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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Faire la volonté de Dieu


  Jeudi 28 juin 2007 - 12e Semaine du Temps Ord. - C
  Gn 16, 1-12.15-16 ; Ps 105 ; Mt 7, 21-29


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 

Depuis trois semaines, nous avons entendu de nouveau des extraits de ce que nous appelons le Grand sermon de Jésus sur la montagne. Dans ce grand sermon, Jésus dévoile en détail la volonté de Dieu sur l’être humain : devenir parfait comme le Père céleste est parfait dans la pratique de l’amour et la miséricorde. Il nous donne notre code génétique d’enfant de Dieu.

Ce soir nous venons d’entendre la conclusion de ce sermon. Jésus nous invite à faire, à accomplir cette extraordinaire volonté de Dieu de trois manières :

−    en passant de la parole aux actes, de l’émerveillement à la mise en pratique de ce qu’Il a dit ;

−    en passant des œuvres pour Dieu à l’œuvre de Dieu ; et

−    enfin en bâtissant sur le roc de l’écoute et la mise en pratique de sa Parole.

Première manière d’accomplir la volonté de Dieu : passer de la parole aux actes.

Les nombreux appels de Jésus détaillaient ce que signifie entrer dans le Royaume de Dieu, notre accomplissement comme enfant du Royaume et la volonté de Dieu sur nous. Pour l’accomplir, pour devenir enfant du Royaume, il souligne d’abord qu’il ne suffit pas de parler, d’en parler avec Dieu dans la prière.

« Il ne suffit pas de me dire « Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux (Mt 7,21) ».

Prier ne suffit pas pour être enfant du Royaume. Il faut aussi agir, accomplir la volonté de Dieu. Ce qui plaît à Dieu, ce ne sont pas seulement nos moments de prière où nous l’écoutons, le louons, mais aussi tous les moments de la journée où nous nous efforçons d’accomplir sa volonté sur nous, de faire advenir son règne en nous et dans le monde. Il ne suffit donc pas de prier Dieu de venir sauver notre monde, mais il faut aussi nous accomplir nous-mêmes et le monde verra le salut en nous.

Deuxième manière d’accomplir la volonté de Dieu : passer des œuvres pour Dieu à l’œuvre de Dieu

Pour bien préciser en quoi l’accomplissement de la volonté de Dieu, Jésus dénonce une illusion, un piège qui nous guette : celui de multiplier les bonnes œuvres pour Dieu en pensant faire sa volonté, sans nous assurer d’être en communion avec Lui, avec son Esprit. Beaucoup de personnes font beaucoup de bonnes œuvres : s’occupent des malades, gèrent des services, construisent des maisons, font des projets de développements, ect. Beaucoup font de bonnes œuvres, explicitement pour Dieu, en œuvrant à l’évangélisation, à la pastorale, à l’animation de groupes de prières, d’entraide, communautaires. Beaucoup pensent travailler pour Dieu mais travaillent pour leur gloire, celle qui vient des hommes, pour leur sécurité, pour leurs avantages sociaux à conserver. Beaucoup risque de se faire dire par Jésus : vous faites bien des choses pour Dieu mais vous ne faites pas l’œuvre de Dieu, sa volonté sur vous, alors je ne vous connais pas ; écartez-vous de moi, vous qui faites le mal (Mt 7,23). Ne pas accomplir la volonté de Dieu sur nous, c’est faire fausse route.

Enfin, écouter et mettre en pratique la Parole, c’est accomplir la volonté de Dieu.

 « Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. Mt 7,24 »

« Écouter et mettre en pratique » : c’est un double appel que Jésus ne cesse de répéter tout au long de son ministère. C’est cela le roc ! Quand nous l’écoutons, il nous fait connaître qui nous sommes et quand nous mettons en pratique sa Parole, nous devenons l’enfant du Royaume, celui que nous sommes en vérité.

Que de personnes sont hésitantes, fragiles, médiocres parce qu’elles ne savent assez clairement qui elles sont et ce qu’elles veulent faire de leur vie. Elles sont devant la tâche de se découvrir et de se construire elle-même à la lumière de la Parole de Dieu et d’aider les gens à se construire. C’est cela chercher et à faire la volonté de Dieu. Par conséquent, toute notre vie est une suite de décisions et, si nos décisions ne sont pas reliées à ce que nous voulons profondément, à l’écoute de la volonté de Dieu sur nous, nous bâtissons sur le sable.

Pourtant, la personne la plus recueillie, la plus attentive à la volonté de Dieu sur elle, n’est qu’une maison bâtie sur le sable si elle ne réalise pas ce qu’elle a décidé. Nos manques d’actions concrètes après une décision, cachent la plus grande faiblesse de nos vies.

Bien sûr, nous ne pouvons pas toujours faire tout ce nous avons décidé, mais chacune de nos décisions qui nous permettent de nous dépasser dans l’amour, que nous accomplissons en vue du Royaume, même les plus petites, font venir le Christ, font venir le Royaume, font grandir l’enfant de Dieu que nous sommes appelés à devenir.

Le piège qui nous guette dans la mise en pratique de la Parole de Dieu, c’est le renvoi à plus tard. Plus tard n’arrive jamais. Dire demain, c’est aussi bâtir sur le sable. Bâtir sur le roc, c’est recommencer, aller plus loin chaque fois qu’un appel nous a rejoints et nous a touchés. Pour illustrer cet accomplissement de nous-mêmes que nous réalisons en accomplissant la volonté de Dieu, voici une petite histoire :

« Il était une fois un homme qui, se promenant dans la forêt, découvrit un jeune aigle. Il le ramena chez lui et le plaça dans la basse-cour ou il apprit bientôt à manger le grain des poulets et à se comporter comme eux.
Un jour, un naturaliste qui passait par là, demanda au propriétaire comment un aigle, oiseau royal, pouvait être enfermé dans la basse-cour avec les poulets. "Puisque je l'ai nourri comme un poulet et dressé à être un poulet, il n'a jamais appris à voler" répliqua le propriétaire. "Il se comporte comme un poulet, il n'est donc plus un aigle."

"Pourtant" insistait le naturaliste, "il a un cœur d'aigle et peut sûrement apprendre à voler."

Après avoir longuement discuté, les deux hommes se mirent d'accord pour essayer de découvrir si cela était possible. Le naturaliste prit doucement l'aigle dans ses bras et lui dit : "Tu appartiens au ciel et non à la terre. Déploie tes ailes et vole." Mais l'aigle était troublé ; il hésitait sur sa vraie nature et voyant manger les poulets, il les rejoignit d'un bond.

Le lendemain, sans se décourager, le naturaliste emporta l'aigle sur le toit de la maison et l'exhorta à nouveau : "Tu es un aigle. Déploie tes ailes et vole." Mais l'aigle avait peur à la fois du monde et de sa propre identité qu'il ne connaissait pas et redescendit encore manger avec les poulets.

Le troisième jour, le naturaliste se leva tôt et, de la basse-cour, emporta l'aigle sur une haute montagne. Là, il tint l'oiseau royal au-dessus de sa tête et l'encouragea une nouvelle fois, disant : "Tu es un aigle. Tu appartiens au ciel aussi bien qu'à la terre. À présent déploie tes ailes et vole." L'aigle regarda autour de lui, vers la basse-cour puis là-haut vers le ciel. L'aigle se mit à trembler et, doucement, il déploya ses ailes. Avec un cri de triomphe, il s'éleva enfin vers les cieux.

Peut-être l'aigle se souvient-il encore avec nostalgie des poulets ; peut-être revient-il parfois visiter la basse-cour. Mais pour autant qu'on le sache, il n'est jamais retourné à la vie du poulet. C'était un aigle, même s'il avait été retenu et apprivoisé comme un poulet. » 

(James et Jongeward, Naître gagnant. Paris, Inter-Editions, 1978, p. 102)

Ce soir, bénissons le Père pour Jésus qui nous a dévoilé sa sainte volonté sur nous, bénissons-le pour son Esprit qui nous rend capable de la connaître et de l’accomplir. Prions-le de nous de nous rendre toujours plus capables d’écouter et de mettre en pratique ce que Jésus nous dit au fond de notre cœur.


 © Communion de Jérusalem - 16 juillet 2007