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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Le véritable temple de Dieu


  Vendredi 9 novembre 2007 - Dédicace de la basilique du Latran - C
  Ez 47 1…12 ; 1 Co 3, 9-11.16-17 ; Ps 45 ; Jn 2, 13-22


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 

Frères et sœurs, en ce jour où la liturgie célèbre la dédicace, l’inauguration de la basilique du Latran, la première cathédrale de l’évêque de Rome, sans doute beaucoup d’entre vous se demandent : mais qu’avons-nous donc à faire avec cette basilique romaine ? Comment mettre ensemble la parole de Paul dans  la première lecture : « Le temple de Dieu, c’est vous » ( 1 Cor, 3, 16), le geste spectaculaire de Jésus dans l’Évangile de Jean et son annonce énigmatique que le Temple sera détruit et reconstruit avec la commémoration du jour où a été inaugurée une basilique à Rome ?

Nous allons rappeler d’abord combien fut importante dans l’histoire de l’Église, l’inauguration de la basilique du Latran. Ensuite nous verrons à la lumière des lectures de la Parole de Dieu, comment l’image du Temple évoque une triple réalité, ou plutôt trois dimensions du projet de Dieu, tel qu’il se révèle en Jésus Christ.

Nous nous souvenons que cette inauguration de la basilique du Latran s’est passée à Rome, en 320 après Jésus-Christ. C’est le pape Saint Sylvestre qui a consacré cette basilique. Pour com¬prendre l’importance de cet événement, il faut se rappeler que durant les trois premiers siècles qui ont suivi la Mort et la Résurrection de Jésus, les chrétiens étaient persécutés ; c’était le temps des premiers Martyrs. À Rome, durant cette épreuve, ils se réfugiaient dans les « cavernes », les Catacombes. Les saints Mystères étaient célébrés dans ces lieux secrets.

Voici qu’arrive l’empereur Constantin au début du 4e siècle. Converti à la foi chrétienne, il soutient l’Église et lui donne de beaux bâtiments, érige la basilique du Latran pour servir de cathédrale à l’évêque de Rome et en faire comme le symbole de l’unité de l’Église Universelle. Ce statut privilégié accordé à l’Église lui permet de célébrer les Saints Mystères à ciel ouvert ! C’est à la fois une fête et une victoire étonnante de la Grâce. Mais il y a aussi des possibilités de dérives ! Quand le culte chrétien devient public, reconnu, ouvert au monde, il lui faut une intériorité plus grande encore pour résister à la tentation de faire en Église, ce qui se fait dans le monde.

Les luttes pour le pouvoir, l’accumulation des richesses, l’orgueil du savoir, voilà autant de conduites selon l’esprit du monde qui vont s’infiltrer dans les mœurs de l’Église. C’est une épreuve très sournoise parce qu’elle vient de l’intérieur ! L’évangile de la purification du Temple va demeurer toujours très actuel.

À l’occasion de cette fête, il est bon de méditer sur ce que représente pour nous chrétiens, une basilique, une église, un temple pour reprendre le mot des écritures. Dans les deux lectures, l’image du temple évoque une triple réalité, ou plutôt trois dimensions du projet de Dieu, tel qu’il se révèle en Jésus-Christ.

D’abord, pour nous tous chrétiens, le lieu premier de la rencontre de Dieu, c’est le Christ : il est notre véritable Temple. Dans l’Évangile de Jean, Jésus chasse les vendeurs et les changeurs du Temple de Jérusalem, en les accusant d’avoir transformé la maison de Dieu, son Père, en une maison de trafic. Ce Temple est appelé à être une maison de prière pour toutes les nations, selon le texte parallèle de l’Évangile de Marc. Dans le passage que nous venons de lire, Jésus ajoute que le véritable temple, c’est son Corps.
 
Tel est bien, en effet, le mystère central de cet épisode. Le Corps de Jésus, c'est-à-dire non pas seulement sa chair, mais sa Personne vivante et bien concrète, est désormais le seul lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes, entre Dieu et ceux qui l'adorent en vérité (Jn 4,24) ; ce Corps est le lieu où Dieu se fait proche et où l'homme s'approche de Dieu, parce que justement il est le corps de l'Homme-Dieu.

C'est bien lui, Jésus Christ, en effet, qui est pour nous le Temple de la nouvelle alliance ; c'est par lui et en lui que nous avons accès auprès du Père (Ep 2,18) et que le Père vient au-devant de nous. C'est lui qui, conjointement avec le Père, nous envoie chaque jour l'Esprit qui fait vivre. Il est l'unique médiateur (1 Tm 2,5). Lui seul fait remonter vers Dieu notre prière unanime et notre sacrifice quotidien. Lui seul renverse sur le monde et en chacun de nous « la plénitude dont il est rempli  » (Ep 1,23), c'est-à-dire la force de sanctification concentrée pour toujours dans sa Personne.

Ce Temple-là, ce lieu où Dieu rencontre l'homme, personne ne pouvait et personne ne pourra jamais le détruire, et Dieu le Père l'a signifié solennellement au monde en ressuscitant son Fils le troisième jour. « Aussi, ajoute l'évangéliste, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite. » La résurrection, en effet, authentifiera les actions du Christ et son message; elle proclamera que Jésus était vraiment l'Envoyé du Père, et que « Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde » (2 Co 5,19).

Le temple, c’est ensuite et aussi l’image de l’Église. Le corps vivant du Christ aujourd’hui, c’est l’Église : non pas seulement l’Église catholique romaine, mais la grande Église, dont les diverses Églises chrétiennes sont les fragments dispersés. Le temple évoqué par le prophète Ézéchiel est l’image de cette Église. Du temple coule une source qui devient torrent, puis fleuve, et descend vers la Mer Morte, cette mer qui porte ce nom parce que ses eaux sont tellement salées que rien ne peut pousser sur ses bords. Et voici que ce lieu devient verdoyant, plein de vie. Les Églises sont appelées par Dieu à être dans le monde porteuses de vie.

Enfin, il y a cette troisième dimension que cette fête évoque. On la retrouve dans la première lettre de  Saint Paul aux Corinthiens : « Vous êtes le temple de Dieu... le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. » Vous êtes le temple de Dieu, dit-il, parce que l’Esprit de Dieu habite en vous. (1 Cor, 3, 16).  Par son Esprit, Dieu est à l’œuvre parmi nous et en nous. Depuis le Concile de Vatican II, nous savons que Dieu agit librement dans l’Église et au-delà des frontières des Églises : l’humanité est la maison que, peu à peu, Dieu se construit par son Esprit, cette maison dont nous sommes des pierres vivantes.

Et en ce sens, nous dit saint Paul, nous sommes tous et chacun temple de Dieu, et le temple de Dieu est sacré. Et Paul est tranchant dans son expression : « Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. » (3, 17) Tout être humain est sacré. Comme disciples du Christ, comme membres de l’Église, nous sommes appelés à être témoins de cette dignité de toute personne humaine. Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat : toutes les institutions sont faites pour l’homme, y compris l’économie. Il nous faut être porteurs de cette préoccupation permanente : comment humaniser nos institutions, l’école et l’hôpital, l’administration et l’entreprise, et le système financier ? Nécessaire préoccupation politique, mais aussi humble pratique quotidienne à notre niveau propre de responsabilité, afin de commencer à faire de notre humanité, ici et maintenant, une demeure pour Dieu.

Être le temple de Dieu, c’est aussi la vie de tous les jours, la délicatesse dans l’attention à l’autre, quel qu’il soit, proche parent ou ami, voisin, collègue de travail. Quand Jésus rencontrait un malade, un homme ou une femme écrasé par la culpabilité, un pauvre, un riche centré sur lui-même, le cœur était touché et s’ouvrait, et Dieu se faisait tout proche comme un rayon de soleil éclairant l’existence. Le Christ nous fait don de son Esprit : chacun d’entre nous, s’il s’ouvre à cet Esprit, peut être un peu ce temple où l’autre peut venir s’arrêter, être accueilli en se sentant chez lui, maison ouverte pour la rencontre et pour la prière.

Ainsi pourrons-nous être des pierres vivantes de cette demeure à construire, en cherchant à vivre ensemble heureux dans les différences et dans le respect des cultures, et nous construirons peu à peu la maison de Dieu, tout en tissant des liens de communion entre nos frères et sœurs humains, de toutes les Églises.



 © Communion de Jérusalem - 14 novembre 2007