sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Patrick     Tu es toute Graciée, Gracieuse !

Jeudi, 20 décembre 2007 - Férie majeure : « Ô Clef de David, sceptre de la maison d’Israël »
Is 7, 10-16 ; Ps 23 ; Lc 1, 26-38


Homélie du frère Patrick, fmj


Que se passe-t-il aujourd’hui ?

Qu’est-ce qui se trame
dans le dialogue de l’ange et de la jeune fille ?

La scène a été si souvent peinte,
avec tant de génie,
parfois dans l’harmonie et la douceur,
que la mémoire de l’image
nous contente et nous tient lieu de compréhension.
La dévotion, la théologie et la spiritualité
ont tant et tant discouru, commenté, échafaudé
sur ces quelques versets
que les pré-conceptions qu’elles nous fournissent
nous tiennent lieu de perception.

Oublions le « déjà vu », le « déjà su ».
Revenons au texte de Saint Luc.
Laissons-le nous lancer dans la contemplation.
Il suscite tant l’admiration
cet étonnement du cœur qui retentit sur le regard,
pour le purifier ;
sur la mémoire, pour l’assainir ;
sur l’intelligence, pour la féconder ;
sur la volonté, pour la presser vers le bien.

Arrêtons-nous seulement sur trois choses. 
D’abord le nom donné par l’ange à Marie,
au début de la scène.
Ensuite, le nom que Marie se donne,
à la fin de l’épisode.
Enfin, la raison de ces deux dénominations,
qui est l’œuvre de Dieu,
mission pour Marie.

Quand l’ange salue la Vierge,
nous savons déjà que son nom est Marie.
Mais ce n’est pas sous ce nom que Gabriel l’interpelle.
Il la nomme Comblée-de-grâce (Lc 1,28).
Dans l’original grec, un mot suffit : « Kékaritôménè ».
La langue grecque permet de ramasser en un mot unique
ce qui ne peut être pleinement signifié en français
que par deux phrases.
« Kékaritôménè » signifie
« toi qui as été remplie de grâce
et qui demeures remplie de grâce ».
Ce nom signifie l’immensité d’un don déjà fait,
actuellement transmis
et activement gardé.
On pourrait traduire ce nom, comme un prénom double :
« Graciée-Gracieuse ».
La salutation de l’ange serait ainsi :
« Salut ! Joie et grâce sur toi, ‘Graciée-Gracieuse’.

C’est le nom sous lequel Dieu la connaît.
Pour les hommes, pour les habitants de Nazareth,
elle est Marie.
Pour la Sainte Trinité,
elle est Comblée-de-grâce,
elle s’appelle Graciée-Gracieuse.
C'est-à-dire que toute la faveur divine est vers elle.
Dieu dit d’elle « ma plaisance », « ma préférée »,
« ma toute belle », « ma colombe, ma parfaite »,
«mon amie», « ma sœur ».

De son côté, elle se présentera elle-même à l’ange
sous un autre nom.
Elle dira d’elle :
« Je suis la servante du Seigneur (Lc 1,38) ».
En grec, pour « servante »,
le texte donne « doulè ».
Le féminin de « doulos » qui veut dire esclave.
Elle dit, dans tout le réalisme 
du statut des esclaves dans l’antiquité romaine :
« Je suis la chose du Seigneur.
Je suis son outil.
Je suis sa propriété.
Tout mon travail Lui revient. »
Mais, dans un sens plus sémitique,
en se disant servante du Seigneur,
elle se déclare « ministre du roi »,
«vassale du souverain ».
En termes cultuels, «  servante du Seigneur »
veut dire adoratrice de Dieu,
dévouée au culte du Seigneur,
prophète de sa Parole.
Enfin, en termes messianiques,
elle se range du côté du mystérieux serviteur de Dieu,
« ébèd Adonaï » en hébreu,
cet élu de Dieu qu’Isaïe voit souffrir pour la multitude.
« Je suis la servante du Seigneur » :
« idou è doulè kurion ».
Telle est la déclaration d’identité
que Marie fait sur elle-même.

Dieu la connaît comme « Graciée-Gracieuse ».
Elle se reconnaît comme esclave,
ministre, adoratrice, prophétesse, liturge, martyre.
« Je suis la servante du Seigneur ».

Qu’est-ce qui relie ces deux noms,
l’un descendu du Ciel,
l’autre prononcé de la Terre ?

Une œuvre de Dieu,
qui est une mission pour la Vierge :
« Tu as trouvé grâce auprès de Dieu (Lc 1,30) ».
Cela a déjà été dit à propos de quelqu’un.
À propos de Noé, mis-à-part
pour être la souche d’une humanité renouvelée,
sauvée du déluge.
Noé fut élu parce qu’il avait trouvé grâce auprès de Dieu.
« Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » entend Marie.
Elle entend par là l’intention de Dieu de recourir à elle
pour une re-génération du monde terrestre,
pour un renouvellement du genre humain,
pour une élimination du péché par un déluge
dont elle ne connaît pas encore la forme.
« Tu as trouvé grâce auprès de Dieu,
et tu enfanteras un fils.
Tu l'appelleras du nom de Jésus. (Lc 1, 31) » 
C’est en raison de cela que tu as été comblée de grâce
et que tu demeures comblée de grâce,
« ô Graciée-Gracieuse ».
Pour que cette œuvre de Dieu,
si tu le veux bien,
se fasse en toi pour la vie du cosmos et du genre humain.
« Oui, je veux bien, dans la foi », répond la Vierge,
« c’est pourquoi, ô mon Dieu,
je me nomme devant toi ta servante,
ton esclave, ta chose, ton ministre,
ton adoratrice, ta prophétesse, ta liturge et ta martyre » :
« qu’il me soit fait selon ta parole (Lc 1,38) ».


 © Communion de Jérusalem - 22 janvier 2008