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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Dimanche 5 novembre 2006 - 31e Dimanche du Temps ordinaire

Marc 12, 28-34

Le véritable amour pour Dieu

Le cœur, l’essentiel de la Loi
est d’aimer Dieu et d’aimer le prochain.
Voilà ce que Jésus vient d’affirmer face au scribe qui l’interrogeait.
Était-ce quelque chose d’absolument nouveau pour le scribe ? Non !
Il s’était même demandé si le plus important
était d’offrir des sacrifices ou d’aimer,
et à la suite du prophète Osée,
il avait compris que l’amour vaut mieux que les sacrifices.
Il l’avait compris, mais parvenait-il à le vivre ?
Il l’avait compris, mais y croyait-il vraiment ?

Frères et sœurs, n’est-il pas vrai que ce scribe nous ressemble ?
Qu’est-ce que Dieu veut de moi ?
Est-ce qu’Il veut des sacrifices ?
Est-ce qu’Il veut que je donne de l’argent
et que je fasse pour Lui des choses que je n’aime pas ?
Ou bien veut-Il seulement que je L’aime ?

Oh, je sais bien qu’Il veut seulement que je L’aime,
mais je n’ose pas y croire.
On ne sait jamais…
Alors je vais faire quelques sacrifices
et Lui sera bien forcé de m’aimer et de me donner des grâces ...

*

Aujourd’hui, frères et sœurs,
Jésus nous appelle à croire
que l’unique commandement est celui de l’amour.
Dieu nous demande une seule chose : aimer.
Aimer Dieu ou aimer mon prochain ?
La question ne se pose pas comme cela.
Il s’agit d’un seul et même amour :
le commandement de l’amour pour Dieu est
« semblable », dit Jésus,
au commandement de l’amour pour le prochain.    (Mt 22, 39)
Il s’agit d’aimer.

* * *

Mais qu’est-ce que l’amour ?
La réponse la plus ordinaire, la plus quotidienne, est celle-ci :
j’aime cette femme veut dire :
je suis attiré par elle,
je perçois que mon bonheur, c’est elle.
Je cherche en elle mon bonheur.
L’amour est donc une sortie de soi pour être heureux.
Il s’agit là de l’amour « ερος » (eros) :
son terme, son but, c’est mon bonheur, c’est … moi !

Est-ce de l’amour ? Oui !
Est-ce l’Amour ? Non !
Pourquoi ? Parce que le terme, le but, est ‘moi’
et que l’autre-aimé est l’instrument de mon bonheur.
Ce n’est pas encore l’Amour,
mais ce peut être une mise en route vers l’Amour,
une mise-en-route nécessaire,
et pas seulement au premier jour,
vers l’Amour mûr,
vers l’Amour de charité.

Et qu’est-ce que l’Amour de charité ?
C’est une sortie de soi
mais non plus pour me rendre heureux :
pour rendre l’autre heureux.

Il nous faut donc monter, mûrir,
cheminer de l’amour-eros à l’amour de charité.
L’Amour est une route, un itinéraire,
un continuel passage vers l’Amour de charité
où je perds ma vie pour l’autre-aimé.
« Qui veut sauver sa vie la perdra,
mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera ».    (Lc 9, 24)
nous dit Jésus.
Si je perds ma vie pour l’autre, je la sauve !
« Je n’ai de prise sur ma vie qu’en la donnant ».    (cf Maurice Zundel)
Voilà l’amour !
Un « exode sans retour » au quotidien    (Bruno Forte)

Et c’est là notre belle vocation !
Oui, nous sommes tous appelés à cet Amour,
Nos chemins sont différents, bien sûr,
mais notre vocation est unique,
elle est d’entrer chaque jour de nouveau dans cet Amour là.
Madeleine Delbrêl le disait à sa manière
quand elle proclamait que nous sommes tous appelés à l’extase !

* * *

Revenons alors au double commandement
de l’Évangile de ce jour.
Le Premier est d’aimer Dieu.    (cf Mc 12, 30)
Aimer Dieu ?
Aimer Dieu, c'est-à-dire, sortir de moi
pour rendre Dieu heureux,
en d’autre termes :sortir de moi-même
pour faire ce qui Lui est agréable.
Pas seulement pour me souvenir de ce qui Lui est agréable ;
pas seulement pour réfléchir à ce qui Lui est agréable,
mais pour vouloir,
pour vouloir et faire ce qui Lui est agréable.
Voilà le cœur de l’amour pour Dieu :
une « communion de volontés ».    (Deus Caritas est, n° 17)
« Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux »    (cf Mt 26, 39)
Je choisis, j’aime, je veux ce que Tu veux,
ce qui T’est agréable.

Mais, qu’est-ce qui est agréable à Dieu ?
Qu’est-ce qu’il veut ?
Ce qui lui est agréable,
c’est que nous nous aimions les uns les autres.
« C’est seulement à travers les autres
que nous pouvons rendre
amour pour amour à Dieu »
écrivait Madeleine Delbrêl.    (« Joie de croire » pp. 71-72)
Aimer Dieu, c’est faire sa volonté,
et sa volonté est que j’aime mon prochain comme moi-même.
N’est-ce pas ce que Jésus nous a demandé
à l’heure de sa Passion :
« Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés ».     (Jn 13, 34)
Et comment nous a-t-il aimés ?
Il nous a aimés porté par une obéissance infinie au Père.
C’est à cela que nous sommes appelés :
Aimer nos frères et sœurs,
aimer universellement,
par obéissance d’amour au Père.

Frères et sœurs, regardons comment nous vivons,
comment nous aimons au quotidien :
qu’est-ce qui motive,
qu’est-ce qui meut notre amour
pour notre conjoint,
pour nos frères et sœurs,
pour nos collègues, nos voisins, ?
Est-ce l’amour pour nous-mêmes ?
Est-ce l’amour pour eux ?
Est-ce l’amour pour Dieu ?

* * *

Si nous aimons les autres
seulement par amour de nous-mêmes,
nous sommes sur une embarcation de fortune
avec grand risque de sombrer
dans les flots du non-amour.

Si nous les aimons d’un amour pour eux,
loyal mais seulement humain,
nous voguons sur une barque fragile.

Si nous les aimons portés par l’Amour de Dieu,
par l’obéissance à Dieu,
alors notre amour
est semblable à un bateau solide
capable de résister à toutes les tempêtes
que l’autre-aimé ne tardera pas à découvrir
et sur lequel il s’embarquera à son tour !

Oui, si l’amour pour Dieu
motive notre amour pour les autres,
nous devenons capables d’un amour extraordinaire
qui va jusqu’à l’amour des ennemis,
jusqu’à la miséricorde sans limite.
Regardons comment nous aimons,
regardons qui nous aimons,
et nous saurons bien vite
à cause de qui nous aimons !

Frères et sœurs, il devient alors clair
que si nous voulons aimer profondément,
durablement et joyeusement notre conjoint ou quiconque,
il nous faut beaucoup aimer le Seigneur.
« Sans prier, nous ne pourrons pas aimer »,
écrivait encore Madeleine Delbrêl.
C’est dans la prière, et dans la prière seulement,
que le Christ se révèlera à nous dans « chacun »,
[dans chaque homme,
chaque femme que nous cotoyons]
par une foi sans cesse plus aigüe et plus clairvoyante.
C’est dans la prière que nous pourrons demander
le don [de nous-mêmes] à chacun
sans lequel il n’y a pas d’amour ;
c’est par [la prière]
que notre espérance grandira
à la taille ou au nombre de ceux que nous rencontrerons
ou à la profondeur de leurs besoins.
C’est la foi et l’espérance, dilatés par la prière,
qui débarrasseront le chemin de notre amour
de son obstacle le plus encombrant :
le souci de nous-mêmes ».    (id)

Pour aimer Dieu de tout notre cœur,
de toute notre âme,
de toute notre intelligence
et de toute notre force,
c’est-à-dire en engageant tout notre être
dans le don de nous-mêmes,
il nous faut beaucoup prier !
« C’est le propre de la maturité de l’amour
d’impliquer toutes les potentialités de l’homme »    (Deus Caritas est, n°17)
écrit Benoît XVI.

Alors, porté par cet amour mûr,
nous pourrons aimer notre prochain comme nous-mêmes.
Là, l’amour conjugal, l’amour fraternel
est alors soutenu par un sentiment sans sentiments :
mieux, par un sentiment au-delà des sentiments
qui ne les nie pas,
qui les dilate,
qui les attirent plus haut,
plus loin jusqu’à communier
aux « sentiments de Jésus ».    (cf Ph 2, 5)

Mais, est-ce possible d’aimer ainsi ?
En avons-nous la force ? Non !
Elle nous manque,
elle nous échappe sans cesse…
Il nous faut la recevoir.
« Accueille de tout ton être
l’amour que Dieu te porte le premier »
affirme notre Livre de vie dès sa première page.
Cette obéissance d’amour au Père
qui nous fait aimer les frères,
nous ne la produisons pas avec notre propre industrie :
il nous faut la recevoir des mains mêmes de Jésus,
de son Cœur transpercé.

Pour aimer,
il nous faut l’Amour de Jésus
qui nous libère de vouloir acheter l’Amour de Dieu
par des sacrifices.
Alors nous cessons d’« aimer » Dieu
par des sacrifices.
Nous cessons d’« aimer » Dieu par procuration
en lui sacrifiant quelque chose
qui n’est pas notre cœur
et nous entrons dans le véritable Amour pour Dieu.

On entre dans l’amour
quand on renonce à l’acheter,
quand on renonce à le posséder.
Le prix de l’Amour
est de renoncer à vouloir le payer.
Alors, l'amour de Jésus nous rendra capable
de renoncer aux sacrifices,
et il nous donnera la force et le désir
de sacrifier notre cœur,
de l’offrir, de nous offrir, de mourir d’amour.
C’est pour cela que nous avons tant besoin
de nous plonger souvent, très souvent,
dans l’Amour de Jésus
par la célébration de l’Eucharistie.

Seigneur Jésus,
fais que nous sachions aujourd’hui
nous plonger dans ton Eucharistie
afin de devenir capables du plus grand amour.

 © Communion de Jérusalem - 10 novembre 2006