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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Le « secret
» du renouveau de
l’Église
Vendredi 29 juin 2007
- Saint Pierre
et Saint Paul – C
Ac 12, 1-11 ; Ps 33 ; 2 Tm 4, 6-8. 16-18 ; Mt 16, 13-19
Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj
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Quel bonheur de fêter aujourd’hui
ces deux colonnes de l’Église que sont Pierre et Paul.
Deux hommes qui, avec leurs fragilités et leurs pauvretés,
sont devenus des colonnes
parce qu’ils sont devenus un avec Jésus.
Deux hommes qui se sont livrés « corps et âme »
à l’Évangile jusqu’à verser leur sang à Rome
pour Pierre sur la colline du Vatican
et pour Paul, au-delà des portes de la ville à «
Trefontane ».
Nous nous confions à leur prière
pour que nous aussi nous « perdions » notre vie pour
l’Évangile,
pour que nous servions par toute notre vie
la germination du Royaume
qui est la seule vraie espérance de notre modernité ;
pour que nous servions le Royaume en Église,
par l’Église,
en vivant du mystère de l’Église,
en l’aimant et en le servant.
Pour cela, laissons-nous enseigner
par les lectures de ce jour,
à commencer par les deux premières
qui sont de la main de Luc et de Paul lui-même.
Il y a dans ces deux lectures un contraste frappant,
Les Actes des apôtres, d’abord, nous conduisent à
Jérusalem
au cœur de l’Église naissante.
Jacques, l’un des Douze, frère de Jean
vient d’être exécuté par Agrippa I, petit-fils
d’Hérode le Grand.
Ce dernier, voyant que cette exécution
faisait plaisir aux juifs,
décide d’arrêter une autre figure marquante
parmi les apôtres de Jésus : Pierre.
Pierre se retrouve donc en prison,
dans le palais d’Hérode sans doute, l'ancienne citadelle de
David.
Que fait alors l’εκκλησία, c'est-à-dire l’Église,
littéralement celle qui est « convoquée »,
« appelée » ?
Luc nous dit qu’une assemblée
assez nombreuse
s’était
réunie et priait (Ac 12,12)
dans la maison de la mère de Jean surnommé Marc,
très probablement le troisième évangéliste.
Ils s’étaient réunis et priaient.
Luc précise :
Tandis que Pierre
était ainsi gardé en prison
la prière de
l’εκκλησία s’élevait pour lui vers Dieu ardemment. (Ac
12,5)
Qu’il est beau ce peuple en prière pour son pasteur !
Ardemment
hommes et femmes intercèdent pour l’apôtre.
Cela en dit long sur leur amour pour leur pasteur,
et sur leur sens de l’εκκλησία.
Ils ne veulent pas être privés de celui
qui au milieu d’eux manifeste, signifie,
la présence de Jésus.
*
De la main de Paul qui écrit à Timothée
son disciple bien-aimé,
nous avons l’écho d’une situation bien différente.
Nous sommes quinze ou vingt ans plus tard à Rome.
Paul s’y trouve dans une sorte de liberté surveillée
que lui vaut sa citoyenneté romaine.
Il proclame le Royaume de Dieu,
raconte Saint Luc,
et enseigne ce qui
concerne le Seigneur Jésus
avec pleine
assurance et sans obstacle. (Ac 28,31)
Nous connaissons la hardiesse, la « parrèsia »
de Paul qui proclame l’Évangile
à temps et à contre temps (2Tm 4,2).
On peut enchaîner Paul, mais
on ne peut
enchaîner la Parole de Dieu. (2Tm 2,9)
car l’amour du Christ le presse !
(cf 2 Co 5,14)
Mais voici Paul jeté à nouveau dans l’Épreuve
mais je n’en rougis
pas, écrit-il à Timothée,
car je sais en qui
j’ai mis ma foi. (2Tm 1,12)
Paul fait l’expérience de la solitude :
tous ceux d’Asie, parmi lesquels
Phygèle et Hermogéne,
se sont
détournés de moi. (1,15)
Et il confie à Timothée :
« la première fois que j’ai eu à présenter
ma défense,
personne ne m’a soutenu.
Tous m’ont abandonné. »
Et d’ajouter : « Qu’il ne leur
en soit pas tenu rigueur.
Le Seigneur, lui,
m’a assisté et m’a rempli de force
afin que par moi le
message fut proclamé (2 Tm 4, 16-17) ».
Tous m’ont
abandonné :
nous voilà dans un contexte bien différent
de celui de l’Église de Jérusalem qui soutenait Pierre
en plein feu de l’épreuve.
D’un côté voici le pasteur aimé, soutenu,
porté par l’Église ;
de l’autre le voici seul, abandonné de l’Église.
Et nous frères et sœurs,
quel attachement avons-nous vis-à-vis des pasteurs
que le Seigneur nous donne ?
Est-ce que nous aimons nos pasteurs et prions pour eux ?
Non pas parce qu’ils nous plaisent
et que nous les considérons à notre goût,
mais parce qu’ils sont ceux que le Seigneur nous a donnés.
Non pas parce qu’ils sont parfaits et sans reproche
– Pierre ne l’était pas, loin de là ! –
mais parce qu’ils sont porteurs d’un appel
et d’une grâce particulière
qui se déploie dans leur faiblesse.
Cette fête de Pierre et de Paul
est une belle occasion
pour accueillir dans notre cœur et dans notre prière
les porteurs que le Seigneur nous donne :
le successeur de l’apôtre Pierre, l’Évêque de Rome
– lieu du martyre de Pierre –
qui préside à la charité des Églises,
Benoît XVI,
et le successeur des apôtres
à qui le Seigneur a confié son εκκλησία qui est à
Montréal.
Notre évêque Jean Claude,Archevêque parce que
Montréal
doit exercer un service d’unité vis-à-vis des
diocèses voisins;
Cardinal parce qu’il a été appelé par
l’Évêque de Rome
pour être parmi ses proches conseillers
pour le bien de l’Église toute entière.
Et on pourrait ajouter les évêques auxiliaires:
Mais aussi les prêtres et les diacres
qui sont les collaborateurs de notre évêque
pour servir tout un peuple.
Suivez tous l’évêque
comme Jésus-Christ suit son Père
écrivait Saint Ignace d’Antioche, au IIe siècle,
et le
presbytérium comme les apôtres,
quant aux diacres,
respectez-les comme la loi de Dieu.
Que personne ne
fasse en dehors de l’Évêque
rien de ce qui
regarde l’Église (cité par C.E.C. n° 896).
Oui, aujourd’hui remercions le Seigneur pour nos pasteurs
et prions pour eux !
Nous avons besoin de pasteurs :
nous avons besoin d’hommes à qui nous obéissons avec
amour,
grâce auxquels nous faisons très concrètement
l’expérience
que l’Église, nous ne pouvons nous l’approprier
comme si elle était à nous.
Il nous faut bannir de notre langage l’expression :
« mon Église ».
N’est-ce pas ce à quoi nous invite
le titre même de la lettre de Paul VI
Ecclesiam Suam
de 1964 ?
Ni le Pape, ni un évêque,
ni nous-mêmes ne pouvons dire « mon Église » !
Quel malheur ce serait pour nous
si nous façonnions une Église
qui soit selon nos goûts, nos idées,
nos modes, nos théologies changeantes…
L’Église, nous la recevons comme un don de Dieu !
Personne ne peut se
conférer à lui-même la grâce :
elle doit
être donnée et offerte,
nous rappelle le Catéchisme de l’Église catholique
(n° 875).
Cela suppose des ministres de la grâce
autorisés et habilités de la part du Christ.
De Lui, ils reçoivent la mission et la faculté
d’agir in persona Christi capitis. (id.)
Nous avons besoin d’hommes
qui manifestent la présence
du Christ-époux en face à face,
en union nuptiale,
avec l’Église-Épouse.
Nous avons besoin d’hommes
qui manifestent le Christ-tête
qui conduit dans l’amour et la vie
le corps tout entier.
Nous avons besoin d’eux
parce que nous avons besoin de Jésus !
Parce que nous vivons de Jésus
et que nous ne voulons pas être à nous-mêmes
notre propre loi, notre propre source de vie :
ce serait mourir asphyxié !
Tu es Pierre, dit
Jésus à Pierre aujourd’hui,
et sur cette pierre
je bâtirai mon Église (Mt 16,18).
C’est le choix de Jésus ;
c’est la volonté du Père ;
c’est l’œuvre de l’Esprit Saint.
L’Église est l’Église de Jésus,
et lui seul peut dire « mon Église ».
c’est Lui qui la bâtit
prenant comme pierre le fragile Simon,
et cette Église, il nous la donne
pour que nous y devenions
des hommes et des femmes de communion.
Il nous la donne pour que nous nous y donnions.
Qu’elle est belle l’Église, frères et sœurs !
Belle dans le dessein de Dieu
que nous contemplons dans la prière ;
belle dans sa réalité en perpétuelle conversion
où la grâce de Dieu se déploie dans la faiblesse
des humains.
La foi, la foi vive, ouvre nos yeux sur la beauté de
l’Église.
C’est ce que Paul VI disait en ces termes :
La conscience du
mystère de l’Église
est le
résultat d’une foi mûre et vécue.
Elle produit dans
l’âme ce « sens de l’Église »
qui
pénètre le chrétien grandi à l’école
de la Parole divine,
nourri de la
grâce des sacrements
et des inspirations
ineffables du Paraclet » (E S, Ch. 3).
Ensemble choisissons, rechoisissons
l’attitude aimante, filiale, priante des chrétiens de
Jérusalem
à l’égard de l’apôtre Pierre !
Ensemble choisissons cette obéissance
adulte et libre à l’égard des pasteurs.
Est-ce que cela fera obstacle au renouvellement intérieur
et à la conversion des pasteurs et de nous tous ?
Non, tout au contraire !
Paul VI était convaincu du contraire
et cela a porté les fruits que l’on sait.
Il écrivait en août 1964 :
l’Église
trouvera une jeunesse renouvelée
bien moins par un
changement
dans l’appareil
extérieur de ses lois
que grâce
à une attitude prise à l’intime des âmes,
attitude
d’obéissance au Christ
et du même
coup de respect des lois
que l’église
s’impose à elle-même
afin de suivre les
traces du Christ.
Là,
gît le secret de son renouveau,
là sa
véritable « conversion »,
là son
travail de perfectionnement.
La règle
morale, (…) qui toujours se caractérisera
comme « la
voie étroite » dont nous parle Notre Seigneur,
nous demandera
à nous chrétiens modernes,
autant et
même plus d’énergie morale
qu’aux
chrétiens d’hier.
Elle devra nous
trouver disposés à une obéissance
toute aussi
nécessaire que par le passé
et peut-être
plus difficile,
mais sûrement
plus admirable,
fondée
qu’elle sera sur des vues surnaturelles
plutôt que
sur des motifs d’ordre naturel.
Et Paul VI concluait cet appel
à une obéissance adulte, libre, intelligente
à Jésus et à l’Église par ces termes :
le chrétien
n’est pas un être mou et veule,
mais une
personnalité ferme et fidèle (ES, Ch. II).
Saint Pierre et Saint Paul,
pasteurs
fidèles,
devenus
obéissants jusqu’à la mort
et la mort
du martyre,
priez pour
nous,
apprenez-nous
à prier pour nos pasteurs,
afin que
nous devenions ensemble
de vrais
enfants de l’Église
qui portent
au monde l’Évangile de l’obéissance
qui est
l’Évangile du Salut,
l’Évangile
de la Résurrection.
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©
Communion de Jérusalem - 15 juin
2007
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