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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Où est l’agneau pour l’holocauste ?

  Jeudi 5 juillet 2007 - 13e Semaine du T. ord. – Année C
  Gn 22, 1-13.15-19 ; Ps 114 ; Mt 9, 1-8


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac,
va-pour-toi au pays de Moryah
et là tu l’offriras en holocauste
sur une montagne que je t’indiquerai (Gn 22,2).

Abraham porte en son cœur cette parole
qui crucifie tout ce qu’il est,
tout ce qu’il porte en lui.
Chaque pas est un acte de foi – obscure –
en ce Dieu qu’il connaît encore peu ;
un acte d’obéissance.

Chaque pas jusqu’au troisième jour,
au pied de la montagne
que Dieu désigne à Abraham.
Ce jour-là, la voix d’Isaac se fait entendre :
- Isaac enfant
ou peut-être Isaac déjà adulte, âgé de 33 ans-
« Mon Père ! »
« Oui mon fils ! »
« Voici le feu et le bois
mais où est l’agneau pour l’holocauste ? (Gn 22,7) »
Question d’un enfant.
Question redoutable
qui retourne le cœur d’Abraham.
Question cruciale.

Où est l’agneau ?

Il y a toujours eu un agneau
ou un taureau, ou une colombe,
ou quelques mesures de farine ou d’huile !
Aujourd’hui, Abraham n’a rien dans les mains.
Rien à offrir sur cette montagne
dont le sommet se profile dans l’immédiat horizon
de son regard et de son cœur.


Frères et sœurs, où est l’agneau pour l’holocauste ?
La question d’Isaac est une question
en avance sur son temps,
en avance de 1800 ans…
Car devait venir – et est venu –
le temps où ce n'est plus un animal
ou quoique ce soit que nous offririons à Dieu,
mais nous-mêmes !

Ce qui monte vers Dieu,
ce qui passe en Dieu
ce n’est plus un agneau,
c’est nous-mêmes.
C’est nous-mêmes dans le Christ.
C’est nous-mêmes saisis dans le sacrifice de Jésus,
dans l’offrande qu’il fait de lui-même sur la croix.
L’Agneau c’est Jésus qui s’offre Lui-même.
L’Agneau de Dieu.
L’Agneau qui nous conduit en Dieu.

Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation
mais tu m’as façonné un corps.
Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché.
Alors, j’ai dit voici je viens (…)
pour faire ô Dieu ta volonté ! (Hb 10, 6-7 ; Ps 40,7-9)

Et nous voici aujourd’hui appelés
à dire à notre tour :
Père, je viens pour faite ta volonté.
Ce n’est pas un agneau que je t’offre,
c’est moi-même, c’est ma vie,
c’est ma volonté.
Je désire que rien de ce qui est ta volonté
ne me répugne,
et que rien de ce qui est ma volonté
ne te répugne (d’après Jean-de-la-Croix).

Je désire que ma volonté
soit de faire ta volonté.
Je t’offre ma volonté.
Je l’exerce en te l’offrant.
Je deviens libre en faisant ta volonté.
N’est-ce pas ce à quoi Saint Paul
appelait les chrétiens de Rome :
« Je vous exhorte donc, frères,
par la miséricorde de Dieu,
à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu.
C’est là le culte (juste, intelligent,)
que vous avez à rendre. (Rm 12,1) »
Et Paul de préciser la nature de ce sacrifice :
Ne vous modelez pas sur ce monde,
mais que le renouvellement de votre jugement
vous transforme et vous fasse discerner
quelle est la volonté de Dieu,
ce qui est bon
ce qui lui plaît
ce qui est parfait (Rm 12,2).

Que ta volonté soit faite !
Que ma volonté soit tout entière orientée
vers ce qui est bon, ce qui te plaît, ce qui est parfait.
Voilà notre sacrifice d’amour
qui nous fait entrer dans l’amour.

*

Mais nous savons combien notre nature
indépendante et affamée de puissance
résiste à entrer dans la volonté de Dieu.
Paul le dit dans la même Lettre aux romains :
Je ne fais pas ce que je veux,
mais je fais ce que je hais. (Rm 7,15)
C’est là notre maladie,
c’est là notre paralysie.
Comme le paralytique de l’Évangile
nous sommes incapables
de marcher sur le chemin de l’amour
comme notre âme le désire.
Nous sommes bloqués, figés :
il y a tant de gestes que je ne peux pas faire !
Je voudrais pardonner à cette personne,
mais je suis comme bloquée ;
je voudrais rompre avec une habitude de jeu ou d’internet,
mais je n’y parviens pas ;
je voudrais aimer, respecter,
obéir à mon curé ou mon supérieur mais je bloque...

Aussi aujourd'hui, nous nous laissons porter
comme jadis le paralytique de L’Évangile
par des frères dans la foi pour être présentés à Jésus.
Et ces compagnons croyants, c’est l’Église !
L’Église te porte, me porte auprès de Jésus ;
elle nous dépose dans sa maison,
elle nous dépose là où se manifeste
la puissance de son amour qui guérit.
Aujourd’hui nous entendons sa voix qui nous dit :
« Aie confiance, mon enfant,
tes péchés sont pardonnés (Mt 9,2) ».
c'est-à-dire, aie confiance tu es dans l’amour du Père!
Confiance, il t’enveloppe de sa miséricorde!
Parce que moi, Jésus,
je suis venu te chercher et te ramener dans l’Amour.

Aujourd’hui nous nous ouvrons à la puissance
qui sort de Jésus et qui guérit tout humain.
De nos paralysies Jésus nous guérit,
nous permettant enfin de faire tel geste
que nous ne pouvions faire.
« Lève-toi, prends ton lit, et va dans ton logis ! (Mt 9,6) »
Laissons cette puissance de Jésus entrer en nous,
nous guérir intérieurement,
et nous permettre de revenir dans notre logis,
c’est-à-dire d’être vraiment nous-mêmes
et d’offrir notre vie à Dieu,
en aimant, en cherchant, en accomplissant
ce qui est bon,
ce qui lui plaît,
ce qui est parfait.
Oui déjà bénissons le Seigneur
pour ce qu’il fait en nous en cette Eucharistie.


 © Communion de Jérusalem - 16 juillet 2007