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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie de Monseigneur Jude St-Antoine
Mercredi 1er novembre 2006 - Toussaint

Matthieu 5, 1-12a

Tous les saints - Évangiles des Béatitudes

En célébrant la Fête de Tous les Saints, l'Église choisit l'Évangile des Béatitudes, un hymne au bonheur que Jésus a chanté sur la colline de Galilée au bord du Lac. Ce chant aux huit couplets avec le même refrain, Jésus l'a gravé dans la mémoire des pauvres de Yahvé qui l'ont suivi à la recherche du bonheur.

Parmi eux, il y a les saints connus, les athlètes de Dieu, parfois canonisés, qui nous servent de modèles. Il y a aussi tous les saints inconnus qui ont vécu au quotidien l'Évangile : des membres de nos familles qui ont prié pour nous, tard dans la nuit, pour nous arracher à nos ténèbres, ceux et celles qui ont traîné leur baluchon de peines et de misères, les défigurés, les abîmés de la vie qui ont mené de durs combats, avec leur fragilité et leur faiblesse, comptant toujours sur le pardon de Dieu pour se relever et continuer à marcher. Ce sont aussi ceux-là que le Christ a conduits dans le sein du Père, tous les saints et saintes célébrés aujourd'hui en Église. Par des chemins différents, pas toujours pleinement conscients de Celui qui les sauvent, ils ont puisé à cet évangile du bonheur gravé au fond de leur cœur. Assoiffés de joie, ils ont bu à cette source vivante qui fait les saints et les saintes.

Sont heureux dans la Bible ceux qui accueillent et font fructifier les dons de Dieu, en éprouvant déjà un certain bonheur. Fidèles à cette pensée, ils seront déclarés justes lors du jugement. C'est d'abord aux faibles et aux petits qu'est réservé le Royaume. Cette conviction, inscrite dans le cœur des croyants de l'Ancien Testament, Jésus se l'approprie : c'est aux pauvres que Jésus annonce le bonheur, une promesse qui ne meurt pas avec sa mort mais qui, comme une semence, germe en ceux qui accueillent sa Parole et la font fructifier dans une communauté de disciples soucieux de son enseignement et de sa vie. Ceux-là goûtent déjà au bonheur du Royaume et expérimentent la vérité de la promesse de Jésus : Aux bienheureux appartient le Royaume des cieux.

Heureux les pauvres de cœur. Il s'agit moins ici d'une pauvreté matérielle que d'une attitude spirituelle : l'humilité de celui qui se sent dépourvu de tout et dépend de Dieu et de ses dons. C'est l'attitude de celui qui se détache de lui-même, sans jamais croire qu'il a des droits sur Dieu, mais s'en remet totalement à lui.
Heureux les doux. Les humbles et les pauvres qui se refusent d'en imposer aux autres par leur force et leur puissance, sans jamais faire violence. A ceux-là est réservée « la terre promise ». « Ils posséderont le pays, ils jouiront d'une paix totale », rappelle le psalmiste.

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés. Personne n'échappe aux épreuves de la vie : maladies, deuils, ruptures de toutes sortes. Jésus promet aux affligés « la consolation de Dieu ». « Il panse ceux qui ont le cœur brisé, il proclame aux captifs la délivrance, il réconforte les endeuillés » (Isaïe 61, 2). C'est la mission annoncée par le prophète Isaïe et réalisée par Jésus : la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, les prisonniers sont libres, les aveugles voient, les opprimés sont libérés, une année de bienfaits est accordée par le Seigneur.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront consolés. Ce bonheur, c'est l'aspiration de ceux qui croient aux droits de Dieu pour eux-mêmes et pour le monde. Ils sont comblés dans leur attente.
Ces quatre béatitudes proclament le bonheur de celui qui s'ouvre à Dieu et met en lui sa confiance. La cinquième fait appel à nos gestes concrets : Dieu fait miséricorde à ceux qui pratiquent la miséricorde. La miséricorde, c'est le pardon entre frères et sœurs, qui conditionne le pardon de Dieu. C'est aussi l'aide apportée à ceux qui n'ont rien et qui nous sollicitent. Au jugement dernier, le Christ nous jugera sur nos « œuvres de miséricorde » : « ce que vous avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ».

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu. C'est la traduction de la pensée du psalmiste : « Qui gravira la montagne du Seigneur? Qui se tiendra dans son saint lieu? – L'homme aux mains innocentes et au cœur pur, qui ne se sert pas de Dieu pour le mal et ne jure pas pour tromper...Telle est la race de ceux qui cherchent la face de Dieu ». Est ici promue la droiture, l'absence de toute duplicité, la droiture du cœur qui est à la source de nos actions. Ce croyant est admis auprès de Dieu et goûtera un jour son intimité.

Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. Celui qui cherche à réconcilier ses proches est faiseur de paix, il fait la paix entre une personne et son prochain. Il a une identité profonde avec le père, se croyant pleinement dépendant de lui. Aussi, ressemble-il à Dieu qui est le Dieu de la paix. Dieu les appellera ses fils, jouissant ainsi d'une dignité insigne. 1

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux! Cette dernière béatitude dans la liste de Matthieu fait allusion aux persécutions de la primitive Église. C'est la conséquence du comportement et des attitudes des disciples de Jésus qui suscitent la haine et l'opposition. On pardonne difficilement à celui qui est différent de soi et apparaît comme un reproche à celui qui vit autrement. La loyauté, le souci des autres, la recherche de la paix sont souvent des attitudes inacceptables pour celui qui use de la force et de la violence pour dominer les autres. Heureux ceux qui souffrent de cette opposition : ils témoignent de leur engagement pour le Royaume.

Heureux êtes-vous, les disciples de Jésus qui s'identifient au destin de Jésus : « à cause de moi », comme tous les vrais témoins, vous participez à ma mission. Déjà vous en ressentez la joie et le bonheur de me suivre. Le Royaume des cieux est à vous! Amen !

Sources : Claude Tassin, etc. Les Évangiles, Textes et Commentaires, Bayard, 2004.


 © Communion de Jérusalem - 6 novembre 2006