Le peintre Gauguin, au bas d’un de ses célèbres tableaux,
Les belles vahinées (1897), avait inscrit une triple question :
D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
C’est à la troisième question qu’Isaïe
voudrait nous aider à répondre aujourd’hui.
Où allons-nous ?
Isaïe, au VIIIe siècle avant le Christ
pouvait répondre
que nous allons vers la déroute et l’anéantissement,
tant les circonstances historiques
étaient remplies de drames.
Non !
Celui qui a vu la gloire de Dieu dans le Temple
a perçu la Seigneurie divine sur l’histoire
et il nous partage une vision d’une audace extraordinaire.
Où allons-nous ?
Nous allons vers un banquet.
« Nous » c'est-à-dire toutes les nations :
un banquet pour toutes les nations,
car Dieu prépare le festin pour tous les peuples
Et Isaïe emploie un verbe présent !
Aujourd’hui, que fait Dieu ?
Il prépare le festin pour tous les peuples.
Dieu est au travail :
Il prépare la salle du banquet,
Il dresse la table où Il nous servira viandes et vins,
ou, selon d’autres traductions, huiles et vins.
Nous ne sommes rien de moins
que les invités de Dieu
pour le banquet d’éternité.
Voilà où nous allons.
Mais comment Dieu acheminera-t-Il
toute l’humanité vers le festin du Royaume ?
Isaïe nous répond en nous découvrant
la vision qu’il a eu d’une couverture, d’un voile,
d’un masque qui était sur nous
et nous empêchait de voir
toute la beauté divine qui nous attend.
Or ce voile, Dieu le détruit à jamais !
En d’autres termes,
Dieu fait disparaître la mort à jamais,
littéralement, il l’engloutit.
Alors paraissent nos visages,
et les visages de tous les humains,
dans la pleine lumière de l’Amour
pour laquelle nous avons été créés.
Et de chaque visage, Dieu alors se fait proche
manifestant une tendresse infinie,
effaçant toutes larmes
et guérissant toutes nos humiliations.
Ainsi, lavés de nos pleurs,
nos yeux verront dans la transparence de l’Amour,
la table dressée où coulent à flots les huiles et
les vins.
Huiles d’allégresse du Christ
et éternelle ivresse de l’Esprit Saint;
la table dressée où, pour chacun,
a été préparée une place,
la table dressée dan la salle du banquet
qui est le Cœur du Père.
Frères et sœurs, c’est là que nous allons !
Il faut seulement que soit déchiré le voile
pour que nous accédions à l’éternelle joie.
* * *
Or aujourd’hui, en offrant sur la montagne
un banquet à une foule immense,
Jésus soulève comme un pan du voile
pour nous confirmer dans l’espérance.
Le banquet céleste n’est pas un mythe.
Il est une promesse divine
qui s’accomplit déjà dans l’histoire
là où Lui, Jésus, est accueilli,
là où les mains s’ouvrent pour accueillir son pain,
pour l’accueillir, lui le Pain de Vie.
Notre prière est alors un cri, le cri de l’Avent :
Viens Seigneur Jésus,
viens
déchirer le voile !
Par ta
Pâques, le voile du Temple a été
déchiré.
Déchire le
voile de notre cœur
et de tous les
cœurs
pour que nous
entrions avec toute l’humanité
dans la chambre
haute, celle du Ciel.