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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Un merveilleux pédagogue


  Samedi 2 juin 2007 - 8e Semaine du T.O. - C
  Si 51, 12-20 ; Ps 18 ; Mc 11, 27-33


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 


L’Évangile d’aujourd’hui nous ouvre une porte sur un côté fascinant de Jésus. Il est dans le Temple, enseignant et voici que toute une coalition formée des scribes, pharisiens et des Anciens, les autorités religieuses et politiques lui reproche d’enseigner : par quel autorité fais-tu cela (Mc 11,28) ? Jésus leur répond par une autre question, une question qui les fait entrer en eux-mêmes, qui les amène à faire la vérité.

Je voudrais dans un premier temps contempler avec vous cette manière de répondre de Jésus : en posant une question. Et regarder ensuite comment nous accueillons ses questions dérangeantes mais toujours lumineuses.

Quand nous parcourons les Évangiles, nous constatons que Jésus pose souvent des questions aux personnes qu’il rencontre. Des questions variées, toujours lumineuses qui révèlent sa façon d’enseigner.
En voici quelques exemples :

–    Un jour dans une synagogue, il guérit un homme dont la main était paralysée. Après la guérison, il veut faire réfléchir les scribes et les pharisiens. Il leur demande : Est-il permis le jour du sabbat de faire le bien ou de faire le mal, de sauver une vie ou de la perdre (Lc 6,9) ? Une question pour faire réfléchir.

–    Lorsqu’il rencontre Marthe toute en larmes après la mort de son frère Lazare, il lui déclare qu’il est la Résurrection (Jn 11,25) et la Vie et il l’invite par une question à un engagement : Crois-tu cela (26) ? Une question pour s’engager.

–    À la Samaritaine qui vient chercher de l’eau au puits, sa demande: Donne-moi à boire (Jn 4,7), éveillera en elle plusieurs questions.

–    À l’aveugle sur le bord de la route, il lui demande : Que veux-tu que je fasse pour toi ? (Lc 18,41) Une question pour faire préciser son désir.

–    À l’aveugle guéri dans le temple, il l’oriente vers un choix : Crois-tu, toi, au Fils de l’Homme (Jn 9,35) ?

–    À Philippe devant la foule qui venait à lui : Où achèterions-nous des pains pour qu’ils aient de quoi
manger ? (Jn 6, 5)


Et nous pourrions continuer les exemples où nous voyons que souvent ses questions invitent à passer à l’action, à poser un acte de foi en Dieu ou en lui.

Comme nous le voyons, les questions de Jésus ne sont pas des pièges qui paralysent les personnes mais des semences de vie qui peuvent les faire grandir. Quand elles tombent dans une bonne terre, une réponse jaillit :

–    une réponse qui amène à la lumière ;
–    une réponse qui libère ;
–    une réponse qui permet à Jésus de guérir, de sauver ; et
–    une réponse qui engage sur le chemin de la vérité, de l’amour, du partage.

Quand nous regardons Jésus poser ainsi des questions, nous constatons qu’il est un merveilleux pédagogue. Il est un pédagogue aux mains nues, comme dit Bernard Chevalley dans son livre La pédagogie de Jésus * Il n’a pas de tableau, ni de craies, pas de tablettes ni de parchemin, pas de salle de classe. Il ne porte pas sur lui des fragments des Écritures.

Il n’est pas d’abord préoccupé de transmettre un SAVOIR ; il ne donne pas de définition théologique de Dieu. Il n’a pas de cours magistraux sur le Saint Esprit, sur la Trinité, ni sur la Torah. Le péché originel ne lui inspire aucun sermon.
 
Apparemment, il n’enseigne rien. Ses disciples ont bien recueilli tout un enseignement sur l’amour, la pratique de la solidarité, de la justice et de la miséricorde, sur la nécessité de s’en remettre en toutes choses à Dieu.

Pourtant en tout cela, Jésus ne transmet pas un nouveau savoir qui bouleverse les connaissances religieuses ou morales de l’époque. Il enseigne une pratique de la foi plutôt qu’un ensemble de données théologiques concernant la foi.

Par ses questions variées, Il essaie d’amener ceux qui l’écoutent à faire la volonté de Dieu, à pratiquer la justice et la miséricorde, à reconnaître les signes de Dieu.

Par ses questions, il amène les personnes à entrer en elle-même pour faire la vérité, pour découvrir leurs forces et leurs faiblesses, reconnaître qu’elles sont porteurs de Dieu.

Dans son livre, Bernard Chevalley, écrit : Le secret du pédagogue de Galilée réside essentiellement dans l’image qu’il nous offre de nous-mêmes. Il ne cesse de nous contester, nous nous approuver, de nous interpeller, de nous stimuler sur le chemin étroit de l’apprentissage d’une compétence, celle d’être ce que nous sommes pour devenir à notre tour des porteurs de Dieu (p. 142).

Si nous revenons à l’évangile d’aujourd’hui,  nous voyons bien comment Jésus, par la question qu’il pose aux scribes, pharisiens et anciens, les invite à reconnaître Dieu à l’œuvre parmi eux.

À première vue, Jésus semble ne pas répondre. Mais en réalité, par ses questions, il leur donne une réponse lumineuse. Il les invite à faire la vérité en eux, et à nommer Celui qu’ils n’osent pas nommer, Celui qui seul détient l'autorité dans le Temple en matière d'enseignement : Dieu, le Père qui l'a envoyé.

Par sa réponse sous forme de question, Jésus les amène à reconnaître que c’est cette autorité et ce mandat de Dieu qu'exprimait le rayonnement du Baptiste. S’ils avaient cru en Jean-Baptiste, ils auraient pu reconnaître encore plus facilement que c’est  Dieu qui  est à l'œuvre dans ses paroles et dans ses actes. Mais ils répondent : Nous ne savons pas (Mc 11,33).  Ils se dérobent, ils ne prennent pas position. Leur silence révèle qu’ils ne veulent pas être dérangés, remis en question.

Il nous arrive, à nous aussi, dans notre vie personnelle, mais aussi dans nos relations commu¬nautaires, de refuser d’être remis en question, d’être dérangés. Nous avons tous  notre vision des choses, notre image de Dieu, notre vision de l’Église, du monde.

Nous avons parfois une certaine autorité, une certaine influence sur des personnes. Nous avons des droits acquis par l'habitude. Et voici que Dieu  vient nous visiter en dehors des sentiers battus, en dehors de l’Église, de ses normes. Et souvent nous  ne voyons pas, nous ne reconnaissons pas Dieu, qui sauve le monde « sans permission », et librement, et qui envoie au monde qui il veut à la suite de Jésus.

Quand Jésus répond  aux juifs par une question, c’est pour leur proposer de réintégrer dans leur vision du monde et dans leur propre vie ce Dieu et Père, qui lui connaît et qui est source de tout don, de toute vie et de toute mission.

Il fait de même parfois dans nos vies. Quand sa parole nous remet en question, nous dérange à travers ceux et celles qui l’annoncent, disons-nous que c’est bon signe. Cette parole peut faire la vérité en nous si nous l’accueillons… et elle est une occasion de reconnaître les manières toujours surprenantes de Dieu de sauver le monde.

Alors, au lieu de nous dérober comme les scribes dans un mutisme qui contraint la vie et gêne l'enthousiasme, nous rendons grâces à Dieu pour tout ce qui se réalise par ses amis, même les plus humbles, pour tout le bien qui se fait avec sa permission.


*   Bernard Chevalley, La Pédagogie de Jésus, Desclée, p.129

 © Communion de Jérusalem - 26 juin 2007