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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





FMJ  Prier sans se lasser, dans la foi

  Dimanche, 21 octobre 2007 - 29e Dimanche du Temps ordinaire – Année C
  Journée missionnaire mondiale
  Ex 17, 8-13 ; Ps 120 ; 2 Tm 3, 14 à 4, 2 ; Lc 18, 1-8

  Homélie de frère Jean-Tristan, fmj




Jadis pour dire l’homélie de cette journée mondiale de la mission,
on aurait sans doute invité un vieux missionnaire.
Longue barbe sur une soutane blanche usée,
il nous aurait fait vibrer en nous parlant des ses missions aux confins du monde.
Pour l’évangile, on aurait choisi un texte missionnaire :
L’envoi par Jésus des 72 disciples, qui reviennent tout joyeux
car leur mission est un succès éclatant.
Ou encore la fin de l’évangile de Marc :
Allez dans le monde entier, proclamez l’évangile à toutes les nations.
Mais aujourd’hui ce n’est pas le cas.
Non seulement les textes de la messe ne parlent pas de mission,
mais Jésus semble même envisager l’hypothèse
que cette mission puisse être en échec total :
Le Fils de l’Homme quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?
Nous serions donc trompés de jour ?
Non frères et sœurs.
La mission est bien présente au cœur des textes de notre liturgie de ce matin.
Mais ce que le Seigneur nous dit aujourd’hui,
c’est qu’avant de partir aux quatre coins du monde
proclamer la Bonne Nouvelle,
il faut d’abord commencer par évangéliser la terre païenne
qui nous est la plus proche, la plus intime : notre propre cœur.
Et que cette évangélisation se fait par la prière.

*

Oui frères et sœurs notre cœur est une terre païenne.
Sans cesse il faut l’évangéliser.
En chasser les doutes
et les fausses images de Dieu qui l’encombrent.
Jésus dans l’évangile nous donne un moyen radical :
La prière.
Car la prière nous permet de faire l’expérience
du Dieu certes caché mais vivant
et de découvrir son vrai visage.
Pour cela il utilise une parabole.

Une pauvre veuve sans défense
est en butte à un adversaire.
À force de persévérance
elle obtient justice d’un juge « sans foi ni loi »
qui n’avait pourtant aucune envie de le faire.
La morale de cette parabole est simple :
si un individu aussi détestable
finit par céder à une demande instante,
combien plus Dieu, qui est amour,
ne fera-t-il pas justice à ses élus
qui crient vers lui jour est nuit ?
On trouve quelques chapitres plus haut dans St Luc
une parabole semblable.
Celle d’un homme dérangé en pleine nuit
par un ami venu lui demander du pain.
Furieux, il finira par lui en donner,
non par amitié
mais à cause du sans gêne du quémandeur.
Et Jésus de conclure :
Si donc vous, qui êtes mauvais,
savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père céleste
donnera-t-il l’Esprit Saint
à ceux qui lui demandent. (Lc 11, 13)
Il y a en filigrane derrière ces deux paraboles
un grave reproche qui nous est adressé par Jésus :
Pourquoi doutez-vous de la bonté de mon Père ?
Quelle image avez-vous de lui ?
Pourquoi ne criez-vous pas d’avantage vers lui avec confiance ?
Ne croyez-vous pas qu’il peut vous combler
au-delà de vos demandes ?

À l’origine de nos timidités dans la prière,
il y a souvent la crainte de ne pas être exaucés.
Il nous est peut-être arrivé de prier avec ferveur
pour une cause qui nous semblait légitime
or rien en apparence ne s’est passé.
Cela a pu être très douloureux.
Le Père Tardif, qui avait un charisme extraordinaire de guérison disait volontiers que la première chose
qu’il demanderait au Seigneur en arrivant au Ciel,
c’est pourquoi, lorsqu’il priait pour des malades,
certains qui avaient un besoin urgent de guérison
n’étaient pas guéris,
alors que d’autres qui souffraient moins l’étaient.

Devant cet échec apparent,
notre cœur s’est peut-être fermé
Et une sourde colère contre Dieu s’est glissée en nous.
Pourquoi désormais prier
ce Dieu sourd, cruel ou impuissant ?

Je voudrais prendre un exemple.
Un jour dans une prison du sud de la France,
l’aumônier visite un prisonnier.
Celui-ci lui lance sèchement :
« Hier je suis passé en jugement.
J’ai prié toute la semaine pour cela,
je pensais en prendre pour un an,
j’ai eu 3 ans de prison.
Tu ne me verras plus à l’aumônerie ».
L’aumônier visite ensuite la cellule voisine.
Le détenu lui saute au cou :
« Ma mère a prié pour moi à Lourdes
et ça a marché.
Je pensais en prendre pour 3 ans, je n’en ai pris qu’une ! »

Cet exemple illustre le fond de paganisme
qui tapisse bien souvent notre cœur.
D’abord nous prions seulement quand ça va mal.
Ensuite nous faisons de Dieu une divinité protectrice.
Les religions païennes
ont toutes de ces divinités sensées chasser le mauvais sort.
Et si la protection d’une divinité ne marche pas
on en prend une autre.
Inconsciemment nous agissons ainsi avec Dieu.
En échange de nos prières et de nos sacrifices
nous exigeons de lui la protection ou la guérison souhaitée.
Et si cela ne marche pas,
nous lui tournons le dos.

Frères et sœurs, notre Dieu peut protéger
et il le fait très souvent.
Il peut guérir les maladies
et il y encore aujourd’hui beaucoup de miracles.
Mais il n’est pas pour autant une divinité protectrice.
Le Dieu de Jésus Christ
est beaucoup plus qu’un Dieu protecteur :
c’est un Dieu sauveur.

Il ne nous soustrait pas à toutes les épreuves de la vie
mais nous arrache aux ténèbres du péché et de la mort.
Il ne nous épargne pas la croix,
et c’est même par elle qu’il veut nous sauver.
Jésus a été très clair là-dessus :
Quiconque ne porte pas sa croix
et ne vient pas derrière moi
ne peut être mon disciple (Lc 14, 21).

Ce qui m’a frappé en lisant l’histoire
des saints et des saintes qui ont fondé le Québec,
c’est de voir combien leur vie a été marquée par la croix.
Plus d’un se serait découragé ou révolté
devant la dureté de la tâche.
Eux cependant sont restés fermes dans la foi et dans la prière.
Je pense à Marguerite d’Youville
la fondatrice des « sœurs grises »
que nous fêtions mardi.
Rien ne lui a été épargné,
depuis un mari volage et malhonnête,
jusqu’à la destruction totale de son hôpital par le feu.
Pourtant elle a toujours fait confiance à la Providence
qui ne lui a jamais fait défaut.


C’est vers ce Dieu là frères et sœurs
qu’il faut crier jour et nuit
et non pas vers la divinité protectrice des païens :
vers le Dieu sauveur de Jésus Christ.
Ce Dieu qui ne distribue pas les croix
mais qui les permets
et les porte avec nous.

Et si certains jours la prière est trop difficile,
si nous n’avons plus la force
de lever les deux bras de la louange et de l’action de grâce,
faisons comme Moïse dans la première lecture :
demandons l’aide de frères et de sœurs
qui tiendront nos bras hauts levés
jusqu’à la défaite des ennemis.

Demandons l’aide de l’Église, visible et invisible.
De cette nuée de saints et des saintes
que nous fêterons bientôt à la Toussaint
et qui intercèdent sans cesse pour nous.

*

Oui Seigneur, ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église.
Par la foi de ton Église, affermie notre propre foi.
Le cœur évangélisé, libéré du doute et de nos fausses images de toi,
nous pourrons alors te prier Seigneur comme des enfants,
avec une foi d’enfants qui crient vers leur Père sûr d’être entendus et exaucés
mais non selon leur volonté mais selon la tienne.

Alors devant cette foi d’enfant, Seigneur,
tu déploieras en nous et à travers nous toute ta puissance de vie
qui ne demande qu’à jaillir sur le monde.
Alors pourra commencer la mission.
Et quand tu reviendras Seigneur, tu trouveras la foi sur la terre.

Amen.


 © Communion de Jérusalem - 8 novembre 2007