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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choisissant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem





Frère Antoine-Emmanuel
  « Il a, au contraire, détruit mon péché ! »

  Dimanhce 10 février 2008 - 1er DIMANCHE DE CARÊME (A)
  Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7 ; Ps 50 ; Rm 5, 12-19 ; Mt 4, 1-11


  Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj

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Onze heures et demie du soir.
Au terme d’une journée agitée et pénible :
fatigue, lassitude, fragilité.
Et, ... silence de Dieu.
Un homme est devant son ordinateur
pour relever ses courriels.
Un message pornographique apparaît à l’écran.
Une fois de plus.
C’est alors que dans cet état de fatigue qu’est le sien,
lui vient une voix qui lui murmure :
« Tu as des besoins, Dieu le sait, vas-y ! »
Un combat intérieur commence ;
pris entre ennui et dégoût,
et lui de faire un clic.
L’écran éveille alors sa curiosité, sa concupiscence.
Le combat intérieur se fait plus fort.
La voix qui semble prendre sa défense revient :
« Vas-y, continue, Dieu te sauvera ! »
Et c’est le double clic.
Notre homme ne combat presque plus.
Et c’est alors – appelons-le triple clic –
quand il se laisse séduire par la même voix qui lui dit :
« Laisse tomber Dieu,
tu as le droit de faire ce que tu veux,
d’être maître de ta vie ;
je vais te donner la gloire que Dieu te refuse. »

Conséquence de cette soirée ténébreuse :
une grande, une très grande solitude, le dépit,
le dégoût de soi, la honte avouée ou inavouée,
la colère et le rejet de Dieu.

Prenons un autre exemple :
une femme humiliée par les paroles
ou les attitudes d’une autre personne.
La voici blessée, écœurée,
ne cessant de remâcher ce qui s’est passé.
« Et Dieu n’est pas intervenu ! »

Sa sensibilité est en ébullition,
la colère monte.
C’est alors qu’une voix vient
qui semble partager son indignation et lui dit :
« Tu as le droit à la sérénité et Dieu le sait.
Rejette cette personne qui t’a humiliée ! »
Le combat intérieur monte…
Séduite par cette voix,
la femme cède,
fermant son cœur à l’autre.
C’est le premier clic, si l’on veut.
Mais la fermeture du cœur n’a pas mené à la sérénité,
au contraire, le combat se fait plus intense,
et la voix revient :
« Tu dois te protéger,
tu dois sauver ta vie,
maudis-la cette personne.
Dieu prendra soin de toi et d’elle. »
Combat intérieur, lutte… et elle cède…
Elle ne combat alors presque plus
et accueille presque sans résistance
la même voix qui lui dit :
« T’occupes pas de Dieu, venges-toi, vas-y.
Moi je vais te donner la réussite,
le succès que Dieu te refuse. »

Conséquence de cet engrenage :
les mêmes que tout à l’heure.
Une grande, une très grande solitude,
le dépit, le dégoût de soi,
la honte avouée ou inavouée,
la colère, et le rejet de Dieu.

*

Voilà, frères et sœurs,
quelque chose de notre condition humaine.
Voilà ce dont le livre de la Genèse tout-à-l’heure
nous a montré l’origine
en nous dépeignant l’homme, la femme « nature »
qui se laissent séduire par le serpent.

L’Amour a créé la liberté.
Mais la liberté s’est détournée de l’Amour
et s’est perdue.
Adam et Ève se sont retrouvés dans le désert
ayant perdu la communion et la joie de leur création.
Souvenons-nous ici
de comment l’art a représenté Adam et Ève
quittant le jardin, penauds, courbés, honteux.
Ayant perdu leur confiance en Dieu,
ils ne supportent plus d’être nus,
c'est-à-dire d’être vulnérables en vue de la communion,
et le Seigneur a dû leur donner des tuniques de peau.

C’est dans cette condition humaine que le Fils de Dieu
a voulu entrer.
Le Fils, le Verbe de Dieu,
n’a pas « surfé » au-dessus de notre condition,
il y est entré.
Il en a vécu l’aspect laborieux, ordinaire pendant 30 ans.
Et quand l’Esprit consacre son humanité
pour sa mission de salut, que fait-il ?
Il le pousse, il le jette au désert,
c'est-à-dire qu’il le jette
au cœur du combat de notre humanité.
« Adam est chassé au désert, écrit S. Ambroise,
Le Christ vient au désert :
car il savait où trouver le condamné
qu’il ramènerait au Paradis délivré de sa faute ».
(Comm. St Luc IV. 7-12)


Frères et sœurs, il nous faut nous arrêter
et contempler cette scène.
Regardons Jésus
en proie à un combat spirituel extrême.
Jésus épuisé, Jésus fragile,
Jésus seul, Jésus tenté…
Jésus qui lutte.
Jésus qui luttera encore et davantage
à Gethsémani jusqu’à suer le sang.
Jésus dont la lutte atteindra son paroxysme
quand il mourra « abandonné », dit-il, de Dieu,
et qu’il descendra aux enfers pour nous.

Oui, « Jésus a été éprouvé en tout
à l’exception du péché »
nous dit la Lettre aux Hébreux (4,15)
Éprouvé en tout.

À l’heure de nos tentations,
nous ne sommes pas seuls.
Là où nous combattons,
Jésus Lui aussi est en plein combat pour nous.

Si nous unissons notre combat au sien ;
mieux : si nous nous unissons à son combat,
nous sommes déjà vainqueurs de la tentation
car nous faisons nôtre sa victoire.

Car Jésus, dit encore la Lettre aux Hébreux,
est venu prendre part
« au sang et à la chair de notre humanité
afin de réduire à l’impuissance par sa mort
celui qui a la puissance de la mort,
c'est-à-dire le diable (2,14) ».

Oui, Jésus par sa mort,
a réduit le diable à l’impuissance.
Exactement comme  il l’avait annoncé
en se présentant comme celui
qui ligote l’homme fort et pille ses biens.
Jésus a pillé les « biens » du diable
c'est-à-dire qu’il nous a délivrés de la puissance du démon
qui désormais est « réduit à l’impuissance ».

Oui, dans notre combat spirituel,
nous ne serons jamais seuls !
Si aujourd’hui nous prenions conscience rien que de cela,
ce serait merveilleux !

Oui, nous combattons, nous luttons.
Mais ce n’est pas
contre des adversaires de sang et de chair
que nous avons à lutter
mais […] contre les esprits du mal (Ép 6,12).
Et en ce combat,
si nous avons toujours en main le « bouclier de la foi »,
– la foi en la présence victorieuse de Jésus –
nous pourrons éteindre
tous les traits enflammés du Mauvais (6,16).

Nous ne sommes – ni ne serons –
jamais condamnés à tomber.
Le démon, aussi puissant qu’il soit à notre regard,
a été « réduit à l’impuissance ».
Par le Baptême, le Père nous a arrachés
à l’emprise des ténèbres et nous a transférés
dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (Col 1,13).
Tout cela grâce au Mystère Pascal de Jésus
qui a dépouillé les Principautés et les Puissances (des ténèbres)
et les a donnés en spectacle à la face du monde
en les traînant dans son cortège triomphal (Col 2,15).

*

Tout cela nous ramène alors à la question posée
lors du Mercredi des Cendres :
que sommes-nous en train de faire
de la grâce de notre baptême ?
Ne sommes nous pas en train de laisser sans effet
la grâce  reçue de Dieu ?

Nous demandons souvent au Père
de nous garder de céder à la tentation
et de nous délivrer du Malin,
mais est-ce que nous croyons qu’Il nous exauce ?

Rappelons-nous qu’aucune tentation qui nous survienne
ne passe la mesure humaine :
Dieu est fidèle.
Il ne permettra [jamais]
que nous soyons tentés au-delà de nos forces.
Mais « avec la tentation,
il nous donnera le moyen d’en sortir
et la force de la supporter (1 Co 10,13).
Le moyen, c’est la présence personnelle
de Jésus éprouvé et victorieux,
La force, c'est celle de l'Esprit Saint
qui nous unit à Jésus éprouvé et victorieux.


Frères et sœurs,
choisissons ensemble de revêtir l’homme nouveau.
Notre conversion c’est cela :
devenir la créature nouvelle
que nous sommes par notre Baptême.

Si nous sommes en cela résolus et déterminés,
l'ennemi fuira.
« L’ennemi, écrit St Ignace,
se conduit comme une femme faible
mais agressive.
Dans le combat, elle prend peur et s’enfuit
quand l’homme lui résiste.
Par contre, elle est terriblement agressive
si l’homme se montre faible ». (Exercices. 1.3.6.)

Oui, soyons fermes et décidés.
Quand le premier clic nous tente,
regardons Jésus qui est avec nous
et avec Lui proclamons que
l’homme ne vit pas seulement de pain (Mt 4,4) :

Jésus, je veux partager ton obéissance !

Quand le deuxième clic nous séduit,
proclamons avec Jésus qui est là :
« tu ne mettras pas à l’épreuve
le Seigneur ton Dieu (4,7)  » :

Avec toi Jésus, je veux respecter,
confesser, la sainteté de Dieu,
de ton Père qui est amour infini.

Et en lieu et place du troisième clic,
nous choisirons de nous prosterner
et, avec Jésus présent dans notre épreuve,
d’adorer le Père,
de tout notre cœur, de tout notre être.

C’est ainsi qu’à partir de la tentation,
si nous nous unissons à Jésus,
non seulement nous faisons l’expérience
de ce que le diable a été réduit à l’impuissance,
mais de ce que s’opère un vrai retournement.

Un negro-spirituel le dit en ces termes :
« Le vieux Satan est fou,
il a tiré un coup pour détruire mon âme,
mais il a raté son but,
et il a, au contraire, détruit mon péché » !


 © Communion de Jérusalem - 12 mars 2008