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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Mgr At-Antoine
 
La grande espérance 

 
Dimanche 9 mars 2008 - 5e dimanche de Carême - A
  Ez 37, 12-14 ; Ps 129 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45


  Homélie de
Mrg Jude St-Antoine



Le retour de Lazare à la vie est le signe le plus grand de Jésus, préfigurant sa Passion et sa Résurrection. C'est autour de ce signe que se déroule le récit rapporté par l'évangéliste saint Jean. C'est par rapport à ce signe que Marthe et Marie et chacun des témoins sont appelés à faire des choix.

« Un homme était tombé malade » : Lazare, le frère de Marthe et de Marie. L'une et l'autre sont aimées de Jésus ; elles envoient l'informer de la maladie de leur frère. Mais Jésus ne semble pas presser d'intervenir. Quant aux disciples, ils ne comprennent pas trop l'attitude de leur Maître et encore moins ses paroles :

« Lazare, notre ami, s'est endormi; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil (Jn 1,11) ...pour que vous croyiez (15). ». Il peut donc « s'éveiller» s'il entend la voix de Jésus! Rassurés, les disciples sont prêts à suivre Jésus à Jérusalem : « Allons et mourons avec lui (16) », déclare Thomas.

À son arrivée à Béthanie, Marthe va à la rencontre de Jésus et elle lui dit sa confiance : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort (21) ». Jésus présent, la mort ne peut l'emporter. Aussi, « Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas (22) », une affirmation qui contient une demande. Cet homme de Dieu est capable de faire vivre, à l'instar des prophètes. C'est la foi du juif croyant. À celle qui sait que son frère ressuscitera à la résurrection au dernier jour (24), Jésus se présente comme la résurrection et la vie, une affirmation qui dépasse le savoir et à laquelle Marthe souscrit en croyante : « Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu (27) ». Jésus est reconnu comme celui qui fait vivre, à l'image de Dieu lui-même. Marthe comprend par la foi qu'en Jésus, c'est Dieu qui est présent parmi les vivants. Elle confesse Jésus dans ce qu'il est : le Messie de Dieu et le Fils de Dieu. Ici, ce n'est plus seulement Lazare qui est concerné mais tout homme vivant et croyant en Jésus (cf 25). Aussi « croire la résurrection… (c’est) croire que la relation nouée avec le Christ introduit dans une vie qui ne finit pas » (Daniel Marquerat)

Après l'émotion et les pleurs autour du tombeau de Lazare, Jésus, dans la prière, s'adresse au Père à qui il manifeste sa confiance et sa certitude d'être entendu. C'est le Seigneur qui exerce son autorité devant les témoins : « Enlevez la pierre (39) ...déliez-le et laissez-le aller (44) ». Jésus arrache Lazare à la mort et il le renvoie dans la vie. La pointe du récit est atteinte dans la confession de foi de Marthe : Lazare s'est « réveillé » parce qu'il a entendu la parole de Jésus.

Bien au delà de la résurrection de Lazare qui anticipe en quelque sorte la mort et la résurrection de Jésus, s'ouvrent des horizons encore plus vastes et plus beaux qui est la promesse de Jésus à la vie éternelle. C'est l'espérance chrétienne. Dieu n'est pas insensible à la souffrance humaine. Il sait compatir avec nous dans la chair et le sang, en acceptant de se faire homme et de souffrir avec nous. Parce que nous avons du prix à ses yeux, Jésus est entré dans notre souffrance pour la partager et compatir avec nous. Dieu lui-même apporte la consolation de l'amour. Aussi, dans les épreuves les plus cuisantes, peut naître l'espérance : une espérance qui va au delà de la bienveillance de nos proches et de l'espoir de guérison dont nous avons besoin, mais qui s'avère insuffisante dans les situations extrêmes où il faut envisager dans la vérité l'inévitable. La grande espérance, nous rappelle Benoît XVI, est nécessaire pour franchir dans la vérité, sans tricher, le seuil de la mort.

Le progrès de la science apporte le pouvoir de limiter la souffrance et nous avons le devoir d'en tenir compte, pour la combattre et éviter d'en être victimes. Mais il ne nous est pas toujours possible de l'éliminer totalement. Là où nous chercherions à nous y soustraire au dépend de la Vérité et de l'Amour, nous risquerions de nous enfoncer dans une existence vide où disparaîtrait toute trace de sens. Nous avons la capacité de vivre avec la souffrance et de mûrir avec elle, si nous y trouvons un sens. C'est ce que Jésus a voulu nous apporter, en nous invitant à nous unir à lui dans sa propre souffrance, avec l'amour même qu'il a pour nous : « crois-tu cela ? (26) », a-t-il lancé à Marthe.
Comme le Christ l'a fait pour ses amis, nous pouvons contribuer à soulager la souffrance, en cherchant à la partager et à la porter intérieurement, en y découvrant un sens, « un chemin de purification et de maturation », un chemin d'espérance, nous redit le Pape : « Accepter l'autre qui souffre signifie... assumer... sa souffrance  », comme si elle devenait la mienne. Et « parce qu'elle est devenue souffrance partagée, dans laquelle il y a la présence d'un autre, cette souffrance est pénétrée par la lumière de l'amour ». Le souffrant n'est plus seul dans sa souffrance, il n'est plus enfermé en elle, il connaît la « consolation » d'un autre qui vient combler sa solitude.

En partageant ainsi la souffrance d'un autre, j'accepte de sacrifier mon bien-être, mon confort et mon intégrité à l'amour du bien, de la vérité et de la justice. Je contribue à faire croître et grandir l'humanité. En cherchant à aimer l'autre, à sortir de moi-même, de mon égoïsme, de ma petite vie, je fais l'expérience à mon tour de la souffrance, parce qu'il n'y a pas de renoncement sans douleur. Mais, en même temps, si elle est vécue avec amour, si elle est portée avec le Christ souffrant dans sa passion et sa mort, elle est source de joie et de résurrection.

Pour arriver à saisir le sens du récit de notre évangile qui est la profession de foi de Marthe : « Oui, Seigneur, tu es le Messie...le Fils de Dieu », il nous faut réentendre en même temps la déclaration de Jésus : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra : et tout homme qui vit et croit en moi, ne mourra jamais...Crois-tu cela ? (Jn 11, 25-26) » C'est la grande espérance que nous promet Jésus, reliée à sa mort et à sa résurrection : une espérance rivée à notre désir le plus profond, qu'aucune autre promesse ne peut assouvir : voir Dieu dans sa gloire et vivre éternellement avec Lui. C'est le souhait que nous fait l'Apôtre ce matin : « Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous...il donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous (Rm 8,11) ». C'est aussi l'annonce que nous en fait le Prophète : « Je vais ouvrir vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple, je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez (cf Ez 37, 11-14) ».
Que cette réflexion, dans notre montée vers Pâques, nous rende plus compatissant à la souffrance des autres et ouvre nos cœurs à « la grande espérance ».

Amen.



 © Communion de Jérusalem - 22 mars 2008