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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Comme des brebis au milieu des loups


  Vendredi 13 juillet 2007 - 14e Semaine du Temps Ord. - C
  Gn 46, 1-7.28-30 ; Ps 36 ; Mt 10, 16-23


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 

Depuis mercredi, nous écoutons l’enseignement de Jésus sur la mission. Il donne à son premier groupe de compagnons, les douze – et à travers eux à nous aussi –  ses consignes pour la mission. Il les a choisis comme nous aussi pour être avec lui et pour l’aider dans son immense chantier de l’évangélisation.

Vous avez entendu dans les soirs précédents qu’avant de les envoyer en mission, Jésus leur a indiqué quoi faire et comment faire :

−    Quoi faire : proclamer la Bonne Nouvelle, chasser les démons et guérissez les hommes.

−    Comment faire : vous avez reçu gratuitement, donner gratuitement.

Ce soir, il leur dit qu’il les envoie même si la mission est risquée, dangereuse, même si elle dépasse les forces humaines. Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. (Mt 10,16)


1. Il continue de nous envoyer

Si les apôtres avaient regardé le rapport des forces uniquement du point de vue humain, il aurait eu de quoi désespérer : ils ont du se dire : « être des brebis au milieu des loups, nous sommes battus d'avance, mangés d'avance, » Et de fait, nous le savons, ils sont tous morts martyrs, à cause de leur foi. Et depuis 2000 ans, à la suite des Apôtres, des milliers de chrétiens/nes ont payé de leur vie leur fidélité à l’évangile. De nos jours, les personnes enfermées, torturées, assassinées, liquidées par les loups à cause du Christ sont plus nombreuses que jamais auparavant. Thomas Grimaux dans son rapport sur les Persécutions antichrétiennes dans le monde, édité par l’Aide à l’Église en détresse (AED). En 2005, témoigne du martyr de milliers de chrétiens/nes au cours du dernier siècle.

La grande majorité de ces personnes tuées à cause de leur foi chrétienne proviennent des pays musulmans ; par exemple, au Nigéria, pays à majorité musulmane, en 2004, des centaines de milliers de chrétiens ont fui les persécutions. « Le temps des martyrs n’est pas clos, écrit Grimaux, le Dieu fait homme est et reste le “signe de contradiction” par excellence. La liberté religieuse, a dit Benoît XVI, est « bien loin d’être partout vraiment respectée : dans certains cas, elle est niée pour des raisons religieuses ou idéologiques ; dans d’autres, bien que reconnue par écrit, elle est entravée dans les faits par le pouvoir politique ou, de manière plus insidieuse, par la prédominance culturelle de l’agnosticisme et du relativisme. » (Persécutions antichrétiennes dans le monde, rapport 2005, Thomas Grimaux, AED, 192 pages, 15e. Sur Internet : www.aed-france.org)

Le rapport de l’organisme Aide à l’Église en détresse dénombre quatre sources de persécutions : la plus importante, l’islamisme, qu’il soit d’État ou le fait de terroristes ; puis le communisme, encore vivace à Cuba comme en Chine ; les fanatismes hindou ou bouddhique qui arment des groupes extrémistes ; enfin, ce qu’il est convenu d’appeler, avec Jean-Paul II et Benoît XVI, la “culture de mort” qui s’oppose à la culture de vie défendue par l’Église, dans des pays proclamant pourtant la liberté de culte.

Malgré cette hostilité permanente envers son Évangile le Christ nous redit chaque jour, comme lors du premier envoi en mission : "Je vous envoie". Il sait que la mission est impossible aux hommes seuls et qu’elle ne devient possible qu’avec la force de Dieu.


2. Avec une consigne désarmante

Voilà pourquoi il donne une consigne appropriée pour affronter ce monde du refus ?

« Soyez avisés comme les serpents, et candides comme les colombes ».

Il ne dit pas : soyez tantôt avisés et tantôt candides, selon les personnes et les situations ; mais soyez à la fois avisés et candides. C'est-à-dire soyez intelligents, prudents, astucieux comme les serpents mais et doux et libres comme les colombes. Pour annoncer l’amour gratuit de Dieu, Jésus nous invite à choisir concrètement la non-violence et à refuser de répondre à la haine par la haine, à la violence par la violence.

Nous aimerions écarter les résistances par les méthodes dont les hommes usent pour saisir le pouvoir et le garder, pour prendre la parole et l'imposer, pour se pousser en avant et occuper l'espace. Mais Jésus nous invite à choisir la douceur, qui est la grande force de ceux qui ne s’impose pas, qui donnent gratuitement ce qu’ils ont reçu gratuitement.

Il est vrai que cette non-violence du cœur nous mettra parfois en position de faiblesse. C'est alors qu'agira la puissance de l'Esprit, au point qu’en tant que disciple de Jésus nous pouvons même ne plus nous soucier de notre propre défense ; nous pouvons rester brebis jusqu'au bout : "Lorsqu'on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n'est vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parlera en vous".

Quelle force pour nous dans ces paroles du Seigneur ; quelle lumière pour notre vie missionnaire !

Parce que l’Esprit de Jésus habite en nous, nous pouvons aller jusqu'au bout de la douceur, nous pouvons chasser de notre cœur jusqu'à la moindre miette de violence, d'amertume ou de sévérité : si nous sommes dénigrés ou attaqués pour notre foi, l'Esprit de Dieu parlera en nous.

Ainsi au travail ou en communauté, lorsque nous nous sentons traînés devant le tribunal du jugement des autres, tout notre soin consiste, non pas de préparer notre justification ou de remâcher notre défense, mais de nous en remettre à l'Esprit de notre Père, qui veut parler en nous. C'est lui qui se charge de notre honneur, de notre droit, de la justice qui nous est due; et quand nous avons pris le chemin du pardon, c'est lui qui assume la tâche de liquider tous les conflits, d'effacer tout le passé d'ignorance et d'incompréhension entre deux frères ou deux sœurs ; c'est lui, l'Esprit de Jésus, qui tisse des liens nouveaux et recrée à neuf tous les liens distendus.

C'est lui qui peut nous garder dans la paix,
sans illusions, comme le serpent, qui sait se taire, attendre et regarder,
sans inhibition, comme la colombe, qui ose rester libre, malgré les pièges et les filets.

Ne nous est-il pas arrivés souvent, lorsque nous voulions parler en laissant voir les crocs, pour nous protéger ou pour défendre des idées chères, de nous voir redevenir brebis et de nous ouvrir à la paix de l'Esprit, afin de mieux entendre, en nous et parmi nous, la voix du Berger. Quelle force désarmante rayonnait de nous alors.

Ce soir, bénissons le Père pour la présence en nous de son Esprit qui nous a permis de choisir la douceur plutôt que la violence. Prions pour ceux qui nous persécutent, prions pour ceux qui souffrent à cause de leur foi.

Amen


 © Communion de Jérusalem - 17 juillet 2007