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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  Faisons notre crèche de Noël

  Samedi, 22 décembre 2007 - Férie Majeure : « Ô Roi des nations, objet de leur désir »
  1 S 1, 24-28 ; 1 S 2, 1,8 ; Lc 1, 46-56


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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À deux jours de Noël,
il est temps de faire notre crèche –
notre crèche spirituelle !
Quels sont donc les ultimes préparatifs
pour recevoir le Roi des nations (Jr 10,7),
le Désiré des peuples et des rois ?

En premier lieu, du silence.
Le mystère de l’Incarnation n’éclot pas dans le bruit.
À l’enfant qui vient,
nous allons offrir le silence de notre cœur.
Silence, toute chair, devant le Seigneur,
car il se réveille en sa sainte demeure ! (Za 2, 17)
Silence parce qu’il est Verbe !
Que notre esprit, notre âme, notre chair fassent silence
pour que le Verbe puisse se dire tout entier en nous,
et par nous !
Silence pour écouter le Verbe
qui se rend présent dans la chair.

Il faut aussi, pour notre crèche spirituelle,
consentir à la nuit.
Le mystère de Noël jaillira dans la nuit.
Il nous faut consentir à ne pas tout voir,
à ne pas tout comprendre.
Le venue du Seigneur appelle notre foi,
elle la demande.
L’intelligence doit se dépouiller
de trop de lumières artificielles
pour chercher dans la nuit
le logis de l’Emmanuel.
La lumière de notre crèche, ce sera la foi !

Dans cette silencieuse pénombre,
il nous faut alors nous faire proche,
très proche de Marie.
Nous mettre à son école.
Que nous apprend la Vierge enceinte ?
L’Évangile de ce jour nous le dit
en nous dévoilant le cri de son cœur
qu’est le Magnificat !

Marie nous y dévoile ce qui doit tapisser,
ce qui doit habiller notre crèche : la joie !
Car en Marie triomphe la joie.
« Mon âme exalte le Seigneur
Mon esprit exulte de joie
en Dieu mon Sauveur ! » (Lc 1,46)
La tonalité du Magnificat est un éclat de joie.
« Qu’on soit dans la jubilation
et qu’on se réjouisse de siècles en siècles
de ce que je vais créer Jérusalem.
Joie et son peuple allégresse (Is 63,18) » prophétisait Isaïe.
En Marie sont les prémices de ce peuple exultant
devant la nouvelle création
qui germe dans l’histoire.
Notre crèche spirituelle trouve là son climat :
la joie, l’allégresse du cœur.
La liturgie le proclame dans la deuxième Préface de l’Avent :
« C’est lui, Jésus, qui nous donne
la joie d’entrer déjà dans le mystère de Noël
pour qu’il nous trouve, quand il viendra,
vigilants dans la prière et remplis d’allégresse. »
Nous n’attendons pas Noël pour entrer dans la joie !
La certitude de la nouvelle venue de Jésus dans notre histoire
nous met déjà en joie
et nous ouvre ainsi au débordement d’allégresse
qui éclatera dans la nuit de Bethléem !
Voilà ce dont doit être parée notre crèche intérieure !

La crèche spirituelle ne s’arrête pas là.
Marie, dans son Magnificat,
nous enseigne aussi la dimension de la crèche !
Marie ne se limite pas à regarder
ce que la naissance du Fils de Dieu sera pour elle ;
Elle contemple déjà l’ampleur de cet avènement d’Amour.
Cet avènement est pour tous,
pour les puissants et pour les humbles,
pour les riches et pour les affamés ;
il est pour aujourd’hui et pour toutes les générations !
C’est pourquoi notre crèche doit être très grande.
Ce n’est pas une petite crèche pour nous tout seuls !
Marie nous apprend à dilater notre désir,
à désirer la venue de Jésus
pour tous les humains,
pour les plus riches et les plus pauvres,
pour les croyants et les incroyants,
pour toutes les générations et tous les horizons !
Oui, rien ne nous brûle plus
que le désir que tous
– jusqu’aux apostats amères des temps modernes –
accueillent l’Enfant
qui vient nous offrir le Salut en s’offrant à nous.
Voilà pour la largeur.

Et la profondeur ?
Là aussi Marie nous aide en son Cantique !
Le Magnificat n’est pas posé sur la terre
comme un pot de fleurs.
Il a des racines,
des racines très profondes dans la mémoire d’Israël,
dans la mémoire des merveilles de Dieu.
Il s’enracine dans le Cantique d’Anne
qui offre à Dieu l’enfant né dans la stérilité.
Ses racines vont même jusqu’à Abraham
car Marie proclame que Dieu
se souvient de sa miséricorde
comme il en a parlé à nos pères
en faveur d’Abraham
et de sa semence pour l’éternité (Lc 1, 54-55).
Notre crèche doit s’enraciner dans l’Histoire Sainte,
c'est-à-dire dans l’histoire des promesses de Dieu
dont Saint Joseph est le précieux garant.
Celui que nous attendons apporte certes toute nouveauté
mais il le fait en accomplissant
tout ce que Dieu a promis dans le passé.
La profondeur de notre crèche sera la mémoire,
la mémoire d’Israël,
la mémoire de l’Église,
la mémoire de notre propre histoire sainte.
Ce que le Seigneur nous a promis dans notre histoire
va trouver dès ce lundi soir un nouvel accomplissement !
Voilà pour la profondeur.

Et la hauteur ?
Suffira t-t-il d’un petit bout de place dans notre cœur ?
Oui parce que l’Enfant est si petit !
Mais non, parce que, comme Marie nous l’enseigne,
il vient tout mettre sens dessus dessous !
Il disperse ceux qui s’enorgueillissent
dans les pensées de leur cœur.
Il descend les puissants des trônes
et il élève les humbles
– à commencer par Marie et Joseph.
Ceux qui ont faim, il les comble de biens
et les riches il les renvoie vides (Lc 1, 51-53).
Notre crèche spirituelle est un oui à ces renversements !
Un oui à ce que fera l’Enfant,
à ce que sera l’Enfant !
Un oui à la nouveauté qu’il apporte en ce Noël 2007
car les tendresses de Dieu ne sont pas épuisées
et le Verbe n’est pas à court d’idées !
Il ne cesse pas d’être un signe de contestation
pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël (Lc 2, 34).

Une crèche silencieuse,
illuminée par la foi,
tapissée de joie.
Une crèche large comme le monde,
bien haute pour permettre à l’Enfant de nous surprendre,
bien profonde pour nous porter le véritable accomplissement.
Alors il ne reste plus qu’à trouver une mangeoire
c’est à dire à donner notre cœur.


 © Communion de Jérusalem - 29 décembre 2007