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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
Vendredi 16 mars 2007
- 3e
Vendredi de Carême C
Os 14,2-10 ; Ps 80 ; Mc 12,28b-34
Aimer Dieu et son prochain en
Vérité
Saint Marc nous raconte ce soir un dialogue étonnant entre
Jésus et un scribe. Pour une première fois, ils sont
entièrement d’accord. Ils se font même des compliments.
Maître, tu as bien parlé (cf Mc 12,32). Et toi, tu n’es
pas loin du Royaume de Dieu (34). Personne n’ose plus rien dire.
Silence intense, parce qu’on sent que l’essentiel a été
dit : Tu aimeras Dieu et tu aimeras ton prochain (cf 30-31).
Mais sur nous aussi tombe cette parole : Tu n’es pas loin du Royaume.
Quand sommes-nous dedans ? Quand commençons-nous à entrer
dans le Royaume ?
Je crois que c’est quand nous mettons en pratique ce que nous croyons.
Nous croyons qu’aimer Dieu et aimer son prochain est le grand
commandement. Cependant, c’est lorsque nous le mettons en pratique
à la manière de Jésus que nous sommes dans le
Royaume de Dieu. Alors regardons comment nous vivons ce grand
commandement.
Beaucoup pensent aimer Dieu, leur Dieu en faisant beaucoup de choses
pour lui : des prières, des sacrifices, des pèlerinages,
des actes de terroristes même ou se faire exploser même
pour lui. Mais faire simplement des choses par amour pour Dieu ne
fait pas entrer dans le Royaume qu’annonce Jésus.
Dans sa première lettre, Saint Jean l’affirme à sa
façon : Dieu est amour et qui demeure dans l’amour demeure en
Dieu et Dieu demeure en lui (1 Jn 4,16). Nous, nous savons que nous
sommes passés de la mort à la vie, puisque nous aimons
nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort. C’est en aimant
en actes et en vérité son prochain, à la
manière de Jésus, qu’on voit que nous sommes sûrs
d’aimer Dieu en vérité et ainsi d’être
entrés dans le Royaume de Dieu.
Regardons comment, Jésus vit concrètement l’amour de Dieu
et du prochain.
Quand je le regarde, je vois qu’il aime Dieu d’abord en se laissant
aimer de lui, en accueillant son amour, en s’émerveillant sans
cesse de sa miséricorde envers tous les pécheurs.
Ensuite, il redonne continuellement cet amour qu’il reçoit de
son Père, par des gestes et des paroles de bonté, de
tendresse, de miséricorde envers ses frères et sœurs
humains, et il va aller jusqu’à donner sa vie pour les sauver,
cette vie qu’il reçoit de son Père.
En le regardant, j’apprends qu’aimer Dieu, ce n’est pas d’abord de
faire des choses pour lui, accomplir des bonnes œuvres pour lui plaire,
mais c’est d’abord de laisser Dieu faire de bonnes choses pour moi, lui
ouvrir tout mon cœur, toute mon âme, toute mon intelligence pour
accueillir son amour. Chaque matin, accueillir la vie qu’il me donne ;
chaque jour, m’ouvrir aux grâces qu’il m’offre dans ce que je
vis. Chaque soir lui rendre grâce pour la journée qui
s’achève. Voilà le premier pas qui me fait entrer dans le
Royaume de l’amour.
Le deuxième pas pour demeurer dans ce Royaume, c’est de redonner
l’amour que je reçois, le redonner concrètement à
ceux qui m’entourent. Je demeure dans le Royaume quand je
réponds au moindre appel à aimer mon prochain, appel
à un service, à un pardon, à un accueil. Appel au
don de mon temps et peut-être de mon argent. L’appel à
aimer est l’appel au courage de passer du rêve à l’acte
bien concret, bien réel dès que l’amour reçu du
Père suscite en moi un élan pour un geste d’amour.
L’appel à aimer comme Jésus m’a aimé me pousse
à être constamment inventif, à chercher des
occasions d’aimer. Comment puis-je rendre quelqu’un plus heureux
aujourd’hui ? Comment puis-je multiplier mes élans
d’amitié, mes sourires, mes paroles qui réconfortent, mes
petits services. Chaque fois que je réponds à ces appels
qui montent en moi, je suis dans le Royaume de l’amour.
Je voudrais vous partager une expérience que je vis depuis
quelques mois et qui illustre comment l’amour peut être inventif.
Je fais une deuxième année d’étude cette
année à l’Institue de formation humaine intégrale
de Montréal (IFHIM). Nous sommes une centaine
d’étudiants venant de plus de 35 pays. Vous vous rappelez l’an
dernier le S.0.S. pour les oubliés des montagnes du Pakistan ?
50,000 personnes provenant de plus de 40 pays ont formé une
chaîne de solidarité pour venir en aide aux
sinistrés : 160 000 $ ont été recueillis et ont
permis d’apporter une assistance humanitaire à des centaines de
femmes enceintes et d’enfants victimes de ce désastre.
Cette année, devant la violence et la guerre qui
sévissent en de nombreux pays (Irak, Afghanistan, Palestine,
Soudan,) nous avons entendu un autre appel à aimer très
concret : construire et multiplier des ponts de paix. Vous savez ce que
font les militaires quand ils commencent une guerre : ils
détruisent les ponts, les moyens de communications. Alors nous
avons décidé de travailler à la paix en faisant le
contraire, en construisant des ponts de paix et en invitant les
personnes partout dans le monde à multiplier les ponts de paix.
C’est Marie-Marcelle Desmarais, la directrice de l’IFHIM,
ébranlée par la violence et la guerre qui sévit
partout, qui nous interpellait l’automne dernier : elle nous invitait
à aimer concrètement en construisant des ponts pour la
paix. Elle nous écrivait le 27 novembre 2006 : «Construire
un pont, qu'est-ce que cela veut dire concrètement ? Prendre
l'initiative d'aller vers une personne que j'exclurais à cause
de son idée, de son comportement ou encore de sa
nationalité, de sa couleur, de sa religion ou autre
facteu»r.
Elle ajoutait : «Si 100 enseignants d'une école
construisaient chacun un pont, nous aurions 100 ponts dans cette
école. Si 100 élèves le faisaient dans 50
écoles, nous aurions 5,000 ponts. Si 200 personnes se mettaient
à l'œuvre dans 100 villes ou villages, il y aurait 20,000 ponts.
Et si l'initiative est prise dans 50 pays, nous voilà avec un
million de ponts. Qu'est-ce que cela pourrait apporter sur la terre ?
Un peu plus de confiance entre les personnes ? Un peu moins de violence
dans certains milieux ? Un peu plus d'espérance ?»
Si tu rejoins 10 personnes qui construisent chacune un pont, si chacune
de ces 10 personnes en initie 10 autres et si ces 10 autres le font
avec 10 en plus, combien de ponts seront construits ? Ainsi une
chaîne d’humanisation pour la paix s’allongera et se solidifiera.
Il suffit que nous apprenions à développer cette
conscience sociale et de devenir habile dans cette multiplication qui
me demande d’apprendre à éveiller, faire appel, aller
chercher, susciter chez d’autres la volonté de construire des
ponts, relier et concerter les bâtisseurs entre eux, qu’ils
soient des enfants, des adolescents, des adultes, des gens du Nord, du
Sud, de l’Est et de l’Ouest, des personnes croyantes ou athées,
mais toutes et tous des personnes assoiffées de paix dans le
monde.
Construire un pont, c’est construire un chemin d'humanisation. Et si
c'était un grand besoin dans notre monde ? La guerre et la
violence sont d'autres formes de tremblement de terre. Des enfants
deviendront des guerriers parce qu'ils ont côtoyé la
colère et en ont mangé. Construire un pont, c’est
construire un lien, le nourrir, le restaurer, c’est aller vers l’autre
avec et au-delà des différences. C'est une manière
d'humaniser l'humanité qui crie sa soif !
Nous nous sommes mis à l’œuvre. Les étudiants ont
commencé à construire des ponts entre eux. Ils ont
contacté des parents, des amis, des connaissances dans leur
divers pays pour les inviter à construire des liens avec des
voisins, des étrangers, des ennemis. Nous avons construit un
site internet ou les personnes peuvent partager leur
expériences, leurs ponts de paix et lire ceux des autres. Nous
pouvons lire sur ce site des dizaines d’expériences de
construction de ponts pour la paix. Par ce moyen, nous alimentons notre
passion pour la paix. J’ai moi-même construit un journal de
famille via internet pour faire circuler les bonnes nouvelles dans la
famille et nourrir les liens entre nous.
Réjouissons-nous ce soir pour les occasions qui nous sont
données chaque jour d’aimer Dieu et notre prochain, d’accueillir
son amour pour le redonner en actes et vérité à
nos frères et sœurs.
Amen.
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©
Communion de Jérusalem - 26 mars
2007
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