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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frèere Pierre-Marie
  Seigneur, apprends-nous à aimer

  Jeudi 14 juin 2007 - 10e Semaine du T.O. – Année C
  2 Co 3,15 à 4, 1.3-6 ; Ps 84 ; Mt 5, 20-26


  Homélie de frère Pierre-Marie, fmj

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Aimer, décidemment, n’est pas facile.
On le ressent très fort
à l’écoute des paroles du Christ
dans son long sermon sur la montagne,
dont l’évangile de ce jour nous donne un extrait,

Jésus nous y adresse en quelque sorte
trois grands appels
qui voudraient nous aider à entrer
dans la mise en œuvre concrète
de cette perfection qui se noue dans la charité (Col 3,14).
Le premier pour nous dire que l’amour est sans limite.
Le deuxième, pour nous rappeler qu’il est premier,
et le troisième, pour nous montrer qu’il est vital en tout.

*

L’amour est tout d’abord sans limite, nous dit Jésus.
« Je vous le déclare : si votre justice
ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux (Mt 5,20) ».

La justice est importante.
Surtout entendue au sens biblique
où elle traduit tout à la fois :
juste partage, droiture de vie,
et sainteté divine imprégnant notre âme.
Mais elle ne s’enferme dans aucune limite.
Elle ne peut se cantonner dans l’observance des préceptes.

L’amour véritable surpasse tout.
Certes, il ne doit être ni mal éclairé,
ni naïf, ni placé à côté.
Mais une fois bien en place et bien éclairé,
sans fausse naïveté,
i1 n’a pas de limite.
Il est sans à priori et sans frontières.
Comme dit Paul :
« Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout
Il est large et longanime.
« Il ne fait rien d’inconvenant,
ne cherche pas son intérêt,
et met sa joie dans la vérité (1 Co 13,4-7) ».
Il est vrai, c’est-à-dire (quel beau mystère) illimité,
puisqu’il nous plonge dans l’infini de Dieu.

*

La charité, nous dit ensuite Jésus,
passe toujours en premier.
Et, pour nous le montrer,
le Seigneur nous en donne l’exemple.
Alors que Dieu est premier en tout
devant l’appel de la charité fraternelle,
il choisit lui-même de passer en quelque sorte en second.
« Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel,
si, là, tu te souviens que ton frère
a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande là devant l’autel
et va d’abord te réconcilier avec ton frère,
et, ensuite, viens présenter ton offrande (Mt 5,23-24) ».

Oui, alors que l’amour de Dieu est premier en tout,
et qu’il importe de l’aimer
de tout son cœur,
de toute son âme,
de toute sa force
et de tout son esprit (Dt 6,5),
le Père choisit lui-même de passer ici
après son frère.

Pourquoi cela ?
Tout simplement parce qu’il n’aurait plus de fils
si ceux qui sont ses propres enfants
ne s’aimaient plus fraternellement !
Il importe donc, pour qu’il reste Notre Père,
que nous vivions comme des frères en Jésus.

Comment pourrions-nous
constituer valablement le Corps du Christ
autour de l’autel de Dieu,
si nous n’acceptions pas de nous y rassembler
comme des plants d’olivier
alentour de la table du Seigneur (Ps 127(128),3)
Comme des membres du même Corps (cf 1 Co 12,27),
fraternellement, des membres du même Corps,
affectueusement reliés entre eux,
puisque greffés ensemble sur le même cep (Jn 15,1).

À partir du moment où Dieu,
s’est incarné dans l’homme,
nous le savons bien,
c’est à partir de l’humain
qu’il nous faut remonter au divin.
La ferveur de la prière et de l’offrande
ne suffisent pas à faire une élévation.
Seules, les hosties vivantes que nous sommes (Rm 12,1)
peuvent être vraiment consacrées
si elles sont véritablement rassemblées
par le lien de la charité (Ep 4,2)
qui est donc toujours premier.

*

Jésus peut dès lors, pour conclure,
nous rappeler combien l’amour est donc vital en tout.
Accorde-toi vite avec ton adversaire
pendant que tu es en chemin avec lui
pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,
le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison (Mt 5,25).

L’amour devient vital en ce sens
qu’il nous évite de plonger dans la mort.
Dans cette mort expiatrice et sombre
qui emprisonne et dont on ne sort pas
avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou (Mt 5,26).

Cela veut dire en clair
que le non-amour ou le refus de la réconciliation,
(colère, injure, malédiction (Mt 5,22)) comme dit Jésus,
peuvent nous entraîner dans la spirale de la discorde
qui alors emporte tout dans la rupture et dans la mort.

Cela ne signifie pas que l’on doive être d’accord en tout,
bénir toutes les déviations,
approuver toutes les attitudes,
se forcer à toutes les cohabitations,
tolérer tous les compromis ;
il faut savoir discerner l’incompatibilité
ou la diversité d’une vocation ou d’une cohabitation.
C’est vrai.

La charité ne fait jamais l’économie de la vérité.
Mais elle reste toujours prête à vivre, au plus profond,
la joie de la réconciliation.
Celle où, les divergences étant reconnues
et les diversités, si nécessaire, bien notées,
on se retrouve,
ou on se sépare,
dans la paix.

Le cœur du Père lui-même
est alors dans la joie
et l’on avance sur la route
avec un cœur plein de paix, de vie et de liberté !
On peut apporter son offrande à l’autel.

Seigneur, apprends-nous à aimer !



 © Communion de Jérusalem - 17 juin 2007