sdssm
fmj
Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Père Gérard Busque 
  Dieu m’aime parce qu’Il EST Amour


  Vendredi 29 février 2008 - 3e Semaine de Carême - A
  Os 14, 2-10 ; Ps 80 ; Mc 12, 28-34


  Homélie du père Père Gérard Busque, sss 

Ce n’est pas la première fois que nous entendons ce dialogue entre Jésus et ce Scribe. À force de la réentendre, nous risquons d’endurcir notre cœur et de ne plus écouter la voix du Seigneur, aujourd’hui.

À première écoute, l’évangile que nous venons d’entendre est simple à comprendre. Difficile à vivre… mais simple à comprendre !

Quand nous l’écoutons avec l’oreille de notre cœur, nous réentendons plusieurs choses étonnantes.

Une première chose étonnante : nous entendons un scribe qui pose une vraie question… Non pas une question pour piéger Jésus mais une question réelle. Alors que la Loi de Moise comportait seulement 10 commandements, la loi des rabbins en avait ajouté plus de six cent : 613 comman¬dements, dont trois cent soixante-cinq sont des interdictions. Et les rabbins avaient tendance à situer tous ces commandements sur le même plan. La question de savoir quel est le premier de tous les commandements était donc une bonne question.

Deuxième étonnement, nous avons bien une question posée mais, à y écouter de plus près, avons-nous une vraie réponse de Jésus ? On lui demande un commandement et il en donne deux. Alors Jésus esquive-t-il la question ?
Troisième étonnement, c’est en fait le scribe lui-même qui va répondre à sa propre question.

Dernier étonnement, Jésus loue la réponse du scribe, en lui disant : « Tu n’es pas loin du Royaume ». Jésus a vu que ce scribe était animé par un vrai souci de Dieu … au point de voir en lui un prochain qui pouvait l’éclairer. Le scribe vivait déjà ce qu’il répond à Jésus : il aime son prochain, et même son ennemi, car Jésus a eu des propos sévères sur les scribes. Alors Jésus reconnaît en lui un véritable fils d’Israël, un homme animé par le même Esprit que lui. « Recherchez d’abord le Royaume et sa justice et le reste vous sera donné par surcroit » Le scribe s’est fait le prochain de Jésus en s’avançant vers lui et entrant en dialogue avec lui avec sincérité et courage.

C’est à nous que Jésus redit ce soir cette parole : « Tu n’es pas loin du Royaume. » Quand nous approchons nous du Royaume ? Quand sommes-nous dans le Royaume ?

Nous croyons qu’aimer Dieu et aimer son prochain est le grand commandement. Nous nous approchons du Royaume quand nous essayons d’aimer Dieu et le prochain à notre manière bien humaine. Cependant, c’est lorsque nous vivons ce commandement à la manière de Jésus que nous sommes dans le Royaume de Dieu.

Beaucoup pensent aimer Dieu, leur Dieu en faisant beaucoup de choses pour lui : des prières, des sacrifices, des pèlerinages, des actes de terroristes même ou se faire exploser même pour lui. Mais faire simplement des choses par amour pour Dieu ne fait pas entrer dans le Royaume qu’annonce Jésus.

Beaucoup pensent aimer leur prochain en s’engageant dans des combats pour la justice, dans des luttes contre la pauvreté, contre la violence mais la défense de leur idées, la recherche de leurs intérêts prennent souvent le-dessus sur le bien des personnes qu’ils défendent.

Il n’est pas facile de mettre en acte et en vérité l’amour de Dieu et du prochain.

Regardons comment, Jésus vit concrètement l’amour de Dieu et du prochain.

Quand je le regarde, je vois qu’il aime Dieu d’abord en se laissant aimer de lui, en accueillant son amour, en s’émerveillant sans cesse de sa miséricorde envers tous les pécheurs. Ensuite, il redonne continuellement cet amour qu’il reçoit de son Père, par des gestes et des paroles de bonté, de tendresse, de miséricorde envers ses frères et sœurs humains, et il va aller jusqu’à donner sa vie pour les sauver, cette vie qu’il reçoit de son Père.

En le regardant, j’apprends qu’aimer Dieu, ce n’est pas d’abord de faire des choses pour lui, accomplir des bonnes œuvres pour lui plaire, mais c’est d’abord de laisser Dieu faire de bonnes choses pour moi, lui ouvrir tout mon cœur, toute mon âme, toute mon intelligence pour accueillir son amour. Chaque matin, accueillir la vie qu’il me donne ; chaque jour, m’ouvrir aux grâces qu’il m’offre dans ce que je vis. Chaque soir lui rendre grâce pour la journée qui s’achève. Voilà le premier pas qui me fait entrer dans le Royaume de l’amour.

Le deuxième pas pour demeurer dans ce Royaume, c’est de redonner l’amour que je reçois, comme le ruisseau redonne l’eau vive qu’il reçoit de la source, le redonner concrètement à ceux qui m’entourent. Je demeure dans le Royaume quand je réponds au moindre appel à aimer mon prochain, appel à un service, à un pardon, à un accueil. Appel au don de mon temps et peut-être de mon argent. L’appel à aimer est l’appel au courage de passer du rêve à l’acte bien concret, bien réel dès que l’amour reçu du Père suscite en moi un élan pour un geste d’amour.

Dans sa première lettre, Saint Jean l’affirme à sa façon : Dieu est amour et qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui (1 Jn 4,16). Dieu nous aime non parce que nous sommes aimables, mais parce qu’il est AMOUR. Et c’est cet Amour divin qu’il répand en nos cœurs.

Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, puisque nous aimons nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort. C’est en aimant en actes et en vérité son prochain, à la manière de Jésus qu’on voit que nous sommes sûrs d’aimer Dieu en vérité et ainsi d’être entrés dans le Royaume de Dieu.

L’appel à aimer comme Jésus aime me pousse à être constamment inventif, à chercher des occasions d’aimer. Comment puis-je rendre quelqu’un plus heureux aujourd’hui ? Comment puis-je multiplier mes gestes d’amitié, mes sourires, mes paroles qui réconfortent, mes petits services. Chaque fois que je réponds à ces appels qui montent en moi, je suis dans le Royaume de l’amour.

En écoutant attentivement la réponse de Jésus et celle du Scribe, nous découvrons une autre chose étonnante : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tu aimeras ton prochain comme un autre toi-même. Cela suppose de s’aimer soi-même pour vivre en vérité l’amour de Dieu et du prochain à la manière de Jésus.

Attention, je ne prêche pas l’égoïsme ou le narcissisme, mais un amour juste de soi ! Très régulièrement, nous rencontrons des gens, jeunes ou moins jeunes, qui nous disent qu’ils sont nuls, qu’ils ne valent rien, qu’ils ratent tout ce qu’ils commencent ! J’entends ces remarques et je trouve que c’est vraiment dommage, car nous avons le devoir de reconnaître en nous-mêmes, toutes les qualités et toutes les capacités que Dieu a déposées dans notre cœur, dans notre intelligence. Nous possédons, au fond de nous-mêmes, une « caverne d’Ali Baba », et que, malheureusement, de temps en temps, nous en avons oublié le « sésame ». Nous avons véritablement en nous-mêmes, des monceaux de richesses, d’intelligence, d’amour, de compréhension, de soutien, de prière ! Trop souvent, nous ne tenons pas compte de ces richesses qui sont des dons de Dieu, des manifestations de l’amour de Dieu pour nous, et nous vivons sans elles. Les reconnaître, les accueillir en vue de les redonner aux autres dans la gratuité, voilà qui fait aimer Dieu et son prochain en acte et en vérité.

Bénissons le Père pour Jésus qui nous apprend à aimer en vérité, à aimer comme lui, à la fois Dieu et son prochain comme soi-même.

Amen.



 © Communion de Jérusalem - 17 mars 2008