sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du père Gérard Busque, sss
Vendredi 2 mars 2007 - 1er Vendredi de Carême C
Ez 18,21-28 ; Ps 129 ; Matthieu 5, 20-26


Tu maîtriseras ta colère

Le carême est un temps où le Seigneur nous invite à nous dépasser dans l’amour : «Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans la Royaume des Cieux» ( Mt. 5,20).

Plus précisément, ce soir, il nous invite à choisir d’aimer plus quand nous sommes tentés de nous mettre en colère. Là où l'ancienne loi parlait de meurtre, Jésus parle de colère. Là où les Anciens ne retenaient que l'interdiction de tuer, Jésus atteint d'un coup la racine du mal ; il nous dit, en quelque sorte «tu maîtriseras ta colère». Et c'est tout un programme de conversion personnelle et de vie fraternelle que Jésus esquisse devant nous lorsqu'il nous laisse pour consigne :

«Quand tu vas présenter ton offrande à l'autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère» (Mt 5,23-24).

Tuer quelqu'un, cela ne nous arrive pas, sinon dans nos mauvais rêves. Mais à côté du meurtre proprement dit, il y a bien des manières d'empêcher l'autre de vivre, de se mettre en travers de son bonheur ou de sa liberté, bien des manières de l'ignorer ou de le rayer des vivants qui nous intéressent :
          quand nous nous taisons,
          quand nous boudons,
          quand nos regards de mépris ou de rejet sont des coups de poignards…
          quand nous nous coupons des autres pour ruminer notre colère.

Oui, la colère qui n’est pas gérée, couve, quelque part à l'intime de nous-mêmes, et à certaines heures montent en nous des mouvements, des réflexes, des pulsions de haine qui ne sont pas des meurtres, certes, mais qui ont partie liée avec l'homicide, parce qu'ils tendent à éliminer l'autre de notre champ d'action, de notre affection ou de notre souvenir. Les psychologues appellent ces pulsions de haine, de l’hostilité. C’est comme un feu qui brûle en nous et qui peut enflammer tout notre comportement, ternir ou briser nos relations avec les autres : elles nous coupent des autres.

Et Jésus vise surtout les moments où cette colère comprimée en nous, se manifeste en silence, en bouderie, puis en insulte et enfin en malédiction. En d’autres mots, elle explose parfois en agressivité, en mépris, en paroles d'intolérance et de rejet. C’est qu’une colère non gérée, non maîtrisée, nous rend aveugle et nous empêche de voir le mal qu’on fait aux autres.

Parfois les personnes qui provoquent le plus nos ressentiments sont celles qui partagent notre vie quotidienne. Peut-être un compagnon ou une collègue de travail qui réveille en nous de vieilles rivalités : « il(elle) prend ma place ! ». Le conjoint, dont on oublie la valeur pour ne plus voir que les misères, un frère ou une sœur en communauté qui nous tombe sur les nerfs dès qu’il ouvre la bouche, un enfant qui semble renier ce qu'on a fait pour lui, mais aussi des parents, qui n'ont pu donner que ce qu'ils avaient reçu, ou encore des responsables qui ont mal mesuré leurs décisions.

Quand nous arrivons devant l'autel avec notre offrande, avec notre faim de Dieu, tout ce négatif qui fermente en nous, nous pèse encore plus qu'à tout autre moment, parce que, nous sentons bien que nous ne pouvons communier à notre Dieu qui est amour, avec un cœur rempli de colère ou de haine pour nos frères.

Mais ici un discernement s'impose : L'Esprit Saint, si nous l'invoquons, nous aide à faire la différence en nous entre ce qui est misère de ce qui est péché. La misère, c'est tout ce paquet insaisissable de sentiments négatifs qui nous habitent malgré nous, qui se réveillent malgré nos efforts. Ce sont tous ces événements ou personnes qui nous ont choqués, blessés, frustrés au cour de la journée et qui ont fait naître en nous de la déception, de la colère, de la frustration. Cette souffrance, cette misère-là nous pouvons en faire une offrande, et l'apporter à l'autel, sur l'autel, pour que le Christ l'emporte dans sa victoire. Le péché, lui, se situe à un tout autre niveau. C'est lorsque nous décidons de nous enfermer dans notre colère, lorsque que nous décidons de laisser notre colère nous conduire et de rendre le mal pour la mal. Le péché, c'est de classer une fois pour toutes un homme ou une femme, de désespérer d'un enfant, de verrouiller son cœur quand l'autre cherche la paix.

Nous péchons aussi par colère lorsque nous refusons d'assainir le passé, lorsque nous refusons de libérer notre cœur et notre corps des frustrations qui l’habitent. Nous pouvons nous débarrasser de la colère qui nous colle à la peau, en le reprenant dans la miséricorde du Christ mais aussi en prenant en main les tensions qu’elles créent en notre corps.

Alors nous pouvons regarder non pas uniquement ce qu'on nous a fait ou pas fait, ce qu'on nous doit et qui n'est pas reconnu, mais aussi notre part de responsabilité, d'égoïsme, d'agressivité. Nous avons toujours notre dette et il se peut qu'effectivement notre frère ou notre sœur ait quelque chose contre nous, comme dit Jésus, un reproche mérité qu'il nous fait, ou qu'il pourrait nous faire.

C'est là qu'une démarche de réconciliation devient urgente et Jésus nous en donne la force, spécialement dans cette Eucharistie qui est le sacrement de l'unité, de l'amour retrouvé.

Frères et sœurs, nous voilà devant l'autel, avec l'offrande de notre vie. Déposons-la, et hâtons-nous, par le cœur, là où Jésus nous envoie pardonner.

Il nous donnera sa joie en échange.

 © Communion de Jérusalem - 27 mars 2007