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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Laissons
le Seigneur nous justifier
Dimanche, 28 octobre
2007 - 30e
Dimanche du Temps ordinaire – Année C
Si 35, 12-14.16-18 ; Ps 33 ; 2 Tm 4, 6-8.16-18 ; Lc 18, 9-14
Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj
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« Ô
Dieu, je te rends grâce
de ce que je ne
suis pas
comme le reste des
hommes :
rapaces, injustes,
adultères,
ou comme ce
publicain. (Lc 18,11) »
En entendant cette prière du pharisien,
qu’est-ce qui vient en nous ?
Nous sommes choqués par son orgueil,
par sa manière de prier en se contemplant lui-même
et par sa promptitude à se mettre au centre de tout et de tous
en excluant tout le reste des hommes.
Nous n’avons pas tort
et la parabole est faite pour nous provoquer !
Mais il y a un grand risque :
celui de juger cet homme, de l’étiqueter, de la cataloguer :
c'est-à-dire de tomber dans la même attitude
que nous condamnons sévèrement en lui.
La Parabole du publicain et du pharisien
est une parabole où il ne faut pas aller trop vite en besogne !
* * *
Essayons de la lire à partir de son terme.
Jésus nous dit que lorsque ces ceux hommes
redescendent chez eux
après avoir prié au Temple,
le publicain descendit justifié,
l’autre non (Lc 18,14).
Justifié
est un terme très fort.
Cela veut dire que le publicain
est désormais juste selon Dieu,
il est ajusté à Dieu,
ajusté à la volonté de Dieu,
réconcilié.
Il est en ce moment ce que Dieu attend de lui :
Dieu l’a rendu juste !
Frères et sœurs, comment est-ce possible ?
Est-ce qu’on peut oublier
les exactions qu’il a commises ?
Est-ce qu’une brève prière
murmurée au fond du Temple
suffit pour être juste ?
Cet homme a commis des injustices,
abusé des pauvres,
favorisé des riches,
il s’est rempli les poches
et s’est prostitué à l’autorité païenne.
Comment peut-il être rendu juste aussi rapidement ?
Et le pharisien pourquoi ses œuvres
ne lui méritent-elles pas d’être justifié ?
Il a jeûné, il s’est privé pour obéir aux
commandements,
et il est allé bien au-delà du jeûne minimal
exigé,
jeûnant deux fois par semaine
alors que le minimum est de jeûner
une fois l’an pour le jour de l’expiation !
Quant à son aumône, elle est très abondante
puisqu’il paye la dîme sur tout ce qu’il acquiert !
Et qui plus est, il prie, il rend grâce !
Or, Jésus nous dit qu’il ne fut pas justifié
en revenant chez lui.
Cet Évangile est déroutant.
Où est la justice de Dieu?
Dieu aurait-il la mémoire courte ?
Peut-il vraiment béatifier les escrocs
et destituer les personnes pieuses ?
La fatigue des plus fidèles serait-elle balayée
par une simple attitude de leur cœur un peu vaniteux ?
Et la malice des truands lavée
par une petite prière ?
Frères et sœurs,
n’y a-t-il pas un peu de cette colère
qui monte parfois en nous ?
C’est la colère du fils aîné de la parabole :
à quoi cela sert-il d’avoir été fidèle au
Père depuis toujours
si c’est mon frère cadet qui est fêté
après qu’il ait dilapidé le patrimoine familial ?
C’est la colère des ouvriers de la première heure :
à quoi bon avoir travaillé et sué depuis l’aube
si ceux qui sont arrivés en fin d’après-midi
gagnent le même salaire ?
Cette colère n’est pas seulement
dans les paraboles de Jésus,
elle est tout autour de lui :
elle est montée peu à peu
dans le cœur des hommes les plus religieux de son temps.
Car ils ont vu Jésus manger
avec des pécheurs affichés et effrontés,
et manger ensemble signifie partager la vie de l’autre.
Ils ont vu Jésus
se laisser toucher pas une pécheresse publique.
Ils l’ont vu refuser de condamner
une femme prise en flagrant délit d’adultère
et même s’inviter
chez un chef de publicain honni de tous à Jéricho.
La colère s’est levée contre Jésus
comme les flots de la mer
qui se déchaînent dans la tempête.
Et cette colère contre la miséricorde
s’est faite de plus en plus violente
jusqu’à décider de supprimer
Celui qui absout les pécheurs
et ne respecte pas nos mérites et nos titres.
Cette colère est même entrée
jusque dans le cœur d’un des apôtres,
de Judas,
et elle a déferlé sur Jésus
comme ces vagues déferlantes
qui détruisent tout sur leur passage.
Elle a déferlé sur ce Jésus
véritablement impénitent à leurs yeux
lui qui jusque sur la croix
a béatifié un bandit condamné au gibet.
« Aujourd’hui tu seras avec moi
au Paradis (Lc 23,43) ».
La colère l’a emporté.
Celui qui absolvait gratuitement les impies
a été réduit au silence à la
neuvième heure sur le Golgotha.
Alors son discours a perdu toute crédibilité
puisque Dieu n’est pas venu
le décrocher de la croix des maudits.
« L'impie » c’est donc lui, ce Jésus.
Et Dieu ne l’a pas justifié
puisqu’il meurt abandonné de Dieu.
Et ils n’ont pas tort
car « l’impie », c’est bien lui, Jésus
crucifié,
impie parce que lui,
le Fils tout-aimant et tout-aimé,
a pris sur lui toute l’impiété du monde.
Toute la colère qui déferle sur lui,
il ne la renvoie pas sur nous,
il la reçoit,
il l’endosse,
il s’en charge.
L’obéissance au Père et l’amour pour nous
lui fait subir et endosser toute la colère des hommes.
Il s’est fait
péché pour nous, ( cf 2 Co 5,21)
et s’aventure dans la colère de Dieu
qui est le salaire de notre
impiété.
Le publicain par excellence, c’est désormais lui
qui ne tient même pas au fond du Temple,
mais au plus profond des enfers.
Il se frappe la poitrine pour tous les péchés du monde.
Il les confesse au Père.
Et il ne peut pas lever les yeux vers le Ciel,
parce qu’il n’y a plus de Ciel pour lui.
Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27,46)
Mon Dieu, prends
pitié du pécheur que je suis ! (Lc 18,13)
Littéralement : Ô Dieu sois propice pour moi LE
pécheur !
« Le pécheur »…
Il n’est pas pécheur,
il n’a jamais péché,
mais il porte les conséquences des péchés
de toute l’histoire humaine.
Le voici au nom de toute l’humanité
couvert de la lèpre du péché,
mais divinement obéissant au Père.
Sa sainte humanité vient nous rejoindre tous, toutes,
jusqu’à ce qu’il se soit couvert de la lèpre de chacun,
jusqu’aux plus lointains, aux plus défigurés, aux plus
impies.
Alors advient l’explosion de la miséricorde,
la Miséricorde brûlante dans le Cœur du Crucifié,
la Miséricorde qui se déploie jusqu’au fond des enfers
la Miséricorde de la Croix
va déployer toute sa puissance
dans la Résurrection, dans la nouvelle création.
C’est l’anti-Hiroshima…
Une explosion de vie, de joie, de pardon !
Tout le péché de l’humanité est consumé
au cœur même de la Trinité
par cette déflagration d’amour
où le pécheur est séparé du
péché
et péché anéanti.
« Tout est accompli »
(Jn 19,30) .
Tout est pardonné ;
tout est lavé, purifié, guéri, sanctifié.
La justification jaillit comme un geyser,
comme une source débordante de vie éternelle
offerte à quiconque – oui quiconque – se repent.
Alors, frères et sœurs, oui,
tous les publicains qui se repentent
sont justifiés,
sont justifiés d’emblée,
sont justifiés gratuitement, abondamment, joyeusement.
Oui, il a suffi d’un simple regard jeté vers Dieu
dans la supplication et la confiance
pour que le publicain soit justifié
« La prière de l’humble
traverse les nuées ! » (Si 35,21)
Oui, le repentir nous ouvre les trésors infinis
de la miséricorde divine,
mais c’est au prix du Sang du Fils de Dieu,
au prix de la Passion du Père
et du débordement de l’Esprit Saint dans la Création.
Cela n’a plus de sens
de chercher à justifier nos péchés
par quelque raisonnement que ce soit.
Cela n’a plus de sens de chercher à nous justifier
en faisant prévaloir nos œuvres et nos mérites.
Nous somme justifiés par l’Amour de Dieu !
Que sont nos mérites
devant la lumière irradiante du Crucifié glorifié
qui nous montre ses blessures glorieuses ?
Nous n’avons plus qu’un désir
prendre nos bonnes œuvres
et les déposer dans les mains de Jésus
pour qu’elles soient offertes au Père
comme une offrande d’amour et de reconnaissance.
Et nos péchés ?
Ils ne sont plus :
Ils ont été expiés par le sacrifice de l’Agneau.
La foi, la foi dans la rémission des péchés
nous en libère définitivement !
Que nous reste-t-il ?
L’Amour !
L’Amour de Dieu brûlant dans notre cœur
qui nous pousse vers le service des frères,
vers l’engagement au service
des plus pauvres et des âmes mourantes.
* * *
Oui,
frères et sœurs,
aujourd’hui-même, ce matin,
ouvrons-nous, exposons-nous,
ne serait-ce qu’un instant
à la Miséricorde divine
qui resplendit sur le visage du Ressuscité,
lui qui nous dit à tous :
« La Paix soit avec vous ! »
(Jn 20, 19)
Si la prière du publicain
monte maintenant en nos cœurs,
tous nous rentrerons chez-nous justifiés,
réconciliés.
Ô Dieu, prends pitié de moi
pécheur.
Ô
Dieu, prends pitié de nous pécheurs.
Nous croyons
en ta miséricorde.
Nous te
remettons
tout ce qui
nous enferme dans la culpabilité.
Nous nous
défaisons de l’attachement à nos mérites
qui nous
ferme le chemin de ta Miséricorde.
Ta justice
descend sur nous.
Ton sang qui
va couler en cette Eucharistie nous lave.
Ton Esprit
nous redonne vie.
Et tu nous
remplis de force
pour que
nous puissions jusqu’au bout
annoncer ton
Évangile (cf 2 Tm 4,17)
qui est
l’Évangile de la Miséricorde et de la Paix.
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©
Communion de Jérusalem - 2 novembre
2007
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