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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choissisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Patience et espérance
Vendredi, 3e Semaine du Temps ordinaire -
A - 1er février 2008
2 S 11, 1-10.13 ; Ps 50 ; Mc
4, 26-34
Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
Nous vivons dans un monde qui
privilégie l’efficacité, la rentabilité,
l’utilité. La folle agitation qui en découle vient
parfois nous toucher dans notre expérience de foi. Nous nous
sentons parfois habités par une impatience inquiète
devant l’inefficacité apparente de la Parole de Dieu.
Il nous arrive de vouloir que la Parole de Jésus change plus
rapidement, le monde, les personnes et la société. Nous
qui écoutons la Parole de Dieu tous les jours, nous sommes
parfois impatient devant nos lenteurs à nous convertir, devant
l’indifférence de ceux que nous aimons. Alors nous nous
questionnons : Pourquoi la Parole de Dieu ne change-t-elle pas le monde
plus vite ? Pourquoi Dieu ne nous rend-t-il pas meilleur plus vite ?
Les deux paraboles de Jésus viennent ce soir calmer notre
impatience inquiète, cette agitation qui nous habite parfois et
renouveler notre espérance devant la petitesse de ce que Dieu
fait grandir lentement mais surement.
La première parabole souligne justement que le semeur ne se fait
pas de souci pour que germe la semence et que la plante grandisse. Elle
pousse d’elle-même, littéralement « automatiquement
» sans que le paysan, par son agitation ou son inquiétude
puisse intervenir d'une manière quelconque.
Alors qu'aujourd'hui, dans tous les domaines, le maître mot,
c'est « tout dépend de nous, de nos actions et de notre
agitation », nous sommes responsables de tout et c'est pourquoi
nous devons toujours nous dépêcher d'agir avant qu'il soit
trop tard. Bien au contraire, cette histoire du semeur vient nous
apprendre quelque chose d'essentiel : la patience envers
soi-même.
Lorsque nous sommes pressés, même pour faire le bien, nous
n'engendrons souvent que la tristesse par la précipitation et
l'inattention. De la même manière que les fleurs des
champs ne peuvent pousser qu'au soleil et à la pluie, notre
vérité ne peut mûrir que dans la bonté et la
compréhension de l'autre.
Lorsque nous sommes par exemple confrontés à une
situation difficile pour nos proches, nous voulons réagir vite,
donner le bon conseil, faire les bonnes démarches. De
même, nos prières doivent être exaucées
rapidement, sinon on se met à douter. Quand un ami met de temps
à répondre à une demande, on se dit qu'il est
indifférent. Bien au contraire c'est en prenant son temps que
l'on se révèle vraiment être un ami fidèle.
Lorsque nous prenons le temps d'écouter vraiment l'autre, nous
répondons vraiment à ce qu'il demande. C'est en prenant
le temps de la réflexion, de la méditation sur ce que
nous vivons tout au long de la semaine que nous pouvons vivre
pleinement et intensément. C'est en acceptant de « perdre
notre temps à la prière » que nous enrichissons le
reste de notre temps en lui donnant un sens et un contenu ou une raison
d'être.
Prendre son temps pour l'autre mais aussi prendre son temps pour
soi-même sont les deux versants de la patience que nous enseigne
la parabole : image de la patience de Dieu lui-même envers nous
et envers l'humanité. Combien nous aimerions que le royaume de
Dieu soit déjà là, que soient déjà
disparues toutes formes d'injustice et de malheur en ce monde, mais
comme Dieu est bien lent, nous disons nous. Et pourtant n'est-il pas
lui aussi comme notre semeur ? En train d'attendre que la semence, la
parole de justice et de vérité, pousse dans le cœur de
l'homme, de chaque homme ?
La parole du grain de moutarde vient ranimer notre espérance :
il est si petit et pourtant il deviendra lui aussi un bel arbre.
Dans ce petit grain qui devient un grand arbre, Jésus veut nous
aider à comprendre et à voir la façon de faire de
Dieu ; Dieu révèle magnifiquement sa puissance
créatrice en faisant surgir un développement
étonnant à partir de peu. C’est ainsi qu’il fait depuis
le début de la création :
- Quelques particules de matière au
début du monde, le bing-bang ! et voilà que des astres
par milliards se répandent dans un monde en continuelle et
vertigineuse expansion.
- Une petite cellule dans le sein d'une mère,
le jour de la conception, et voilà que cette petite cellule se
développe, se multiplie en millions et milliards de cellules,
fabrique des yeux, un cœur, des poumons, un cerveau et neuf mois
après, un magnifique bébé parfaitement
terminé.
- Un homme commerçant habile et
respecté de Our en Chaldée, Abraham reçoit
l'ordre de partir, vers l'inconnu. Il obéit, et lui, dont la
femme est stérile apprend qu'il va devenir le père d'une
multitude : « Regarde les étoiles du ciel, compte-les si
tu peux, tes descendants seront aussi nombreux (cf Rm 4,19-23) ».
Et c'est l'histoire du Royaume qui commence déjà.
- Jésus lui-même se voit comme un petit
grain qui sera mis en terre mais que le Père ressuscitera pour
qu’il rassemble en lui toute l’humanité rachetée.
Dieu agit de la
même façon pour l'Église :
Au calvaire, cette Église, qui sort du cœur percé du
Christ, n'est pas très impressionnante : trois personnes. Une
maman en larmes, une ancienne prostituée, un jeune prêtre
ordonné de la veille, Jean. Qu'est-ce que Dieu va bien pouvoir
faire avec ce misérable trio ? À la Pentecôte, sous
le vent de l'Esprit, l'Église prend son envol.
Mais là encore, qui aurait oser parier sur le succès de
ces onze premiers apôtres sans diplômes, sans armée
et qui pourtant en quelques années vont porter la Bonne Nouvelle
dans tout le monde romain, et transmettre le flambeau à toutes
les générations suivantes : Le Christ aurait-il vu
juste quand il annonçait que l'Évangile devait être
porté et le serait de fait jusqu'aux extrémités de
la terre ?
C'est vrai aussi
pour chaque chrétien :
le Royaume se développe en nous malgré le sentiment
d’être bien petit, bien impuissant devant l’ampleur de la
misère du monde.
L'on entend souvent dire en effet « que peut-on faire contre la
misère du monde, contre l'injustice ? » « on
ne peut rien y changer, c'est comme ça et tout seul on ne peut
rien faire » « on est trop petit ». C'est au moment
où on accepte sa petitesse comme étant celle du grain de
moutarde, petit aujourd'hui et grand demain, que l'on peut se rendre
compte de l'importance de toutes les petites choses que l'on peut faire
dans la vie de tous les jours pour changer notre monde vers une plus
grande justice. C’est dans nos petits gestes d’écoute de
l’autre, de partage de son temps, de ses compétences, de
son argent, c’est dans ces moments de fraternité partagée
que le Royaume de Dieu est en train de grandir. Sachons les regarder
avec patience et espérance.
Ce soir, bénissons le Père pour son Royaume qui grandit
de jour et de nuit comme une semence. Bénissons-Le pour sa
manière d’agir depuis toujours : faire beaucoup avec peu.
Prions-Le de nous donner un peu de sa patience et de son
espérance.
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©
Communion de Jérusalem - 5 février 2008
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