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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisissant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Or ou ferraille ?
Samedi 24 novembre
2007 - 33e
Semaine du Temps Ordinaire - C
1 M 6, 1-13 ; Ps 9 ; Lc 20, 27-40
Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj
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« Mourir de chagrin »
« Mourir d’une profonde affliction » (cf 1M 6,9)
comme le traduit la Bible de Jérusalem.
Frères et sœurs, comment peut-on en arriver là ?
Comment le roi Antiochus a-t-il pu s’effondrer ainsi
dans une déprime mortelle ?
L’auteur du premier livre des Maccabées
nous répond avec clarté :
Antiochus est un homme brisé
parce que les choses ne se passaient pas selon son désir,
parce que les événements n’obéissent pas à
ses attentes.
Sur quoi reposait sa vie ?
Quelles étaient les assises de sa vie ?
Sans aucun doute sa volonté de fer,
sa volonté de dominer, de contrôler les
événements.
Sa vie s’appuyait sur sa volonté de puissance
et cela fonctionnait bien !
Bien… jusqu’au jour où cette volonté échoue,
où la réalité ne lui obéit plus, lui
échappe,
où il n’est plus le ‘pantocrator’, le maître de tout
parce que son armée a été défaite à
Élymais
et qu’a suivi une déconfiture à Jérusalem.
Le saisit alors une
violente agitation (id.)
qui se transforme sans tarder, nous dit le texte,
en une profonde mélancolie.
Et l’auteur sacré
nous livre une précision pleine d’enseignements :
il nous rapporte qu’Antiochus
confessait alors avec une amère nostalgie :
« j’étais bon et
aimé au temps de ma puissance (6,11) ».
Ce qui veut dire que sa volonté de puissance s’étendait
– non sans illusion ou aveuglement volontaire –
au plan affectif.
Antiochus voulait être maître de tout,
y compris de l’amour que les autres lui porteraient.
L’échec le met alors
dans une situation de fragilité insupportable.
C’est littéralement la dé-pression.
Ce sur quoi il s’appuyait se dérobe sous ses pieds,
et le voici dans la profonde
affliction et la mélancolie.
À ceci s’ajoute qu’Antiochus, ramené à la
réalité,
reconnaît ses égarements et ses forfaits
en particulier vis-à-vis de Jérusalem ;
il confesse son arrogance et sa violence.
Mais il la confesse comme un cri dans le vide
parce qu’il ne connaît pas le Dieu miséricordieux
n’ayant d’autre dieu que lui-même.
Et c’est pour cela qu’il meure
dans une profonde
affliction sur une terre étrangère (6,13).
*
Frères et sœurs, un tel récit avec sa finesse
psychologique
– qui n’a pas attendu Freud ou Lacan –
nous interpelle :
sur quelles assises est construite notre vie ?
Nos assises sont mélangées, reconnaissons-le :
il y a l’or de l’espérance chrétienne,
la certitude que l’amour de Dieu est un amour éternel ;
mais il y a aussi la ferraille de notre volonté de puissance.
L’or de l’espérance nous semble fragile,
car ce que nous espérons,
nous ne le voyons pas.
Mais elle est notre vraie solidité,
aussi ferme, aussi sûre,
qu’une ancre solidement plantée dans le ciel.
Le fer de notre volonté de puissance
au contraire a tout l’apparence de la solidité.
il est séduisant, fascinant même
Avec nos capacités de calcul, de manipulation,
et, s’il le faut, d’aveuglement volontaire,
la volonté de puissance semble bien fonctionner.
Mais en réalité elle est notre plus grande
fragilité.
Elle est un danger pour nous
et une menace pour ceux qui nous entourent.
*
Quand nous prenons conscience de cela,
nous comprenons que le Seigneur permette ou suscite
des passages au feu du creuset
pour que fonde la ferraille et que l’or soit purifié
et brille en nous de toute sa lumière.
Dans ces moments de passage au creuset
nous avons l’impression d’être fragilisés
– et il nous arrive d’en vouloir à Dieu,
aux autres et plus encore à nous-mêmes –
mais en réalité, si nous y consentons,
nous en sortons fortifiés.
Privés de l’appui trompeur de la volonté de puissance,
nous mettons d’avantage notre espérance dans l’Évangile,
dans l’Évangile de la Résurrection
que Jésus nous proclame à nouveau aujourd’hui.
Nous apprenons
comme l’apôtre Paul
à ne pas
mettre notre confiance en nous-mêmes
mais en Dieu qui
ressuscite les morts (2 Co 1,9).
Alors, déjà dans les petites épreuves,
les petites morts de la vie quotidienne,
au lieu de mourir de chagrin et d’affliction,
nous découvrons que nous pouvons mourir vers Dieu.
Puisque les amis de Dieu
comme Abraham, Isaac et Jacob
par la mort deviennent des vivants pour Dieu (cf Lc 20,38).
Chaque petite mort devient l’occasion
de passer en Dieu,
de devenir de vrais vivants qui vivent pour Dieu,
pour le Père,
tournés vers lui, tendus vers lui
dans la confiance et l’abandon.
*
Seigneur Jésus, à la prière de la Vierge Marie,
Notre-Dame de l’Espérance
nous te demandons de nous purifier
de toute volonté de puissance
dans tous les domaines de notre vie.
Par ton Esprit Saint,
réveille en nous la vertu d’espérance
et affermis notre volonté,
notre volonté saine et belle
qui s’unit à la tienne
pour que vienne le Règne. Amen.
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©
Communion de Jérusalem - 2 novembre
2007
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