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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  La résurrection, c’est certain et pour tous !

  Dimanche, 11 novembre 2007 - 32e Dimanche du Temps ordinaire – Année C
  2 M 7, 1-2.9-14 ; Ps 16 ; 2 Th 2, 16 à 3,5 ; Lc 20, 27-38


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Laissez-vous réconforter (2Th 2,16)
nous dit aujourd’hui le Seigneur
par la bouche de l’apôtre Paul.
Oui, il y a véritablement en ce dimanche
une invitation de Dieu à nous laisser réconforter,
à nous laisser consoler.
La Seconde lettre aux Thessaloniciens dit littéralement :
Que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même
ainsi que Dieu notre Père
consolent vos cœurs (id.).

Notre Dieu est Trinité consolatrice !
Là où nous sommes effectivement seuls,
là où nous nous sentons seuls et peut-être perdus,
là où nous saisit l’angoisse de la solitude et de l’abandon,
c’est là que vient le Dieu de toute consolation
qui nous console dans toutes nos tribulations (cf 2 Cor 1,3-4).

Soyons plus précis encore en relisant avec attention
ce que nous dit Paul aujourd’hui :
le Père est celui qui nous aime de charité (agapè)
et qui nous donne une consolation éternelle
et une joyeuse espérance.
Et Paul ajoute par grâce, gratuitement (cf 2 Th 2,16).


Nous allons ce matin nous laisser rejoindre
par ce don d’amour du Père.
Nous allons ouvrir notre cœur à ces deux dons
qui frappent à la porte de notre cœur :
la consolation éternelle du Père et la joyeuse espérance.

Essayons de déchiffrer ce que disent ces expressions si belles.
La joyeuse espérance d’abord.
Qu’elle est-elle ?
Elle est l’espérance qui jaillit pleine de lumière et de joie
de l’Évangile de ce dimanche !
Trois mots déjà, trois mots seulement :
Les morts ressuscitent (Lc 20,37).
Tous les morts ressuscitent.
Tous !
Le premier ressuscité est Jésus de Nazareth,
le Verbe fait chair.
Premier ressuscité :
« prémices » de cette moisson innombrable.
Tous ressuscitent.
Ceux qui auront fait le bien ressuscitent pour la vie
ceux qui auront fait le mal pour la damnation (Jn 5,29).
Ressusciter pour la vie :
voilà ce qui nous est offert
par le sang de Jésus qui nous purifie de tout mal.
Ressusciter pour la vie, pour la joie éternelle.
Ressusciter à la suite du Premier-né d’entre les morts (Col 1,18)
qui est lui-même la Résurrection et la vie (Jn 11,25).

Sa résurrection nous dit
ce que sera notre résurrection
puisque nous sommes, lui et nous,
de la même chair humaine.
Lui, Jésus, s’est « donné à voir » ressuscité, vivant.
Ni « fantôme », ni « esprit », mais bien humain !

Nous avons vu en lui que notre espérance
n’est pas la survie d’une part de nous-mêmes :
dans la résurrection, c’est notre être tout entier
qui va être transformé,
qui va recevoir un nouveau souffle transformant,
qui est la Personne même de l’Esprit Saint
nous saisissant entièrement
au point que nous serons, oui,  transformés.
Le Fils nous ressuscitera (cf Jn 6,40) ;
le Père donnera la vie
à nos corps mortels par l’Esprit Saint (cf Rm 8,11).

Tout notre être vivra éternellement.
Notre être est un être corporel…
Nous serons éternellement comme Jésus
des êtres corporels.
Les molécules qui composent aujourd’hui notre corps
appartiennent à la créature présente qui doit passer.
C’est tellement vrai qu’on dit qu’au bout de 7 ans,
toutes nos molécules qui composent notre corps
sont renouvelées !

Mais notre corps est plus
qu’un agencement de molécules :
il suffit de se souvenir
que nous avons comme une mémoire du corps,
une intelligence du corps,
un dynamisme du corps.
Notre corps est sacrement de notre vie relationnelle,
de notre appel à la communion :
il traduit notre louange et notre joie en Dieu.
Dans la résurrection, il sera glorifié !
Il sera corps glorieux,
non plus corps psychique
soumis au péché et à la mort,
mais corps spirituel (cf 1 Co 15,44).
C'est-à-dire corps entièrement mu,
entièrement saisi par l’Amour de Dieu.
En ce corps glorieux,
il n’y aura ni maladie, ni fatigue, ni désordre.
Tout en lui sera guéri par l’Amour,
purifié par le Pardon.
Nos blessures seront-elles-mêmes glorieuses
comme celles de Jésus.
En un mot : nous serons beaux,
reflets de la beauté divine.
Nous serons semblables à Dieu
parce que nous le verrons tel qu’Il est (1 Jn 3,2).
Notre corps sera conforme au corps de Jésus,
à son corps eucharistique
dont nous ne cesserons de recevoir vie et joie.

Mais nous ne sommes pas seulement des êtres corporels.
Saint Paul, à la fin de la Première lettre aux Thessaloniciens
parle de l’être humain comme pneuma,
c'est-à-dire souffle divin,
psychè – ce que nous traduisons par âme –
et corps.

Nous sommes donc aussi des êtres « psychiques » ;
des êtres animés, doués d'une âme spirituelle,
des êtres riches de toute une vie, une vitalité,
une merveilleuse abondance de facultés
en perpétuel échange, dialogue, interaction avec notre corps.
Et cette vitalité, elle,
ne s’éteindra pas même avec la mort.
Elle sera cependant purifiée,
décantée de la laideur du péché,
autant que nous en aurons besoin.
Elle sera en outre privée du corps
depuis notre mort jusqu’au jour de la Résurrection.
Même si la béatitude lui est donnée
dès l’entrée dans l’autre monde
par la miséricorde de Dieu et le sang de l’Agneau,
il lui faudra néanmoins attendre,
patienter, désirer le jour de la Résurrection finale
et du Jugement dernier
pour que nous puissions exulter
dans la plénitude de notre être personnel.
Notre âme spirituelle, notre vitalité trouvera alors
toute la plénitude d’amour
pour laquelle nous avons été créés !

Et que dire du fond de cette âme spirituelle,
du « fond de l’âme »,
du cœur profond :
on ne sait comment nommer
cette part diamantaire et virginale en nous,
cette part qui constitue depuis notre baptême
le lieu béni en nous
par lequel la participation à la nature divine (cf 2 Pi 1,4)
irrigue tout notre être
au point que Paul dit
que nous sommes souffle divin, psychè et corps.

Que deviendra ce cœur profond
dans l’au-delà et dans la Résurrection ?
Ne deviendra-t-il pas incandescent au Feu divin ?
Transparent à la lumière divine ?
Embrassement de la divine Trinité ?
Parce que l’aimé est en l’Aimant, transformé !

Oui, tout notre être
– notre corps, notre structure psychique
et notre cœur profond –
sera éternisé, c'est-à-dire amorisé, glorifié.

Nous serons dans la résurrection des « personnes »,
et nous le serons beaucoup plus
que nous le sommes maintenant.
Le péché et la mort ne feront plus écran
à la beauté personnelle
que Dieu désire pour nous depuis toujours.
Plus rien ne sera défiguré en nous !

Mais, pouvons-nous nous interroger,
que vivrons-nous les uns avec les autres ?
Nous ne prendrons ni femme ni mari (Lc 20,35),
nous dit Jésus aujourd’hui.
Alors nous serons des solitaires éternels ? Non !
Il n’y aura plus de mariage au Ciel
parce qu’il y aura beaucoup plus que le mariage !
Nous serons comme des anges (20, 36)
dans le sens que nous serons des créatures
qui ne seront plus soumises à la mort.
Plus de mort !
Et donc plus de peur de la mort !
Nous pourrons nous donner
totalement et universellement !
Plus d’obstacle à l’amour !
Nous serons capables
d’une communion divine entre nous
et tous ensembles dans le Christ.
D’une communion divine bien au-delà du couple.
Nous serons fils et filles de Dieu
en étant fils et filles de la Résurrection
c'est-à-dire fils et filles de Dieu en plénitude.
Le souffle nouveau dont nous vivrons
passera entre nous et en nous,
nous donnant les uns aux autres,
et nous recevant les uns des autres.
Nous serons un ciel les uns pour les autres,
aimait à dire le Père Durrwell,
comme Jésus sera un ciel pour nous tous.

« Nous vivrons tous alors
d’un amour sans restriction,
non plus limités dans l’exclusivité
d’un tête-à-tête réduit dans le relatif de la chair
et le transitoire d’un amour à deux ;
mais dilaté à l’infini
dans le partage d’un amour sans limite.
Pleinement personnalisé
mais aussi universellement goûté.
Divinisé.
D’un amour comme rien de comparable sur terre
ne peut encore l’apprendre ni même le révéler.
Aussi unique qu’universel (Is 62,5 ; 1 Co 15,28).
Aussi spirituel que corporel (1 Co 13,12 ; Col 2,9).
Aussi plénier que particulier (Ep 3,19; Ap 3,20) »  (Fr Pierre-Marie. Sources Vives, n° 31-32 Le Ciel, p. 21.)


Voilà, frères et sœurs,
notre 
joyeuse espérance
Cette joyeuse espérance qui nous est commune,
qui déjà nous rassemble, nous relie, nous unit.
Cette joyeuse espérance qui nous appelle
à entrer dès aujourd’hui dans l’amour,
à nous livrer dans l’amour
conjugal, fraternel, familial et universel !

Voilà notre joyeuse espérance offerte à tout homme
jusqu’au pire des rebelles, jusqu’à moi, à toi.
C’est une espérance,
et voir ce qu’on espère,
ce n’est plus espérer (Rm 8,24) :
cela n’est pas encore accompli en nous,
mais cela nous est déjà offert ;
et déjà mystérieusement
nous y participons depuis notre baptême.
C’est ce qui fait dire à Paul
que nous somme ressuscités avec le Christ (1 Col 3,1) !
Mais il nous reste à l’accueillir
à travers l’aujourd’hui de cette vie croyante,
à travers le demain de notre mort croyante
qui nous fera naître au Ciel
et y attendre la résurrection ;
et à travers l’après-demain
que sera la Résurrection finale.

C’est notre espérance,
qui n’est pas un espoir,
mais une certitude
parce que la Résurrection est déjà acquise.

Voilà le don du Père,
le don de l’espérance,
le don d’un horizon éternel d’Amour
que le Père nous fait en son Amour sans limite.
Le Père Lui-même nous aime (Lc 9,26) !

***

Mais la consolation du Père
n’est pas seulement pour demain ou après-demain !
Elle est déjà pour aujourd’hui,
car elle est une consolation éternelle.

La consolation éternelle du Père
dont nous parle Paul aujourd’hui
est la proximité du Père qui déjà nous sauve,
qui nous relève.
Le Père déjà se fait proche de nous
en ce moment même,
comme il le fera éternellement.
Il se fait proche en sa tendresse guérissante
qui nous indique paternellement
le chemin de la vie, les lois de la vie,
et qui nous fortifie par sa miséricorde.

Le Père dès aujourd’hui se révèle en se donnant.
Il nous console en se révélant.
Il est Lui-même dès ici-bas notre consolation.
Il est la réponse à notre plus grand besoin
et il est notre plus vif désir.
Il est l’attente de tout notre être.
Attente qu’il vient déjà apaiser et habiter
par son Fils et dans l’Esprit de Vie.

Cette consolation du Père nous rend capables
d’être vraiment frères et sœurs.
Cette consolation brise la solitude
à laquelle nous condamne notre peur de la mort.

Elle nous fait entrer dans l’Amour fraternel et universel.
Et cet Amour est la route vers le Ciel.
La vie chrétienne dans toutes ses vocations,
à commencer par le mariage et la famille,
est une montée vers le Ciel.
Elle est l’apprentissage du Ciel.
La joyeuse espérance ne nous ferme pas
sur notre petit espoir de nous sauver égoïstement
comme le prétendait Nietzsche.
La joyeuse espérance chrétienne
est par sa nature universelle :
elle est désir du ciel pour tous.

« Il ne faut pas sauver son âme comme on sauve un  trésor.
Il faut la sauver comme on perd un trésor.
En la dépensant.
Il faut se sauver ensemble.
Il faut arriver ensemble chez le Bon Dieu.
Il faut se présenter ensemble.
Il ne faut pas arriver à trouver le Bon Dieu
les uns sans les autres.
Il faudra revenir tous ensemble
dans la maison de notre Père.
Il faut aussi penser un peu aux autres.
Il faut travailler un peu (les uns) pour les autres.
Qu’est-ce qu’il nous dirait
si nous arrivions les uns sans les autres ? » 

Père, nous te glorifions pour la joyeuse espérance
et la consolation éternelle que tu nous offres !
Nous t'offrons cette Eucharistie
pour tous nos frères et sœurs en humanité
qui ne connaissent pas encore
cet horizon éternel d’Amour :
visite-les, illumine-les !
Amen!


 © Communion de Jérusalem - 19 novembre 2007