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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem






J-M Poffet

  L’humilité vraie, c’est le courage du service

  DImanche - 2 septembre 2007 -
22e Dimanche du Temps ordinaire – Année C
 
Si 3, 17-18.20.28-29 ; Ps 67 ; He 12, 18-19.22-24a ; Lc, 14, 7-14

  Homélie du père Jean-Michel Poffet, o.p.
  Directeur de l’école biblique et archéologique française de Jérusalem




Mon fils, accomplis toute chose dans l'humilité (Si 3,17) ...
Plus tu es grand, plus il te faut t'abaisser (18).
Et encore : Ne recherchez pas les premières places, (cf Lc 14,8)
qui s'élève sera abaissé (11).

Reconnaissons-le, chers frères et sœurs,
nous avons souvent un problème
avec ce vocabulaire de l'humilité.
Très vite nous l'entendons
en clé d'humiliation, de dévalorisation
–  et on n'aime pas ça –
et sans cesse on nous dit que, ma fois,
c'est la religion chrétienne qui a fait cela :
rabaisser l'homme,
lui courber la tête dans la poussière.
Ajoutez-y un peu de souffrance qu'il faut offrir à Dieu,
et voilà le procès est instruit.
On n'en veut plus.

Est-ce que cet évangile,
ces paroles de l'Écriture entendues aujourd'hui
sont un étouffoir menaçant ce désir de vie
que nous portons en nous ?
Ou est-ce qu'elles sont envers et contre tout
une « bonne nouvelle » ?
Sont-elles pleines d'espérance ?

Gardons les yeux fixés sur Adam et sur Jésus,
et regardons un moment notre monde contemporain.
Commençons par Adam et Ève et lisons nos journaux.
Qu'y découvre-t-on ?
Un Dieu créateur qui donne à l'homme
le cadre splendide de sa vie humaine :
tout est à toi, tu peux manger de tous les fruits du jardin,
sauf de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (cf Gn 2,16-17).
Pourquoi ?
Par plaisir d'une interdiction ?
Non, mais parce que seul le Créateur
sait vraiment ce qui est bien et mal
pour sa créature fragile dans sa liberté naissante.

Mais le Diable est là,
rampant autour de nous et nous murmurant :
Mais non, c'est le problème de Dieu
qui a peur que vous lui preniez sa place.
Mangez-en de ce fruit,
et vous serez libres, totalement libres,
sans tabous ni règles, sans interdictions ni interdits :
ce sera le paradis sur terre. (cf Gn 3, 4-5)
Et voilà qu'Adam et Ève, nous dit la Genèse,
se découvrirent après avoir transgressé
non pas comme des dieux heureux, libres, tout-puissants,
mais nus, pauvres (cf Gn 3,7),
comme mis à distance de la communion avec Dieu.

Ce sera une longue histoire,
une très longue histoire pour refaire confiance à Dieu,
pour ne pas faire de l'homme un dieu,
mais apprendre à faire confiance à notre Créateur,
que Jésus nous révélera comme un Père.

À la racine donc de ce premier péché
qui englobe tous nos péchés,
surtout quand ils sont commis froidement et avec calcul,
il y a l'orgueil, l'autosuffisance.
L'homme qui veut sortir de la dépendance, de l'obéissance,
qui veut se faire dieu.

Regardez le XXe siècle :
jamais dans l'histoire de l'humanité
il y avait eu autant de dictateurs
avec des hécatombes effroyables
et un programme d'anéantissement de la foi chrétienne ou juive.
Jamais non plus, depuis 2000 ans
il n'y a eu autant de martyrs que durant le XXe siècle.
Pourquoi ?
Parce que l'homme a tenté d'évacuer Dieu
et de se mettre à sa place avec un programme :
rendre l'homme heureux sur terre
en le coupant de ses racines, de son Créateur.
Et cela nous a donné le goulag
et les régimes les plus sanguinaires de la planète.

Et il n'y a pas que la persécution sanglante,
il y aussi la persécution par le sourire, la dérision.
Aucune institution n'est aujourd'hui aussi moquée que l'Église
dans une grande partie des media.
En fait, c'est l'Évangile qu'on attaque :
la lumière qu'il jette sur notre condition humaine
et les appels exigeants qu'il nous adresse.

Regardons Jésus, Lui qui vient nous chercher.
« Adam, où es-tu (Gn 3,9 ? »
demandait Dieu au Jardin de la Genèse.
« J'ai eu peur...  et je me suis caché (Gn 3,10) »
comme un gosse, tout penaud, répondit Adam.
Peur de Dieu...
Le premier effet du péché
est de déformer en nous l'image de Dieu.
On ne voit plus en lui que l'autorité,
le grand gendarme cosmique, l'Interdit absolu.

Pour nous approcher,
Dieu va donc venir doucement, paisiblement, en Galilée,
demandant le consentement d'une jeune femme, Marie,
le courage de son fiancé, Joseph.
Jésus qui aurait pu se présenter à nous dans une position d'autorité
– il est le Fils de Dieu –
choisit l'abaissement jusqu'à la mort sur une croix.
Et cela ne lui enlève pas son autorité, mais la lui confère.
« Il ne parle pas comme les scribes (cf Mc 1,22) » disaient les gens...

Il nous montre par là que l’humilité,
ce n’est pas quelque chose de malsain, ou de contre-nature,
c’est seulement contre les mauvais côtés de notre nature.
Jésus choisit l'écoute, l'obéissance au Père.
Alors par amour, il nous approche,
bénit les pécheurs,
mange avec eux,
console, reprend avec patience.
Certes, parfois il se fait plus sévère,
mais c'est contre la dureté des bien-pensants,
des pharisiens ou des croyants qui n'ont qu'un vernis de religion.

Humilité de Jésus ?
« Je ne suis pas venu pour être servi,
mais pour servir (Mt 20,28) »
dit-il lors du lavement des pieds au repas du Jeudi Saint.
Et finalement sur la croix :
« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font (Lc 23,34). »
L’humilité, c’est le courage du service.

Notre statut à nous, c’est d’être des invités aux noces.
Ne te précipite pas à la première place,
mais attend que le maître t'invite éventuellement
à monter aux places d'honneur.
D'ici là, met ton énergie à servir :
à la maison, en famille, au travail, à l'école, en communauté.
Un geste de service par amour
et c'est enfin le monde à l'endroit.
C’est une révolution : celle de l'humilité, du service.
Et cela se produit chaque fois qu'un homme, une femme, un enfant
se font serviteurs au lieu de jouer au petit-dieu...
Ils sont révolutionnaires,
mais de la révolution pacifique,
celle de l'amour fraternel.

Rendons grâce au Seigneur
pour tous les gestes de service dont nous sommes les témoins
(Jésus s'y laisse voir en filigrane).
Ouvrons les yeux :
ces gestes qu'on a tendance à considérer comme petits,
tel la droiture au quotidien,
le service de nos frères et sœurs,
sont très grands et promis à l'éternité.

Que le Christ nous donne cette oreille qui écoute (Si 3,29),
ce cœur attentif aux autres,
et les gestes gratuits,
y compris envers ceux qui ne pourront guère nous le rendre.

Vous voyez : la liturgie nous parle d'humilité,
mais ce n'est pas pour nous humilier,
c'est pour élever le monde
et nous redonner l'habit de noces,
celui que le Créateur, notre Père a préparé pour nous.


 © Communion de Jérusalem - 8 septembre 2007