Les deux Jean à la lumière de
la Parole du Christ
La liturgie
nous fait la joie
en ce jeudi de la deuxième semaine de l’Avent
et en ce jour du 14 décembre
d’évoquer, ensemble, la figure de deux grands saints
portant tous deux le nom de Jean !
Jean le Baptiste, précurseur du Sauveur
et Jean de la Croix,
Maître par excellence de la vie contemplative.
* * *
En une seule parole, Jésus nous a en quelque sorte
tout exprimé en déclarant :
En vérité, je vous le dis :
parmi les enfants des femmes,
il n’en a pas surgi de plus grand que Jean-Baptiste.
(cf Mt 11, 11)
On peut retrouver en lui, en effet,
toutes les facettes de la sainteté :
Il est vierge et ascète, ermite dans les solitudes,
et cénobite au milieu de ses disciples ; (Jn
3, 25-26)
confesseur de la foi au Christ, l’Élu de Dieu
(Jn 1, 34)
et docteur de la Révélation faite à la Terre des
Hommes ;
déjà évangélisateur par la
prédication
de ce qu’il appelle lui-même la Bonne Nouvelle
(Lc 3, 18)
et témoin jusqu’au martyre.
Comment ne pas aimer et admirer
celui qui est le seul à porter en outre le titre de
Précurseur ?
* * *
Et cependant, le plus petit dans le Royaume des cieux
est plus grand que lui ! (Mt 11, 11b)
Cette fois, la parole de Jésus
nous ferait presque sursauter,
tant elle paraît soudainement
comme en contradiction avec l’affirmation qui précède.
Et pourtant, comme cela est vrai !
Le plus petit dans le Royaume des cieux
ce Royaume d’Au-delà qui nous attend,
est encore plus grand que le grand Saint Jean.
Pour la bonne raison qu’il est sauvé,
« introduit en Paradis »,
par la Rédemption du Christ qui nous ouvre
à la Vie éternelle. (Lc 23, 34 ; Jn 5,
24)
Quelle espérance pour nos vies,
si nous sommes fidèles
à sa parole de lumière et de vérité !
Mais nous savons qu’il nous faut aller plus loin
ou plutôt, plus profond encore.
Car le Royaume de Dieu est déjà là,
au milieu de nous (Lc 17, 21)
Et le plus grand dans ce Royaume
déjà en marche et en continuation
c’est celui qui s’est fait, justement,
– et nous allons bientôt fêter sa Nativité – le plus
petit.
Et le plus petit, c’est donc Lui, Jésus-Christ !
Il est né dans la nudité de la crèche,
comme un petit enfant nouveau-né (2, 16)
et il est mort dans la nudité de la croix,
comme un Fils unique abandonné de tous. (30,
12, 16; Mt 27, 46)
C’est pourquoi il est le plus grand,
lui que le Père a exalté en lui donnant le nom
qui est au dessus de tout nom. (Ph 2, 11)
* * *
Nous comprenons dès lors, (et tout cela s’enchaîne bien)
le pourquoi de la parole du Christ qui suit aussitôt :
Le Royaume des cieux souffre violence
et ce sont les violents qui l’emportent.
Il n’est pas facile de comprendre d’emblée
ce que Jésus veut nous dire par là.
Peut être, tout d’abord, qu’il y a une sainte violence,
mise en œuvre par ceux qui s’emparent du Royaume,
au prix des plus durs renoncements ?
Comme Jean-Baptiste et Jean de la Croix.
Peut-être aussi, qu’il y a une mauvaise violence
de ceux qui veulent établir leur règne sur terre,
en faisant croire que ce sera celui de Dieu ?
Et, de cela aussi, Jean-Baptiste et Jean de la Croix
ont eu à en souffrir, jusque dans leur plus proche entourage.
Tous deux n’ont-ils pas connu la prison et le cachot ?
Peut-être encore, Jésus veut-il nous dire par là
que les puissances du mal,
pour empêcher l’arrivée du Royaume des cieux,
font tout pour en entraver l’essor
et garder la main-mise sur l’empire de ce monde ?
Chacun à leur tour et à leur manière,
Jean de la Croix et Jean Baptiste ont su
ce qu’il leur en a coûté de s’opposer
à ces forces de l’Adversaire,
par delà toutes les nuits des sens,
de l’intelligence et de l’esprit !
Et peut-être, enfin, Jésus veut-il nous dire
qu’en dépit de tous les obstacles,
avec la puissance irrésistible du grain de sénevé
qui, de toute façon, finira par devenir un grand
arbre, (Mc 4, 31)
(et les forces du mal ne pourront rien
contre l’Église du Christ en devenir) (Mt 16,
18)
le Royaume de Dieu avance !
Il se fraie sa voie avec la douce violence de l’Esprit.
Et nous voyons, aujourd’hui, encore et toujours,
combien la force et la douceur, la fermeté et la tendresse
du prédicateur du Jourdain jubilant de joie parfaite
et de l’auteur du Cantique spirituel,
nous parlant de la vive flamme d’amour,
peuvent aussi donner raison à la parole du Christ.
* * *
Frères et sœurs, tous les prophètes, ainsi que la loi
ont mené leur prophéties jusqu’à
Jean (Mt 11, 13)
nous dit Jésus.
Pour annoncer la venue du Messie,
le peuple juif attendait le retour d’Élie.
Pour fonder la spiritualité du Carmel,
ses pères spirituels se sont tournés vers le
Prophète Élie.
En vérité, Jésus le dit, Élie est
déjà venu. (Mt 11, 14; 17, 11)
Le Sauveur annoncé nous a été donné.
Nous pouvons nous tourner vers la joie de sa Nativité.
Bénis soient les deux Saint Jean de nous affermir,
par leur exemple, dans la foi en sa Parole !
* * *
 |
Cher
frère Yannick,
tu portes aussi le nom de Jean dans un de ses
dérivés.
Il est beau que ce soit en ce jour
que tu reçoives ta vêture monastique,
la première célébrée à
Montréal
pour un membre de nos Fraternités de Jérusalem.
Le passage du Livre de Vie sur l’habit
nous a rappelé tout à l’heure
le sens de cette vêture monastique.
Tu as pu voir par là, et tu le sais,
combien le port d’un habit
peut signifier notre appartenance au Christ,
marquer notre unité fraternelle,
protéger même, n’ayons pas peur de le dire,
notre vie consacrée au cœur de ce monde urbain
où Dieu nous a placés.
Il devient par là même un témoignage simple
et fort,
aussi éloquent que silencieux
de Celui à qui nous donnons notre vie.
Et cela en disant paisiblement, joyeusement,
qu’en vivant au cœur des villes
nous voulons vivre aussi au cœur de Dieu.
Habite donc cet habit et revêt ce vêtement. |
Comme Jean le Baptiste, sois un précurseur.
Comme Jean de la croix, sois un contemplatif.
Sur les pas de l’Agneau de Dieu, l’Époux de
l’Église.
La béatitude ne se
donne qu’à l’amour !