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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





  La prière, un dialogue

 
Samedi, 17 novembre 2007 - Sainte Élisabeth de Hongrie – Année C
  Sg 18, 14-16 ; 19, 6-9 ; Ps 104 ; Lc 18, 1-8


  Homélie de
Benoît Gosselin, dp

Nous nous trouvons aujourd’hui à contempler
une invitation à regarder la demande d’une femme, une veuve.
Une femme qui dans sa persévérance, son courage, implique tout son être et grandit.

Anne-Emmanuelle, petite fille handicapée,
a été accueillie très jeune dans notre Foyer de Charité
il y a une vingtaine d’années.
Elle nous a beaucoup enseigné,
comme tout enfant enseigne sa famille
et en particulier à travers son attrait particulier pour les bonbons…

Anne-Emmanuelle aimait beaucoup les bonbons …
Il a lui fallu apprendre à attendre et à formuler sa demande.
Anne Emmanuelle ne connaissait pas beaucoup de mots,
mais pour cette démarche elle était fortement motivée !
Il lui fallu apprendre : « S’il te plait »  puis «  Merci ! » 
Un jour à la surprise générale après avoir dit merci, 
Anne Emmanuelle fixe son interlocuteur et s’écrie :  « Encore !… »

S’il te plaît… Merci…  Encore… 
Une attitude que nous pouvons simplement vivre avec le Seigneur.
La spiritualité d’Anne-Emmanuelle !
Une demande, une action de grâce,
une relation de dépendance
qui se prolonge jour après jour dans un « encore ! »

Reconnaissons que nous pouvons avoir quelquefois
des comportements d’enfants gâtés …
avec une tendance à demander un peu superficiellement,
moins avec le cœur, un peu plus avec la tête,
sous les impulsions du moment !
Ce qu’attend le Seigneur de nous,
c’est ce que nous attendons au plus profond de notre être :
une relation qui dure et qui fait grandir.
Une relation de personne à Personne.
Car c’est toute notre personne
qui est appelée à entrer en relation, en dialogue.

«  Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus,
qui crient vers lui jour et nuit ? (Lc 18,7) »

Le cri de ma prière.
Le cri de notre prière…
Un cri …
Cri de joie :  Pousse des cris de joie fille de Sillon ! » (Za 2, 14)

Cri silencieux, très intérieur
ou cri qui résonne en faisant vibrer tout l’espace.

Le cri …  Nous naissons dans un cri,
nous mourrons dans un cri.
Dans un cri il n’y a pas de mensonge,
il y a tout l’être avec son mystère de vie
et souvent de souffrance.
On ne triche pas lorsque l’on crie,
on est là pleinement présent, infiniment présent, unifié.

Ce cri, il est pleinement humain, pleinement divin,
il rejoint le Magnificat comme
il rejoint le cri de Jésus sur la Croix.
Comme Jésus, pour chacun d’entre nous,
à un moment ou à un autre
il peut y avoir la réalité du cri de la souffrance.


Élisabeth de Hongrie que nous fêtons aujourd’hui
l’a connu au moment du décès de son mari à l’âge de 20 ans,
et alors qu’elle est enceinte de son 3e enfant.


Lytta Basset, présente il y a peu de temps ici à Montréal,
nous partage dans son dernier livre,
« Ce lien qui ne meurt jamais »,
son itinéraire depuis la mort de son fils,
et ce cri qui a été le sien de manière ininterrompu dans sa voiture,
alors qu’elle rentrait chez elle
après avoir appris la nouvelle
qui faisait basculer sa vie.
Un cri de 20 minutes ininterrompu,
celui d’une mère atteinte au plus profond de sa chair…

Seigneur entend le cri de ma prière…

Tous nos cris de souffrance rejoignent le Christ sur la Croix
et Dieu nous répond toujours.
Il nous envoie l’Esprit, le Paraclet,
Celui qui répond au cri,
et en nous, invite à accueillir sa Parole,
sa Parole de Vie qui apaise et qui guérit

La prière est toujours dialogue.
Un dialogue, dont la réalité sur notre terre
est exigeante voire douloureuse.
N’avons-nous pas à un moment ou à un autre
expérimenté ce silence de Dieu en réponse à notre cri ?
« Seigneur pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le silence de Dieu…
Ce nécessaire silence qui nous permet d’entendre Sa réponse.
Car si notre être s’unifie dans le cri de notre prière,
Dieu qui est un,
ne peut nous répondre que dans un murmure,
un murmure d’amour.
Et pour passer du cri au murmure,
au murmure de l’Amour,
il nous faut apprendre le silence.

Dieu  nous écoute jusqu’à la dernière vibration de notre cri.
Il est dans notre cri,
et il pose silencieusement sur nous son regard,
avant de prendre la parole.

Un cri, un silence, un murmure,
c’est toute l’histoire de notre salut
dans le mystère de la croix, de l’attente et de l’incarnation.

Seigneur entends le cri de notre prière,
viens à notre secours,
vois notre peu de foi.


 © Communion de Jérusalem - 20 novembre 2007