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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Mon image de Jésus


  Vendredi 28 septembre 2007 - 25e Sem. du Temps ordinaire - C
  Ag 1, 15b à 2,9 ; Ps 42 ; Lc 9, 18-22


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 


Ce soir, la liturgie nous offre l’occasion de réfléchir sur notre façon de voir Jésus, de nous le représenter. Il vient nous interpeller pour que nous prenions position et acceptions de modifier l’image que nous avons de lui.

En effet, Luc nous raconte qu’un jour Jésus a perçu, dans la prière, que le moment était venu de poser à ses disciples la question décisive : Pour vous, qui suis-je ?

Question capitale pour nous également ! Et puisque Jésus nous parle réellement quand sa Parole est proclamée dans la liturgie, nous avons à entendre, personnellement et communautairement, son interrogation. C'est un moment de lucidité et de courage, mais qui peut être très pacifiant et source de joie.

En m’appliquant personnellement la question de Jésus, « Pour toi, qui suis-je ? » je me suis rendu compte que sur le coup, je ne sais pas trop quoi répondre. Avec ma tête, je peux dire beaucoup de belles choses sur Jésus. Je sais qu’il est né à Bethleem en Judée, a bien parlé, qu’il a souffert et est mort sous Ponce Pilate et qu’il est ressuscité. Mais la question de Jésus : « pour toi, qui suis-je », fait appel à l’expérience que j’ai de lui, expérience qui évolue au fil des ans. Qu’est-ce que mon cœur dit de lui aujourd’hui ? La réponse qui est remonté le plus souvent de mon cœur: Pour moi, Jésus est le Fils Bien-Aimé du Père, qui me sauve par sa miséricorde. Je suis disciple du crucifié ressuscité

Alors ce soir, je vous invite à accueillir personnellement, avec votre cœur, vous aussi la question de Jésus : « Toi, que dis-tu ? Pour toi, qui suis-je ? » Aujourd'hui, en cette fin de journée ; aujourd'hui, en ce tournant de tes trente ans, de tes quarante, de tes soixante ans, pour toi, qui suis-je ? Que je sois dans ta vie, que je sois venu t'appeler, qu'est-ce que cela change à ton regard sur les événements et les personnes ? Qu'est-ce que cela crée dans ton cœur ? Quel cheminement cela ouvre-t-il ? Quel élan cela suscite-t-il ? »

Je vous propose de prendre une minute de réflexion en silence et d’accueillir la question de Jésus. Ensuite de partager la réponse qui monte en vous, de la partager en une phrase à votre voisin ou voisine.

Chacun et chacune a sa réponse et chaque réponse est une image, une façon de se représenter Jésus. Les contemporains de Jésus se faisaient eux aussi une image de Jésus ; nous les avons entendus dans l’évangile de ce soir. Comme ils avaient, eux, Jésus sous les yeux, à portée de leur sens, il est déjà intéressant de remarquer que personne n’a répondu tout bonnement : « Mais, Jésus, c’est le nazaréen, le fils de Joseph. ! »

Même pour ceux qui pouvaient le voir, le toucher, l'entendre, Jésus a fait image. Quelle image ? Pas n'importe laquelle ! Jean Baptiste, le grand prophète du désert, ou Élie, le mystique qui fut emporté par un char de feu, en tout cas, curieusement, quelqu'un du passé, mais tourné vers l'avenir. Un prophète d'autrefois.

Et devant l’insistance de Jésus, Pierre a lancé une étonnante réponse : le Messie de Dieu. Après cette réponse de Pierre, Jésus lui défend même sévèrement de la diffuser à qui que ce soit. Pourquoi ?

Parce même dans les images comme celle de prophète ou de messie, il y a grand risque de passer à coté de sa véritable identité. Alors Jésus invite Pierre et ses disciples à se défier de leurs images et à s’ouvrir à une nouvelle facette de sa personne, qu’il veut leur annoncer : à savoir que le messie de Dieu est d’abord et avant tout le Fils de l’Homme.

Pour le connaître vraiment, il les invite à se tourner vers l’homme. Il le répétera à plusieurs reprises : “Ce que vous faites, ou refusez, au plus petit parmi les hommes, c'est à moi que vous le faites, ou le refusez” (cf Mt 25,40). Il les invite à découvrir son vrai visage quand il sera éprouvé, quand il souffrira beaucoup, quand il sera incompris, rejeté par les religieux et mis à mort.

À nous ce soir, il nous dit : « Allez vers les hommes et les femmes qui souffrent pour me découvrir. Ne dites pas trop vite que je suis un grand prophète ou, comme Pierre, le Christ de Dieu. Ne le dites trop vite parce que cela vous arrange. »

C’est vrai, on attendait bien au temps de Jésus et peut-être encore aujourd'hui, un messie triomphant, un prophète prestigieux, un roi conquérant, comme le jour des Rameaux. Un Dieu qui remettrait tout en ordre, tout-puissant et prêt à nous faire profiter de cette puissance pourvu qu'on le serve comme il faut, qu'on fasse bien ce qu'il dit. « Je ne suis pas ce Dieu la, nous redit Jésus ce soir, ca c’est le Dieu païen, le Dieu magicien ; Celui là je l’ai écarté définitivement lors des trois tentations dans le désert. »

Quand nous suivons Jésus jusqu’à la croix, nous voyons bien qu’en lui meurt à jamais l'orgueil, la puissance dominatrice, l'injustice et toutes les images des faux dieux. En lui advient la tendresse, le pardon, le service, l'humilité, la miséricorde.
 
C'est en suivant ce Christ là, sur les mêmes chemins, sans nous tromper sur son identité, que nous trouverons la vie. C'est en perdant notre vie COMME il a perdu la sienne que nous pourrons nous sauver, et c'est pourquoi dans l'Évangile de ce soir Jésus ne parle pas seulement de souffrance et de mort mais aussi de Résurrection.

Ce soir, bénissons le Père de nous révéler lui-même le vrai visage de Jésus et prions-Le de ne pas nous laisser enfermer dans nos images, nos façons de nous représenter Jésus. Il est toujours au-delà de ce que nous pouvons en dire.


 © Communion de Jérusalem - 2 octobre 2007