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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Homélie du frère
Antoine-Emmanuel, fmj
Mercredi 21 février 2007 - Mercredi des Cendres (C)
Matthieu 6, 1-6.
16-18
Regarder Celui que nous avons
transpercé
« C’était déjà environ la sixième
heure quand, le soleil s’éclipsant,
l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à
la neuvième heure ». (Lc 23, 44)
Vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri :
« Éli, Éli, lema sabachtani ? »
c'est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu
abandonné ? » (Mt 27, 46)
« Le voile du sanctuaire se déchira par le milieu et,
jetant un grand cri, Jésus dit :
“ Père, en tes mains, Je remets mon esprit ”.
Ayant dit cela, Il expira ». (Lc 23, 45-46)
« Toutes les foules accourues ensemble pour regarder,
ayant regardé ce qui est arrivé, s’en retournaient en se
frappant la poitrine. » (Lc 23, 48)
Ils ont vu.
Ils ont regardé.
Et ils s’en retournent en se frappant la poitrine.
Qu’ont-ils vu ?
Dans la sombre obscurité de la nuit de nos péchés,
ils ont vu ce « corps de misère »
suspendu au bois du supplice.
Ils ont vu la nudité décharnée de Jésus
qui n’avait de vêtement
que ses blessures et son Sang.
Ils ont vu son visage défiguré
par la souffrance, les crachats,
les épines et les coups.
Ils ont vu l’abîme de douleur de son regard
où se reflétaient les tortures de son âme.
Et ils se sont frappés la poitrine
devant le scandale de la mort innocente.
Ils se sont lamentés sur ce Fils unique
transpercé par nos péchés.
Ils se sont lamentés.
Des générations se sont lamentées,
et nous aussi, nous nous lamentons.
Nous entrons aujourd’hui
dans les larmes de l’Église, peuple pénitent.
Aujourd’hui nous embrassons ensemble
notre condition de pénitents,
d’hommes et de femmes
qui ne veulent pas s’accommoder du péché,
de la concupiscence, de l’impiété.
Nous faisons nôtre le chemin que le prophète Zacharie
avait pressenti et annoncé.
Un chemin en trois étapes.
La première est de s’ouvrir à « l’esprit de
grâce et de supplication » (Za 12, 10)
que le Seigneur répand sur l’habitant de Jérusalem.
La seconde est de regarder Celui que nous avons transpercé
et de se lamenter sur Lui. (cf Id)
La troisième est de boire à la fontaine que le Seigneur
fait alors jaillir
« pour laver le péché et la souillure
». (Za 13, 1)
Invoquer l’Esprit,
recevoir de Dieu la grâce du cœur qui se brise.
Regarder Jésus dans sa mort.
Le regarder longuement,
nous laissant imprégner par la Croix.
Boire à la source du pardon,
à la fontaine de la vie nouvelle.
Nous tous, pénitents que nous sommes,
nous allons vivre ensemble cette route
non pas pour nous en revenir chez nous comme les foules de
Jérusalem,
mais pour entrer dans une existence nouvelle.
Pendant 40 jours, nous allons nous laisser travailler par la croix de
Jésus.
Nous allons nous exposer à la croix,
et Le crucifié va nous enseigner,
nous convertir,
nous faire renaître.
Qu’Il nous donne même la grâce de pleurer notre
péché comme la pécheresse de l’Évangile.
De fait comment nos cœurs resteraient-ils de marbre devant l’Amour de
Jésus:
Quelle différence, quel abîme entre l’Amour
manifesté sur la croix et notre pauvre amour.
Car, en regardant Jésus,
nous voyons un amour infini qui se perd complètement pour nous.
Sur le gibet,
Jésus n’est que don,
Il n’est qu’offrande.
Il meurt divinement.
Il meurt librement.
Il meurt pour nous,
pour être entièrement à nous.
La mort qui est par nature dépouillement radical de soi,
a été envahie par l’Amour
à travers la souffrance incommensurable du Fils de Dieu.
Amour de don tout entier offert à chacun de nous.
Mais la croix révèle aussi un autre amour.
Quand Jésus, sur la croix,
sût que toute l’Écriture était déjà
parfaitement accomplie,
quand Il eût tout donné de Lui,
Il dit : « J’ai soif ! » (Jn 19, 28)
De quoi a-t-il soif ?
Non !
De qui a-t-il soif ?
Il a soif de toi !
Soif de nous recevoir en Lui.
Se donner ne Lui suffit pas :
Il veut nous recevoir.
C’est ce que Benoît XVI nous invite à méditer en ce
Carême 2007,
nous parlant de cette force, de cet élan, de cet amour
qui ne permet pas à l’amant de demeurer en lui-même,
mais le pousse à s’unir à l’aimée.
(Message Carême 2007)
Et le pape de nous poser une question :
« Existe-t-il plus [fol amour,] plus fort eros que celui qui a
conduit le Fils de Dieu
à s’unir à nous jusqu’à endurer comme siennes les
conséquences de nos propres fautes ? »
Jésus est mort en se livrant à nous ;
Jésus est mort en mendiant notre amour…
Qu’il est fade, pâle et tiède notre amour en face du
Crucifié !
Lorsque Lui perd sa vie pour nous sauver,
nous n’arrêtons pas de nous battre pour défendre
des petits bouts de pouvoir,
de savoir et de biens ;
nous n’arrêtons pas de convoiter
des petites ou des grandes jouissances.
Notre amour est
« comme la rosée du matin qui tôt se dissipe.
» (Os 13, 3)
Alors, comme les foules de Jérusalem
et bien plus qu’elles,
nous nous battons la poitrine
et nous acceptons comme un cadeau précieux
ces quarante jours de pénitence du Carême.
Oui, les cendres de cette liturgie expriment bien la
misère de notre pauvre amour
qui n’est que cendre devant le buisson ardent qu’est la Croix de
Jésus.
Les cendres signifient notre mise en route sur le chemin de la
pénitence.
Ces cendres, laissons-les sur notre front,
et si dans le métro, on vous demande :
« Que signifie cette marque sur ton front ? »
vous pourrez répondre :
« C’est le signe de ce que je me repens du mal que je commets et
du mal du monde entier. »
Oui, nous nous mettons en route.
L’essentiel de cette route sera l’écoute de la Parole de Dieu.
C’est là que nous découvrirons l’itinéraire de la
vraie conversion.
Cette route sera route de l’amour,
route vers l’Amour.
Et c’est pourquoi l’aumône y est si nécessaire.
À chacun de discerner quel geste concret de partage il va poser.
Mais l’amour, comme un oiseau,
a besoin de ses deux ailes, dit Saint Augustin :
la prière et le jeûne.
À notre rythme quotidien de prière,
nous pourrions ajouter 10 minutes par jour simplement pour regarder une
croix.
Le crucifié nous parlera.
Et le jeûne, qui est un précieux allié,
parce qu’il nous éduque à nous défaire de nos
égoïsmes.
Il sera juste et fécond s’il nous mène à la joie
et à la charité.
Il est nécessaire, très nécessaire,
à condition qu’il n’exalte pas l’amour-propre.
Frères et sœurs,
c’est une route de conversion qui s’ouvre devant nous.
Et nous savons que la vraie conversion
suscite une joie profonde, une joie de l’âme.
Ô ma joie, dit mon âme, quand on m’a dit :
« Allons à la Maison du Seigneur ».
(Ps 121(122), 1)
Ô ma joie de revenir vers la source du baptême
d'entrer dans la Pâques de l'amour.
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©
Communion de Jérusalem - 22 février
2007
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