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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Le nourricier et la
nourricière
Samedi, 6 octobre 2007 - Saint Bruno, fondateur des Chartreux –
Année C
Ba 4, 5-12.27-29 ; Ps 68 ; Lc 10, 17-24
Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj
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Le contexte du passage du prophète Baruch
que nous avons entendu
est un contexte dramatique.
Le peuple de Dieu est désormais un peuple exilé
sans terre ni temple, ni culte, ni roi.
C’est un peuple qui s’est coupé de Dieu
en basculant dans l’idolâtrie
et qui fait dès lors
l’expérience de la colère
de Dieu,
c'est-à-dire de l’aridité,
de la tristesse, de la solitude
de quiconque se coupe de son Créateur.
Dans ce contexte douloureux apparaît une femme.
Une femme dont Baruch nous dit
qu’elle est la nourricière de tous,
hommes et femmes d’Israël ;
celle qui les a élevés.
Elle est la nourricière
et le nourricier n’est autre que Dieu :
Vous aviez
oublié
le Dieu
éternel votre nourricier !
Vous avez aussi
attristé
Jérusalem
votre nourricière (Ba 4,8).
Voici qu’émerge donc une figure féminine,
une femme, une mère.
Elle est Jérusalem,
mais elle ne s’identifie pas
avec le peuple de Jérusalem
quand il est en exil.
Elle en est la mère.
Une mère généreuse
qui a nourri avec joie ses enfants
(4,11).
Une mère croyante, absolument fidèle à Dieu,
qui exhorte ses enfants exilés
à crier vers Dieu (cf
4,21 et 27)
et qui elle-même proclame
qu’elle criera vers l’Éternel
tant qu’elle vivra
(cf 4,20).
Elle est une mère douloureuse
qui subit la solitude
pour les péchés de ses enfants,
mais elle est plus encore
une mère débordante d’espérance
qui a la certitude que Dieu lui rendra
ses enfants
pour toujours dans
la joie et la jubilation (cf 4,23).
Elle a confiance dans le salut qu’elle pressent
car une joie lui
est venue du Saint pour la miséricorde
qui bientôt rejoindra ses enfants (cf 4,22).
Elle sait qu’elle ne peut par elle-même
sauver ses enfants.
« Comment pourrais-je vous
aider ? (4,17) » dit-elle.
Mais elle sait que Dieu arrachera ses enfants
aux mains de ses
ennemis (cf 4,18).
*
Frères et sœurs, qui donc est cette femme ?
Elle est Jérusalem,
mais pourtant elle n’est pas un territoire, fut-il sacré
et encore moins des maisons vides et en ruines !
Est-ce simplement une image ?
Mais elle est plus qu’une image
parce qu’elle est une personne
qui prend la parole
une personne croyante
en vis-à-vis confiant avec le Dieu d’Israël,
et même une mère !
Comment comprendre ce mystère
qui traverse bien des textes prophétiques
et qui émerge avec autant de beauté
et de clarté chez Baruch ?
La réponse nous vient – comme souvent –
du Nouveau Testament qui projette
sur le Premier Testament la lumière qu’il attendait.
Avec le Mystère pascal de Jésus
apparaît aussi une figure féminine,
une femme, une mère.
Celle qui est au pied de la Croix
consentante, croyante, en pleine offrande de soi,
qui devient Mère de tous les exilés que nous sommes.
En disant cela nous parlons de Marie
et à travers elle, nous parlons de l’Église.
Cette Église que Paul présente explicitement
comme femme et comme épouse
puisqu’il parle du Christ et de l’Église
comme de l’Époux et de l’Épouse (cf Ep 5,21-33).
Pour Paul encore, à la Première Alliance
correspondait la Jérusalem esclave avec ses enfants
tandis qu’à l’Alliance nouvelle et éternelle
correspond la Jérusalem
d’En-haut
qui est libre et qui est notre Mère (cf Ga 4,24-26).
La femme évoquée par le prophète Baruch,
cette Jérusalem, mère des exilés,
qui les enfante et les nourrit,
c’est bien la figure de l’Église
qui elle-même est une personne.
Mais l’Église qui est communion
d’une multitude de personnes,
– d’une multitude d’exilés réconciliés –
est-elle une personne ?
« Qui est l’Église ? »
s’interrogeait Urs von Balthasar.
C’est Bossuet qui nous aide à répondre
lorsqu’il affirme :
L’Église c’est Jésus-Christ
répandu et
communiqué (1)
et c’est pour cela qu’elle est une personne.
L’Église n’est pas seulement
une corporation
fondée par le Christ
commente le sulpicien Maurice Vidal, mais
le Christ (2).
L’Église est une personne parce qu’elle est le Corps du Christ,
parce qu’elle est l’Épouse du Christ.
Avec Baruch nous découvrons ainsi
le visage bouleversant
d’une femme qui nous enfante
à la liberté,
à la foi,
à l’espérance,
qui n’est autre que l’Église.
L’Église qui ne prétend pas nous sauver
mais qui nous proclame
que Dieu nous sauve,
que Dieu nous arrache
aux mains de nos
ennemis (4,21)
comme le prophétisait Baruch.
*
Frères et sœurs, lorsque nous découvrons
ce mystère de l’Église,
nous exultons de joie.
Ce mystère, parce que c’est le mystère du Royaume
qui s’accomplit parmi nous,
Jésus nous dit que Dieu le
cache bien
à des sages
et des savants,
mais qu’il le révèle
à des tout-petits.
Les tout-petits dans le cœur
– qui peuvent être de grands savants
comme le chancelier d’université
qu’était Saint Bruno –,
découvrent et s’enamourent de l’Église
qui rassemble maternellement
les pauvres pécheurs exilés que nous sommes,
mais qui est sainte par son espérance,
qui est sainte parce qu’elle est croyante,
parce qu’elle a la certitude
que Dieu comblera ses enfants pour toujours
dans la joie et la
jubilation.
Oui qu’elle est belle l’Église
avec ses foules de baptisés – exilés
réconciliés –
et parmi eux ses serviteurs
qui sont les ministres ordonnés !
Qu’elle est belle
avec la multiplicité des charismes qui l’ornent
comme une
Épouse parée pour son époux (Ap 21,2),
et nous pensons aujourd’hui
à Mère Marie-Rose (Durocher) fondatrice des sœurs
des Saints Noms de Jésus et de Marie
fêtée également en ce jour.
Qu’elle est belle l’Église dans sa maternité
elle, la nourricière
de tous les peuples,
à qui elle donne la vie – la vie éternelle –
par le baptême,
à qui elle offre le pain,
le pain de la Parole, le pain pour le corps,
et plus encore le Pain de l’Eucharistie.
Qu’elle est belle cette Église
à qui Jésus a confié sa victoire
sur toutes les forces du mal (cf Lc 10,19)
et qui apprend de lui
à ne pas se regarder elle-même dans ses succès,
mais à regarder vers le Ciel où,
par la grâce du Dieu nourricier
(Ba 4,8)
qui nous donne le Pain vivant,
nos noms sont inscrits pour l’éternité (cf Lc 10,20).
________
1. in Lettre sur le Mystère de l’unité de
l’Église.
2. in BALTHASAR, Hans Urs von, Qui est l’Église?, Saint-Maur,
Socomed Médiation - Éditions Parole et Silence (coll.
« Cahiers de l’École Cathédrale », 45), 2000,
126 p. (présentation et traduction par Maurice Vidal).
Introduction, page 15.
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©
Communion de Jérusalem - 16 octobre
2007
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