sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Vendredi 15 décembre 2006 - 2e Semaine de l’Avent C

Matthieu 11, 16-19

Qui est contradictoire ?

Il y a dans les Évangiles quelque chose
qui semble bien contradictoire.
D’un côté nous entendons Jésus nous dire aujourd’hui
que sa génération ressemble à des gamins incapables
de danser ou de pleurer quand on les y invite :
c'est-à-dire une génération insensible
à l’annonce de la Bonne Nouvelle,
mais insensible d’abord à l’appel à la conversion
lancée par Jean Baptiste :
« Jean vient, en effet, ne mangeant ni ne buvant
et l’on dit : “Il est possédé” ».    (Mt 11, 18)

Bref, Jean peut prêcher la conversion…
mais on ne l’écoute pas !

D’un autre côté, les Évangélistes nous disent
combien Jean a attiré les foules.
Matthieu dès le chapitre trois de son Évangile
nous dit que « s’en allaient vers lui Jérusalem,
toute la Judée et toute la région du Jourdain,
et ils se faisaient baptiser par lui
dans les eaux du Jourdain
en confessant leurs péchés ».    (Mt 3, 5-6)
Luc nous dit que « tout le peuple »
a été baptisé par Jean.    (Lc 3, 21)
Quant à Marc, il raconte
aussi bien que Luc et Matthieu,
que « tous tenaient Jean pour un prophète ».    (Mc 11, 32)

Comment comprendre cela ?
D’un côté on vient à Jean
et on le reconnaît comme prophète,
de l’autre on dit de lui « c’est un possédé » !
D’un côté on nous dit que tous vont entndre son « chant funèbre »
c'est-à-dire son appel à la conversion
de l’autre Jésus nous dit qu'on « ne se frappe pas la poitrine » ?

Frères et sœurs, il y a bien là une contradiction.

Mais où se situe la contradiction ?
Sous la plume des Évangélistes ?
Ou bien dans le cœur des humains ?

D’un côté ils disent – nous disons –
Jean est un prophète,
et nous allons l’entendre et demander son baptême :
notre cœur accepte de s’ouvrir,
nous nous rendons vulnérables et disponibles ;
de l’autre nous nous protégeons :
« un prophète, oui…
mais aussi un possédé, un homme excessif. »

N’est-ce pas cela la maladie du cœur humain ?
Maladie qui attire toute la compassion de Dieu.
« Ah ! si mon peuple m’écoutait »    (Ps 80(81))
proclame le Seigneur dans le Psaume
« si seulement tu avais été attentif
à mes commandements,
ton bonheur serait comme un fleuve »    (Is 48, 18)
insiste le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe
comme nous l’avons entendu aujourd’hui.
Ces paroles nous disent
toute la souffrance de Dieu
devant notre difficulté à écouter,
et donc à entrer dans le bonheur
auquel l’écoute nous conduirait.

Et la compassion de Dieu se fait visage
en Jean Baptiste depuis le jour où au désert
il entendit la parole qui est son envoi en mission :
« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu »    (Is 40, 1)
Jean-Baptiste dont la vie est totale obéissance,
Jean Baptiste qui nous montre
que notre humanité peut se laisser
profondément modeler par la Parole.
Avec lui s’ouvre pour nous l’espérance :
la maladie du cœur humain n’est pas irrémédiable.
« Vient derrière moi Celui qui est plus grand que moi. »    (cf Jn 1, 26-27)
Voici derrière Jean Celui qui vient re-tisser
les profondeurs du cœur humain.
Nos ambigüités n’ont pas découragé Dieu :
elles l’ont attiré !
Il vient, Celui qui est en personne la Parole.
Aujourd’hui, Jean nous invite à nous tourner vers Lui,
à nous ouvrir au médecin du cœur profond
pour que notre bonheur soit comme un fleuve !

Oui, Seigneur Jésus viens,
surviens en nous et entre en nous !
Nous voulons Te laisser venir,
te laisser faire,
te laisser nous re-crééer
Apprends-nous à pleurer
et plus encore apprends-nous à danser !

 © Communion de Jérusalem - 18 décembre 2006