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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Homélie du frère
Antoine-Emmanuel, fmj
Dimanche 22 octobre 2006 - 29e Dimanche du
Temps ordinaire
Hébreux 4,
14-16 ; Marc 10, 35-45
Qu’est-ce qu’évangéliser ?
Lorsque Jean de Brébeuf et ses compagnons
s’étaient installés au cœur de la Huronie
dans les années 1630 et y annonçaient l’Évangile,
le Chef du village ne cessait de lui dire :
« J’estime que ce que vous proposez
ne servira que d’une pierre d’achoppement.
Au reste nous avons nos façons de faire
et vous les vôtres. » (P. René
Latourelle, s.j. Jean de Brébeuf, p. 127-128)
En d’autres termes : « Vous chrétiens avez vos coutumes,
gardez-les ;
nous avons les nôtres et nous les gardons ! »
Frères et sœurs, pourquoi annoncer l’Évangile
aux peuples de la Terre ?
Pourquoi ne pas laisser chacun avec ses convictions,
ses principes, sa religion, ses valeurs ?
« Pourquoi annoncer l’Évangile, dit-on,
puisque tout le monde est sauvé
par la droiture du cœur ? »
En outre, « on sait bien que le monde et l’histoire
sont remplis de ‘semences du Verbe’…
N’est-ce pas une illusion
de prétendre porter l’Évangile
là où il est déjà dans ces semences
que le Seigneur Lui-même y a jetées ?
» (Evangelii Nuntiandi, n° 80)
Oui, pourquoi annoncer l’Évangile ?
À cette question nous trouvons
une réponse magnifique dans la Lettre aux Hébreux
que nous avons entendu ce matin.
« Avançons-nous donc, dit l’auteur de la lettre,
avec pleine assurance vers le trône de la grâce
afin d’obtenir miséricorde
et de trouver grâce,
pour une aide opportune. » (Hb 4, 16)
Le message est claire et il est extraordinaire :
au cœur de l’Histoire se trouve dressé un Trône
signe d’une Présence et d’une Puissance royale.
Et cette Présence comme cette Puissance
ne sont pas celles d’un jugement qui condamne
ou d’un pouvoir qui écrase,
mais tout au contraire,
une Présence d’Amour qui relève et guérit,
une Puissance de réconciliation et de pardon :
il s’agit d’un « Trône de la grâce »,
et donc d’un règne de la grâce.
Et nous pouvons nous avancer,
et tous peuvent s’avancer vers ce Trône
qui est à portée de main
pour « obtenir miséricorde » et « trouver
grâce » !
Cette Présence royale d’Amour et de miséricorde,
le même auteur de la Lettre aux Hébreux
nous en dévoile le visage qui est celui de Jésus,
Grand-Prêtre miséricordieux
qui n’est pas « impuissant à compatir à nos
faiblesses,
lui qui a été éprouvé en tout (…) à
l’exception du péché. » (Hb 4, 15)
Sa présence est une présence de compassion.
Parce qu’Il ne connaît pas le péché,
Il n’est pas séparé de nous,
Il est avec nous ;
Il est avec nous
en toute épreuve,
en toute angoisse,
en toute souffrance
et en tout cœur qui s’ouvre à Lui,
Il jette sa miséricorde à pleines mains !
Mieux : Il Se jette !
Frères et sœurs, qu’est-ce qu’évangéliser ?
C’est simplement annoncer cette présence,
ce règne, ce salut … ce Visage !
C’est proclamer que le Trône de la grâce est là,
à portée de mains,
et que de ce Trône coule un Fleuve de Vie
qui emporte les cœurs dans le Cœur du Père
qui est éternel brasier d’Amour.
C’est faire rencontrer
« le mystère de la Paternité divine
qui se penche vers l’humanité » ;
en d’autres termes, écrivait Paul VI,
« Notre religion instaure effectivement avec Dieu
un rapport authentique et vivant
que les autres religions ne réussissent pas à
établir
bien qu’elles tiennent pour ainsi dire
leurs bras tendus vers le ciel ». (EN n° 53)
Oui, la nouveauté que Jésus ne cesse de nous offrir
est cette rencontre personnelle,
aimante, filiale avec le Père,
et c’est cela que nous annonçons
comme un don excessivement gratuit,
disons-le, scandaleusement gratuit !
Voilà ce que nous voulons non pas imposer, mais proposer ;
l’Église propose
« la vérité évangélique
et le Salut en Jésus-Christ
en pleine clarté et dans le respect absolu
des options libres » que fera chaque conscience.
Paul VI écrivait encore :
« Loin d’être un attentat à la liberté
religieuse,
c’est un hommage à cette liberté (…)
Est-ce donc un crime contre la liberté d’autrui
que de proclamer dans la joie
une Bonne Nouvelle que l’on vient d’apprendre
par la miséricorde du Seigneur ?
Et pourquoi seul le mensonge et l’erreur,
la dégradation et la pornographie
auraient-ils le droit d’être proposés
et souvent, hélas, imposés
par la propagande destructrice des mass médias,
par la tolérance des législations,
par la peur des bons et la hardiesse des méchants ?
» (EN, n° 80)
Non frères et sœurs,
nous ne pouvons taire
la beauté, la vérité, la joie de l’Évangile.
L’Évangile n’est pas une doctrine parmi d’autres
qui serait simplement un peu plus gratifiante ou élégante
!
D’abord parce que l’Évangile n’est pas une doctrine,
il est quelqu’un… il est Jésus présent, vivant et aimant
qui, dans l’Esprit, nous conduit au Père.
Et ensuite parce qu’en Jésus
nous est donné un don
absolument unique, irremplaçable, incomparable :
« Nul ne va au Père que par moi »
(Jn 14, 8)
car « il n’est aucun autre nom donné aux hommes
par lequel nous puissions être sauvés
». (cf Ac 4, 12)
Il y a beaucoup d’autres noms
qui peuvent nous enseigner, nous édifier…
mais il y en a un seul par qui nous puissions être sauvés !
Alors l’évangélisation,
nous le comprenons bien,
est une question d’amour.
Elle n’a d’ailleurs aucun autre vrai motif que l’amour.
Elle doit même être purifiée de tout autre motif.
C’est l’amour
qui nous conduit à proposer l’Évangile
au monde d’aujourd’hui.
« L’amour du Christ nous presse » (2 Co
5, 14)
« Urget nos amore Cristi », dit l’apôtre Paul.
C’est par amour pour les âmes
que nous proclamons l’Évangile du Salut
afin que tous puissent s’avancer vers le Trône de la grâce
et recevoir cette miséricorde
dont tant et tant de cœur blessés, brisés
ont une soif terrible
qui les brûle et les assèche intérieurement.
Les croyants, écrit Benoît XVI
dans son message pour ce dimanche,
sont appelés à devenir « source d’eau vive »
dans un « monde spirituellement assoiffé ».
Le même Cardinal Ratzinger disait il y a 6 ans :
« La pauvreté la plus profonde
est l’incapacité d’éprouver la joie,
le dégoût de la vie,
considérée comme absurde et contradictoire.
Cette pauvreté est aujourd’hui très répandue…
»
Paul VI avait cette certitude
que l’Église « existe pour évangéliser
».
« Évangéliser est la grâce
et la vocation propre de l’Église,
son identité la pus profonde. »
Elle existe « pour être canal du don de la grâce
». (EN n° 14)
Par l’Église, par chacun de nous,
Jésus continue son Œuvre d’Amour,
Jésus continue de porter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Quand nous annonçons Jésus,
c’est Jésus Lui-même
qui aime,
qui bénit,
qui sauve.
Nous sommes alors
non seulement la bouche de Jésus,
mais son cœur brûlant d’amour.
Alors la question n’est plus pour nous
« pourquoi » évangéliser,
elle est « comment évangéliser ».
Et la réponse reste la même : l’amour.
Par amour nous portons l’Évangile, et dans l’amour.
Nous évangélisons en aimant, en servant.
Jésus nous le fait comprendre aujourd’hui ;
l’Évangile ne se vit pas et donc ne s’annonce pas
en « dominant »,
en « exerçant de haut un pouvoir »
: (Mc 10, 42)
Il se vit et s’annonce en se faisant serviteurs
et même esclaves de tous. (Mc 10, 43-44)
Porter l’Évangile du Salut
c’est livrer notre vie
à cette Parole bouleversante du Seigneur et du Maître :
« Le Fils de l’Homme
n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir
et donner sa vie en rançon pour la multitude.
» (Mc 10, 45)
En entendant ces paroles,
nous réalisons combien nous devons être nous-mêmes
sans cesse ré-évangélisés pour pouvoir
évangéliser.
« L’Église, proclamait avec audace Paul VI,
a toujours besoin d’être évangélisée
si elle veut garder
fraîcheur, élan et force
pour annoncer l’Évangile ». (EN, n°
15)
Car il s’agit pour nous
d’en venir à pouvoir dire
comme Paul aux chrétiens de Thessalonique :
« Telle était notre tendresse pour vous
que nous aurions voulu vous livrer
en même temps que l’Évangile de Dieu,
notre propre vie,
tant vous nous étiez devenus chers ».
(1 Th 2, 8)
« Livrer l’Évangile en même temps que notre vie
»,
voilà ce qu’est l’annonce de l’Évangile.
On comprend alors que Benoît XVI
parle aujourd’hui de l’amour
comme « âme de la mission ».
Et il a cette phrase splendide :
« Seul celui qui demeure en Dieu
brûle d’un Feu d’Amour divin
capable d’incendier ce monde. »
Frères et sœurs,
il faut que ce Feu nous saisisse,
qu’Il nous embrase tellement
que notre désir le plus profond
soit non pas de siéger nous-mêmes aux côtés
de Jésus
comme le voulaient Jacques et Jean,
mais que siègent à ses côtés
tous ceux et celles qui aujourd’hui
ne connaissent ni Lui, ni le Père.
Qu’il siègent à ses côtés dans la gloire,
dans le Ciel,
mais aussi qu’ils exultent de joie dès cette vie !
Qu’ils connaissent Jésus,
qu’ils Le rencontrent et
qu’ils en soient émerveillés !
Certes « Dieu peut accomplir le Salut en qui Il veut
par des voies extraordinaires
que Lui seul connaît ».
Mais si Jésus est venu,
c’est « précisément pour nous révéler
par sa parole et par sa vie
les chemins ordinaires du Salut ». (EN n°
80)
Et ces chemins sont beaux ;
ces chemins que sont la Parole,
les sacrements, l’Église elle-même,
sont source de joie, de lumière et de paix…
Ils nous font accéder dès cette vie
au « Trône de la grâce ».
Et l’humanité rassemblée autour de ce Trône
comme nous ce matin,
chante déjà à pleine voix la louange du
Père
parce que l’Esprit Saint qui est la grâce,
nous dévoile intérieurement la tendresse du Père.
Alors, comme jadis Isaïe, nous disons à notre tour :
« Me voici Seigneur, envoie-moi ! » ; (Is
6, 3)
« envoie-moi où tu voudras pour annoncer ton
Évangile » !
Et le Seigneur nous répond à chacun :
« Je t’envoie dans ta famille,
dans ta communauté, dans ton milieu… »
Il nous répond à tous :
« Je vous envoie dans cette ville de Montréal que j’aime
pour que vous disiez l’Évangile »
de manière nouvelle
« sans dire pour autant des choses nouvelles
». (S. Vincent de Lénino)
Et sans doute répond-il aussi à l’un ou l’autre d’entre
nous :
« Je t’ai choisi et je t’envoie comme mon missionnaire…Viens et
suis-Moi. »
« Me voici Seigneur… qu’il me soit fait selon ta Parole ! »
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Communion de Jérusalem - 30 octobre 2006
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