 20 mars 2007