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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
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«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  « Qu’il prenne sa croix »


  Vendredi 16 mai 2008 - 6e Semaine du Temps ordinaire- A
  Jc 2, 14-24.26 ; Ps 111 ; Mc 8,34 - 9,1


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 

Dans l’évangile de ce soir, nous sommes invités à regarder comment nous acceptons au fil des jours de partager la vie de Jésus. Dans l’évangile d’hier, Jésus invitait Pierre non à les devancer mais à mettre ses pas dans les siens : « Passe derrière moi », lui disait-il. Ce soir il dit à l'adresse des disciples et de la foule entière : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ! » (Mc 8,34). Lui, il s’en va aimer jusqu’au bout, donner sa vie par amour et il sait comment le faire comme Maître et Seigneur.


Le choisir comme Maître et Seigneur
Alors il nous pousse à prendre position clairement devant lui, à le choisir vraiment comme Maître et Seigneur de nos vies, donc à choisir qu’il marche devant nous pour nous montrer ce Chemin de notre salut, de notre réussite : aimer comme lui. Il ne s’impose pas mais il nous invite toujours à choisir et à Le choisir et à Lui faire confiance de plus en plus totalement : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, » si quelqu’un veut être mon disciple. J’ai d’abord à faire ce choix : Est-ce que Jésus est le seul Maître et Seigneur que je choisis de suivre pour aller au bout de moi-même ; pas seulement choisir de l’écouter parce qu’il parle bien, pas seulement l’admirer parce qu’il fait des prodiges, mais Le choisir comme Maître et Seigneur.


Renoncer à soi-même…
Ensuite Jésus précise les trois conditions fondamentales pour être vraiment son disciple, pour marcher derrière Lui et avec Lui, Le laisser conduire notre vie. La première : renoncer à soi-même. Un choix implique toujours un renoncement. Ici le choix de Jésus comme Maître et Seigneur de ma vie, implique que je renonce à être mon propre maître, à être ma propre source de vie, de joie, de bonheur ; choisir Jésus comme guide et maître de ma vie au fil des jours, implique que je renonce à ma propre volonté, souvent rebelle à voir la vérité, faire la justice, faire place à l’autre, pour m’ouvrir à la sienne ; choisir Jésus implique que je renonce à mon égo et à ses caprices, pour faire place à l’autre/l’Autre et à son intérêt.
Ce renoncement ne se fera pas sans déchirement, sans souffrance ; d’où la deuxième condition : prendre sa croix : « qu’il prenne sa croix… » ajoute Jésus.


Prendre sa croix…
Jésus ne dit pas : « Qu'il prenne ma croix ». Car il n'y aura qu'un seul Golgotha, celui où lui Jésus, Fils de Dieu fait homme, est mort par les hommes et pour les hommes. Il dit plutôt : Que chacun prenne sa croix et que chacun l'assume comme lui a assumé la sienne, pour aimer jusqu'à l'extrême de l'amour. Voilà le but ultime de la marche à la suite de Jésus.

Mais pour nous, la croix demeure toujours imprévisible ; elle ne se précise que peu à peu, au cours de notre vie et parfois change de visage à divers moments de la vie.

Il y a la croix du corps lorsqu’il devient lourd à porter ;
la croix du cœur lorsqu’il est blessé ou brisé par le manque d’amour ;
la croix de la solitude que toute personne apprend à assumer un jour ou l’autre ;
et la croix de la vie commune qui nous invite à nous dépasser un peu plus chaque jour.

Il y a la croix à consentir pour rester fidèle, coûte que coûte, et la croix qui nous atteint au creux même de notre fidélité.

Nous avons l’habitude de prendre très au sérieux les paroles du Seigneur adressées à ceux et celles qui veulent le suivre, et nous sommes souvent dans l'admiration en constatant avec quelle spontanéité, avec quelle générosité, des chrétiens, des chrétiennes de tout âge accueillent comme une croix, dans la lumière du Seigneur, les épreuves de santé et les épreuves familiales ou communautaires.

Mais comme nous avons de la peine à reconnaître notre croix à nous, celle qui nous sanctifie dans les choses qui nous atteignent et qui ne devraient pas nous arriver.
Ainsi quand nous vivons une incompréhension, une injustice, ou une ingratitude, nous ne voyons pas toujours tout de suite comment la vivre à la manière du Seigneur. Nous sommes parfois portés à dire : « Ca, je ne le prends pas ! » et la tentation est grande de refuser de suivre le Christ sur le chemin du pardon, de la vérité, de la miséricorde.

Quand nous vivons des impasses avec ceux ou celles qui nous entourent, à cause de leur caractère ou de leur habitude de vie, que ce soit en famille, en communauté, quand ces situations nous font souffrir et semblent sans remède, il n’est pas facile d’y voir une occasion de nous configurer au Christ souffrant, de mettre nos pas dans les siens.

Suivre le Christ jusqu’au bout
C’est à ce moment que nous sommes invités à vivre la troisième condition pour être son disciple : le suivre jusqu’au bout. Jésus veut nous conduire jusque dans la gloire du Père. La gloire du Père : la pleine réalisation de notre être de fils et fille de Dieu, capable d’aimer jusqu’à l’extrême.

Mais comme il est difficile d’apprendre à aimer jusqu'à l'extrême, d’apprendre à porter les choses ou les personnes pour la gloire de Dieu et le salut du monde, à mettre de l'amour partout où l'amour manque, à apporter le sourire au nom de Jésus et de son Évangile,
à perdre sa vie pour que la vie fasse son œuvre !
Comme il est encore plus difficile de deviner la croix, l’appel à se dépasser dans l’amour dans des situations injustifiées ou injustifiables ! Quand un chauffard ivre nous blesse et nous rend handicapé pour la vie ! Quand le conjoint trahit notre amour et recommence sa vie avec une autre personne ? Que de croix injustifiées ou injustifiables nous tombent sur les épaules !
Mais justement la croix de Jésus était injustifiable !
Injustifiable, son faux procès !
Injustifiable, sa mort entre deux bandits !

Jésus a su aimer au milieu de toute cette haine, entrant jusqu'au bout dans le dessein du Père ; il a su mourir pour les hommes au moment où les hommes le faisaient mourir.
Et c'est bien aussi le sens de toutes nos croix : dire toujours « oui » au Père pour une nouvelle victoire de l'amour.

Cependant il est bon de se rappeler que nos croix ne sont jamais au delà de nos forces. Le Seigneur nous donne toujours les grâces nécessaires pour les porter. S’il nous invite à prendre notre croix, c’est qu’elle est ajustée à chacun de nous, faite pour nous et pour nous permettre de faire le passage de cette vie à la vie éternelle.

Bénissons le Seigneur pour les fois où il nous a rendus capables de porter notre croix. Prions-le de nous donner la force de son Esprit pour assumer celles que la vie nous réserve.

Amen.


 © Communion de Jérusalem - 28 juin 2008